Job dating dans l'Éducation Nationale : pourquoi cela ne passe pas chez les enseignants

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L'académie de Dijon prépare un job dating pour recruter des agents contractuels le 28 juin. Ce qui n'est pas du tout apprécié des syndicats d'enseignants. Un précédent avait eu lieu sur l'académie de Versailles qui avait organisé début juin un job dating, des entretiens de 30 minutes, pour recruter des contractuels, et avait provoqué la colère des enseignants.

C'est un collectif de syndicats d'enseignants qui ne tolère pas les méthodes de recrutement de l'Éducation Nationale. L'intersyndicale FNE FP FO, FSU, SUD Éducation, SE-UNSA, CGT Éduc’action, SNALC, SGEN, CFDT appelle à manifester devant l'agence Pôle Emploi Nord à Dijon Valmy à 9 heures, le mardi 28 juin.

Le premier job dating qui a eu lieu à l'académie de Versailles début juin avait provoqué la colère des enseignants.

Un manque de personnels à l'Éducation Nationale ?

La perspective de la rentrée et du manque d'effectifs incite l'Éducation Nationale à organiser des "jobs datings" pour recruter des candidats contractuels, accessible au niveau Bac+3.

Selon Amélie Hart, membre du SNES-FSU, c'est à cause des premiers résultats aux concours de l'Éducation Nationale : "les résultats aux concours ne sont pas bons ! Certains postes offerts aux concours ne sont pas pourvus ! " La syndicaliste critique "une stratégie pour peu à peu remplacer les fonctionnaires par des contractuels." Sur l'académie de Versailles, les syndicats d'enseignants ont dénoncé "une ubérisation de la profession".

À Dijon, le job-dating permettrait de pré-recruter 30 à 70 professeurs dans certaines disciplines du secondaire (technologie, EPS, anglais, éducation musicale, lettres classiques par exemple). 

La loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019 aurait pour conséquence, selon Amélie Hart, "d'aller vers la contractualisation !".
Le texte modifie le cadre et les pratiques du dialogue social dans la fonction publique, élargit le recours aux contractuels. Il traite également de la mobilité et des transitions professionnelles des agents. 

Un job dating, pour quoi faire ?

Suivant les disciplines, il y a des secteurs où il y a des difficultés à recruter. Comme le Nord Côte-d'Or, ou encore l'Yonne. Et certaines disciplines sont en déficit chronique d'enseignants : sur l'académie de Dijon, il manque par exemple une vingtaine de postes de professeurs de technologie.

Ce job dating serait, selon Amélie Hart, une façon "d'avoir des profils disponibles de contractuels sous le coude, pour pouvoir les contacter au cas où."

La façon dont le job dating se déroule, au regard des précédents déjà effectués, concerne des questions "sur le rapport aux élèves, sur la motivation, l'image que les candidats ont du métier, qu'est-ce que ça signifie d'être prof...". Il n'y aurait aucun test de connaissances, "le seul test serait en fait leurs diplômes".
La finalité serait pour l'Education Nationale, d'après Amélie Hart, "de disposer d'un vivier de contractuels disponibles, pour pouvoir mettre des noms dans les cases."

Les revendications de l'intersyndicale

Les syndicats ont obtenu une audience intersyndicale à 10 heures à Pôle Emploi, là où se déroule le job dating, à la rencontre des membres du Rectorat de l'Académie.

L'intersyndicale réclame une revalorisation du métier, des salaires et des conditions de travail, pour rendre le métier plus attractif.
Ils demandent aussi l'arrêt des suppressions de poste : "année après année, les étudiants aux métiers de l'enseignement voient le nombre de postes baisser, ça les décourage forcément !"

Cela passe par le fait que "tous les postes nécessaires soient créés, que des concours de recrutement exceptionnels à niveau L3 soient organisés avec une formation permettant à terme de valider un niveau M2, et que 
tous les temps partiels, exeats, disponibilités, détachements, congés formation, absences... soient accordés !" selon le communiqué de l'intersyndicale.

Parmi les suggestions faites par les syndicats enseignants, l'installation d'un système de pré-recrutement, qui permettrait aux étudiants de bénéficier d'aides financières pour les études, en échange de leur engagement à servir l'Éducation Nationale.

L'intersyndicale rappelle que le statut de contractuel n'est pas enviable, que la précarisation de la profession n'est pas bonne. De plus, il s'agit pour eux d'une forme de "dévalorisation du métier, en pensant qu'on peut devenir prof en un claquement de doigt, et loin de toute expertise du métier !"

En filigrane, c'est bien le manque de profs à la rentrée qui préoccupe les esprits. Amélie Hart affirme que "oui, il y aura des élèves avec un prof en face d'eux à la rentrée, mais des profs dans quelle condition ? La peur, c'est d'avoir des enseignants qui ne tiennent qu'une dizaine de jours et qui partiront !"