"Le Figuier", ces catholiques de Côte-d'Or qui veulent peser dans les choix de l'Eglise

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Écrit par François Latour
Monseigneur Roland Minnerath, archevêque de Dijon (archives - octobre 2021)
Monseigneur Roland Minnerath, archevêque de Dijon (archives - octobre 2021) © France Télévisions

L'évêque du Diocèse de Dijon, Mgr Roland Minnerath, va bientôt être relevé de sa charge, atteint par la limite d'âge. Un groupe de près de 70 personnes souhaitant rendre l'Eglise plus accessible et plus visible, souhaite rencontrer le nonce apostolique pour intervenir sur le choix du successeur. Après l'onde de choc du rapport Sauvé.

"Le Figuier" est un groupe composé au départ d'une douzaine de personnes de Côte-d'Or, qui s'était formé autour d'une conférence sur l'Evangile de Mathieu. Ils ont souhaité répondre à l'appel du Pape François en Août 2018, "invitant les laïcs à s’exprimer (Lettre au peuple de Dieu du 20 août 2018) pour réparer, ou mieux, relever l’Eglise."

"Prendre la parole"

Monseigneur Minnerath va atteindre 75 ans et, atteint par la limite d'âge, va devoir faire place à un successeur. Les membres du "Figuier" ont rédigé une lettre au nonce apostolique pour la nomination d'un nouvel évêque au Diocèse de Dijon. Ces "chrétiens en recherche" attendent que le futur évêque soit "un compagnon de voyage" et "un frère, au moment où s'ouvre dans l'Eglise le Synode initié par le Pape François."

Michel Fasné, membre du groupe "Le Figuier", rappelle qu'au départ, le groupe se réunissait "pour échanger sur des thèmes spirituels et des thèmes plus engagés dans la vie de l'Eglise."
Un événement est ensuite survenu : "Le rapport de la CIASE (Commission Indépendante pour les sur les abus sexuels dans l'Eglise) est arrivé. Ce rapport nous a paru remarquable dans sa clarté et sa capacité à réunir des disciplines différentes, cela nous a paru être une parole de vérité. Et dans la perspective du départ de notre Evêque, il y a une opportunité à se dire que nous sommes prêts à travailler avec ceux pour qui les choses bougent dans le bon sens."

Une "lettre au nonce"

Le groupe a saisi alors l'opportunité d'écrire au nonce apostolique (agent diplomatique du Saint-Siège) pour la nomination de l'évêque de Dijon.

Un nouvel évêque, mais accompagné

Michel Fasné fait le constat, avec les membres du "Figuier", d'une Eglise "refermée sur elle-même et sa hiérarchie" : "dans la désignation de l'Evêque, il y a un processus, comme souvent, trop souvent dans l'Eglise d'ailleurs, qui est secret, peu transparent. Ce qui est nouveau, c'est que des chrétiens de base prennent la parole, tranquillement, pour dire 'nous avons droit au chapitre'. Et nous pensons que la gouvernance des monastères est très en avance, et plus adaptée à l'époque, que la gouvernance des diocèses."

Un autre signe qui est interprété par les membres du "Figuier" concerne les prêtres, de moins en moins nombreux et de plus en plus isolés : "Les prêtres s'essoufflent, dans tous les sens du terme, parce qu'ils sont moins nombreux, parce qu'on leur demande des choses impossibles qui sont décalées par rapport aux besoins de l'époque. Ils vivent leur rôle de façon tellement singulière qu'ils s'isolent."

Une solution : le dialogue

Les membres du "Figuier" souhaitent décloisonner l'Eglise et surtout ouvrir le dialogue : "Nous, le message que nous portons, c'est "parlons-nous !" Dans cette Eglise, trop de gens sont malheureux et n'arrivent pas à se parler et à débattre sereinement. Nous pensons que l'Institution Eglise a un rôle majeur dans la transmission de cette Foi, dans le fait que des gens partageant les mêmes convictions et les mêmes croyances se retrouvent, il y a un rôle de transmission qui est important. Et c'est vraiment dommage que ce soit un effondrement complet."

Accompagner le futur évêque

Selon M.Fasné, il ne faut pas minimiser la place que jouera le nouvel évêque au diocèse de Dijon : "le rôle de l'Evêque est éminent, c'est l'homme de la Communion. Comme dans toute institution, quand il n'y a pas un leadership clair, l'institution ou l'organisation se met en danger."

Mais le groupe de parole "le Figuier" demeure avant tout humble devant les recommandations faites dans leur lettre : "on n'a pas la responsabilité de choisir l'évêque. On laisse à l'Institution la charge de le faire. Nous, on se positionne pour dire comment cela fonctionnera après. Et cela fonctionnera bien, si on a un évêque qui est plus pasteur qu'administrateur, quel qu'il soit, et qui sait s'entourer et qui sait déléguer. Un enfermement intellectuel qui peut devenir un enfermement du coeur !"

Le rapport Sauvé, un électrochoc

Michel Fasné rappelle que le travail de la CIASE a ébranlé le monde catholique, mais aussi à l'extérieur : "le rapport de la CIASE (ou commission Sauvé ndlr) nous apprend que lorsqu'on laisse les choses dans le silence, on court à la catastrophe. N'ayons pas peur de la lumière, de se dire les choses, tranquillement, sans agressivité, sans prétendre avoir raison, mais en se disant que c'est parce qu'on sera plusieurs qu'on trouvera une solution moins mauvaise que si on est tout seul dans son coin."
Le rapport a généré une véritable onde de choc qui a touché d'autres institutions, où des réactions vives se sont produites, comme le rappelle Michel Fasné : "l'Eglise est à la fois l'héritière d'une longue tradition et qui aujourd'hui, dans beaucoup de cas, rend les choses compliquées. Mon inquiétude, ce sont les réactions de l'Académie Catholique, ces mouvements qui condamnent, qui excluent, c'est le contraire de l'Eglise que j'ai envie de vivre."

Rencontre fin décembre 

Le Nonce apostolique a répondu favorablement à la sollicitation des membres du "Figuier" mais n'a souhaité ne rencontrer qu'une seule personne, ce qui "enfreint la règle de notre fonctionnement en binôme, pour saisir la chance de cette ouverture. On proposera un porte-parole et il rencontrera le nonce le 20 décembre."

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