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Baisse du prix du permis de conduire : des mesures décevantes pour les auto-écoles

Une voiture d'auto-école à Lens le 8 mars 2019 / © PHOTO SEVERINE COURBE / MAXPPP
Une voiture d'auto-école à Lens le 8 mars 2019 / © PHOTO SEVERINE COURBE / MAXPPP

Faire baisser le coût du permis de conduire de 30%, c'est l'objectif du gouvernement. Dix mesures viennent d'être dévoilées. Certaines pourraient être appliquées dès l'été prochain. A Dijon, l'auto-école Notre-Dame, l'une des plus anciennes de France, réagit.   

Par C.J. + AFP

Certaines mesures étaient déjà connues comme la gratuité de l'apprentissage et du premier examen du code de la route pour les jeunes volontaires en service national universel ou encore la mise en place d'un comparateur en ligne pour choisir son école. 

Parmi les nouvelles mesures, émanant du rapport commandé à la députée LREM Françoise Dumas :
  • L'utilisation d'un simulateur de conduite jusqu'à 10 heures sur les 20 heures de formation à la conduite obligatoire
  • L'encouragement à l'apprentissage sur boîte automatique, plus facile et plus rapide ( 13 heures au lieu de 20) et donc moins cher. Le délai permettant de conduire sur boîte manuelle après avoir obtenu le permis sur boîte automatique sera raccourci de 6 à 3 mois.  
  • La conduite supervisée par un accompagnateur -simplement titulaire d'un permis depuis 5 ans- sera également favorisée après un échec à l'examen évitant ainsi à l'élève de multiplier les heures en auto-école.
  • L'abaissement de l'âge du passage de l'examen de conduite à 17 ans (même si l'élève ne pourra conduire seul qu'à sa majorité) afin d'augmenter l'expérience du jeune conducteur.
  • La modernisation de l'épreuve pratique avec une plateforme de réservation en ligne des places d'examen - expérimentée pendant 6 mois dans 5 départements (Aude, Haute-Garonne, Gers, Gard, Hérault). L'objectif étant de responsabiliser les candidats car le délai pour se représenter après un échec tiendra compte du résultat obtenu :  plus le niveau est faible le jour de l'examen, plus le temps pour obtenir une nouvelle date sera long.
Ces nouvelles mesures font réagir les auto-écoles. Dans un communiqué les professionnels de l'éducation routière se disent" vigilants sur les conséquences de la réforme qui pourrait engendrer une baisse de la qualité de la formation et une destruction du maillage des auto-écoles".
 
Mardi 14 mai 2019, Stéphane Cretin était invité dans l'émission "C'est mieux ensemble" animée par Pascal Gervaize. 
 

Trois questions à Stéphane Cretin, directeur d'auto-école à Dijon



A Dijon, Stéphane Cretin, directeur de l'auto-école Notre-Dame, est du même avis. Cette auto-école existe depuis 1932. C'est l'une des plus anciennes en France. Entreprise familiale depuis 1966 elle emploie actuellement une trentaine de personnes dont 21 moniteurs d'auto-école, chacun ayant sa spécialité, auto, moto, poids-lourds. Nous lui avons demandé ce qu'il pense de ces nouvelles mesures.

1-Pourquoi le permis de conduire est-il si cher? 

"La question n'est pas de dire qu'il est cher, mais de reconnaître que le permis de conduire à un coût. Pour ceux qui passent leur permis de conduire, si tout va bien, c'est une dépense qu'ils ne font qu'une fois dans leur vie. Mais pour les auto-écoles, c'est beaucoup de dépenses. Il faut bien être conscient qu'une heure de conduite génère énormément de frais." 

Dépité, il compare : "on est prêt à payer 50 euros pour une heure de cours particulier de ski en ayant déjà payé pour le matériel et les remontées mécaniques mais pour une leçon d'auto-école on trouve que c'est trop cher."

"Le taux horaire d'une heure de conduite est aux environs de 45 euros TTC. Mais quand on compte en retirant la TVA, le salaire du formateur (1 300 euros/mois), le carburant, le coût d'entretien du véhicule, les taxes, les impôts, le prix de la certification et du label qualité, il ne reste pas grand-chose. Nous ne dégageons pas de marge." 
 

2-Que préconisez-vous pour faire baisser le coût du permis de conduire?

"Si le gouvernement veut réduire le coût du permis de conduire, il faut qu'il donne la possibilité aux auto-écoles d'avoir moins de frais. Ce n'est pas aux professionnels de l'enseignement de la conduite de proposer des coûts moindres. Nous, notre rôle c'est d'apprendre à conduire et de former des conducteurs sûrs qui seront reçus le plus rapidement possible et qui pourront se déplacer sans danger."

"Les mesures du gouvernement pour réduire le coût du permis de conduire, ce font sous la forme d'effet d'annonce. Une baisse de 30 % ...  Pourquoi pas 50%?  ou 10 %?  Le permis n'est pas un produit de consommation. Si on utilisait les recettes des infractions routières et notamment celles des radars, pour permettre aux gens d'avoir accès à la formation et de l'améliorer, on aurait un autre discours."

3-Quelle est la mesure qui vous fait le plus réagir?

"Chaque mesure me fait réagir. Certaines sont intéressantes mais c'est l'état d'esprit qu'il y a autour de ces mesures : quand on écoute ce qui est annoncé on a l'impression que sous l'effet d'un coup de baguette magique demain tout va bien aller. On a des mesures qui en l'état sont irréalisables. Des mesures qui partent d'un bon sentiment mais qui dérivent.

"Par exemple, le simulateur de conduite dans la formation : sur une base de 20 heures, dans le cadre du Référentiel pour l’Éducation à une Mobilité Citoyenne (REMC), on nous avait demandé en 2014 d'avoir un programme encore plus étoffé, plus axé sur les aspects comportementaux, C'était déjà insuffisant et ça le devient encore moins." 

"Le simulateur de conduite est un outil magnifique s'il est utilisé avec l'accompagnement d'un formateur. Aujourd'hui on a la possibilité d'en faire 5 heures sur 20 heures. Le gouvernement veut monter à 10 heures sur 20 heures. C'est disproportionné. On risque d'avoir de grande salle comme des open-spaces avec des simulateurs en libre-service. L'objectif c'est de réduire les coûts. Pendant ce temps là on n'utilise pas la voiture. Mais le simulateur ne peut pas tout remplacer et surtout on ne tient pas compte de l'aspect sécurité. "
 
Un simulateur de conduite dans une auto-école / © PHOTO SEVERINE COURBE / MAXPPP
Un simulateur de conduite dans une auto-école / © PHOTO SEVERINE COURBE / MAXPPP

"Autre mesure discutable : Donner la possibilité aux gens de réserver eux même leur place d'examen. C'est pour ne pas passer par le système de gestion des auto-écoles et réduire le coût. Mais le problème c'est que dès que les candidats auront leurs 20 heures de conduite,  prêt ou pas prêts ils vont réserver leur place, ce qui va compliquer encore plus la problématique des places d'examen."  

"Quant à l'apprentissage sur boîte automatique c'est plutôt bien", dit Stéphane Cretin. "La manipulation du lever de vitesse n'a rien d'attrayant. L'apprentissage sur boîte automatique est plus facile, plus motivant. L'inconvénient c'est que c'est un permis restrictif... mais il suffit d'une formation complémentaire." 

"A Paris, nos représentants professionnels ont été consultés mais pas écoutés. la priorité du gouvernement c'est de donner l'impression aux gens qu'ils vont avoir ce qu'ils réclament, plus vite, plus facilement et moins cher. Mais il faut laisser le temps au temps pour avoir quelque chose." 




 










 

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