Confinement : les femmes victimes de violences conjugales peuvent donner l'alerte par SMS ou à la pharmacie

Le confinement contraint les femmes victimes à vivre sous le même toit que leur conjoint violent. Alors que leurs déplacements sont limités, de nouveaux moyens de donner l'alerte sont mis en place.

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Illustration. © Pierre HECKLER / MAXPPP
Le confinement fait craindre une hausse des violences conjugales. La secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa faisait état dimanche 29 mars d'"indicateurs" laissant "penser qu'il y aurait une recrudescence des violences conjugales", avec "+32% de signalements de violences conjugales en zone gendarmerie en une semaine et +36% dans la zone de la préfecture de police de Paris".

Les victimes, dont les déplacements sont contraints par la crise sanitaire, bénéficient de nouveaux moyens d'appeler à l'aide, par SMS, à la pharmacie ou dans les centres commerciaux.
 

Par SMS

Le gouvernement a annoncé mardi 31 mars que les victimes ont désormais la possibilité de donner l'alerte en envoyant un SMS au 114. Les opérateurs derrière ce SMS d'urgence préviendront ensuite les forces de l'ordre en leur transmettant les coordonnées de la victime.

"C'est un dispositif qui est au départ […] dédié aux personnes sourdes et malentendantes, en permettant une communication par SMS", a expliqué auprès de l'AFP Christophe Castaner. "Le confinement ne doit pas être un terreau à la violence intrafamiliale. Nous nous sommes aperçus que malgré tous les dispositifs qui sont montés en puissance depuis un an, il pouvait y avoir encore un trou dans la raquette", a souligné le ministre.
 

"Il y a soit des numéros de conseils, soit des numéros d'urgence, soit le tchat mais si je n'ai pas internet et si je ne peux pas sortir, qu'est-ce qui se passe ? Il restait donc le texto d'alerte. Il permet d'appeler au secours sans se faire entendre" par les auteurs de violences, a fait valoir le ministre.

Ce SMS d'urgence sera accessible aux victimes de violences intrafamiliales pendant la seule durée du confinement, mais Christophe Castaner a d'ores et déjà sollicité la plateforme arretonslesviolences.gouv.fr pour qu'elle puisse être saisie à l'avenir, également par SMS.  
 

À la pharmacie ou au centre commercial


Les pharmacies sont également mises à contribution. Pour permettre aux femmes victimes d'appeler à l'aide, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a expliqué jeudi 26 mars qu'avec l'ordre national des pharmaciens il avait été décidé de mettre en place un dispositif au sein des officines pour alerter les forces de l'ordre.

"Dans la pharmacie, au moment où la femme qui peut être battue, se rend sans son mari" pour aller chercher des médicaments, il faut qu'elle "puisse donner l'alerte", a-t-il expliqué sur France 2. Dans l'hypothèse où son mari serait avec elle, le ministre a évoqué la possibilité que celle-ci utilise un "code", "par exemple : masque 19". L'utilisation d'un code est un système déjà mis en place en Espagne. Des consignes seront données pour que les forces de l'ordre puissent "intervenir en urgence", a-t-il dit, en assurant que la lutte contre les violences conjugales était "une priorité".
 
La secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, a annoncé samedi 28 mars l'installation de "points d'accompagnement éphémères" dans des centres commerciaux pour accueillir des femmes victimes de violences en temps de confinement où les déplacements sont limités. 

"Comme il est plus difficile de se déplacer, nous faisons en sorte que les dispositifs d'accompagnement aillent aux femmes", explique Marlène Schiappa dans un entretien au Parisien. Créés "en partenariat avec des associations locales, les services de l'État et Unibail-Rodamco-Westfield, gestionnaire de centres commerciaux", ces "points d'accompagnement éphémères" seront installés dans des locaux "permettant la confidentialité mais assez vastes pour accueillir les femmes en respectant les mesures barrières", détaille-t-elle.

Ce sont dans un premier temps des centres commerciaux de la région parisienne qui bénéficieront du dispositif. Il doit être déployé dans "une vingtaine de points dans les prochaines semaines", dont le centre-commercial de la Toison d'Or à Dijon, également propriété d'Unibail-Rodamco-Westfield. "En allant faire les courses, ces femmes trouveront une oreille attentive et un accès à leurs droits d'une manière innovante et efficace", estime-t-elle.

Parallèlement, Marlène Schiappa a promis un "fonds spécial financé par l'État d'un million d'euros pour aider les associations de terrain à s'adapter à la période" et le financement de "jusqu'à 20 000 nuitées d'hôtel pour que les femmes puissent fuir l'homme violent".
   

"Toutes les initiatives sont bonnes à prendre"

Pour Anne Joseleau, directrice de Solidarités Femmes 21, association qui vient en aide aux femmes victimes de violences, ces initiatives vont dans le bon sens. Mais il faut que la réponse des autorités soit à la hauteur.

"Toutes les initiatives sont bonnes à prendre en cette période parce qu'on voit bien qu'il y a une augmentation importantes des violences faites aux femmes en ce moment, explique-t-elle. "Il faut que la réaction des forces de l'ordre soit efficace, réelle et qu'ils appliquent systématiquement l'éviction du conjoint. Cela va sinon faire plus de dégâts qu'autre chose." Elle regrette également que ces initiatives aient été prises sans réelle concertation avec les associations spécialisées.

"L''écoute et l'accompagnement d'une femme victime de violences est fait par des professionnels, Cela ne s'improvise pas. Il ne s'agit pas juste d'être de bonne volonté pour être pertinent et professionnel sur cette question là", met-elle en garde.  "Un pharmacien est en proximité mais il ne va pas pouvoir faire d'écoute spécifique sur la question des violences […] Il pourra par contre donner l'alerte, mais il faut qu'il y ait une mise en application réelle de l'éviction du conjoint pour que les choses soient pertinentes."

Elle appelle les voisins à faire preuve de vigilance dans un moment où les femmes victimes de violences conjugales sont confinées chez elles. "Il faut que les voisins n'hésitent pas à appeler la police s'ils entendent des cris, des bruits anormaux. Il faut que la solidarité s'opère du côté des voisins. Il faut vraiment que les gens aient plus conscience que les femmes ont besoin d'eux aujourd'hui plus que jamais. Il faut arrêter avec le 'ça nous regarde pas'."

Solidarités Femmes 21 a dû réorganiser ses activités pendant le confinement. L'accueil physique à la maison des associations de Dijon n'est plus possible. Mais le répondeur téléphonique (03 80 67 17 89) et l'adresse email (solidaritefemmes21@outlook.fr) sont consultés à distance par les membres de l'assocation.
 
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