Justice : « Ma fille ne s’est pas suicidée » : la famille de Corinne Taret refuse le non-lieu devant la cour d’appel de Dijon

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sophie Mercier et Gabriel Talon

Quinze ans après la mort de Corinne Taret, la justice conclut à un suicide et referme définitivement le dossier. Ce vendredi 17 février, la famille de la victime a contesté cette décision devant la cour d’appel de Dijon, mettant en avant des éléments inexploités du dossier.

C’est une audience cruciale qui a eu lieu ce matin, pour la famille de Corinne Taret, cette femme de 37 ans décédée dans des circonstances mystérieuses, il y a maintenant 15 ans. Car après de longues années d’enquêtes infructueuses, un magistrat a rendu une ordonnance de non-lieu en septembre 2021 pour refermer définitivement le dossier. Inacceptable pour Ghislaine Chaput, la mère de Corinne Taret, qui n’a jamais cru à la thèse du suicide.

On s’est évertué dès le départ, à nourrir et à étayer une thèse suicidaire. On s’est efforcé à réunir les éléments qui permettaient d’appuyer cette thèse, sans s’intéresser au reste

Coralie Delhaye, avocate au barreau de Lyon

La famille s’est donc présentée ce matin devant la chambre d’instruction de la cour d’appel de Dijon, pour demander au juge de poursuivre les investigations. Car si le dossier d’enquête conclu à un suicide, plusieurs éléments jettent un trouble autour de cette affaire.

Les zones d’ombre du dossier

Le corps de Corinne Taret a été découvert par sa colocataire en 2005 à Saint-Pierre-de-Varennes , dans la caravane qu’elles partageaient ensemble. Elle a le visage ensanglanté et tient une arme dans la main droite. Transportée à l’hôpital, elle sera maintenue dans un état végétatif pendant deux ans, avant de décéder en 2007 dans le silence.

Corinne Taret, s’est-elle suicidée ou a-t-elle été assassinée ? Selon l’avocat de la famille Sylvain Cormier, tout dépend du sens du tir. Et cela pourrait tout changer. "Toutes les hypothèses reposent sur quelques expertises faites sur dossier, selon lesquelles l’entrée de la plaie était à droite. Ça peut correspondre à un suicide pour une personne qui est droitière. Sauf que les personnes qui ont vu la victime, qui se sont occupées d’elle, ont décelé que le point d’entrée était à gauche. Et là pour le coup ça devient presque impossible de se suicider de cette manière" explique-t-il.

Une enquête remise en cause

Des éléments cruciaux, qui n’auraient pas été recueillis par les enquêteurs à l’époque du drame. "Le sentiment qu’on a quand on examine cette procédure, c’est que les investigations ont été sommaires, superficielles. On s’est évertué dès le départ, à nourrir et à étayer une thèse suicidaire. On s’est efforcé à réunir les éléments qui permettaient d’appuyer cette thèse, sans s’intéresser au reste" affirme Coralie Delhaye, avocate au barreau de Lyon.

Après une heure de plaidoirie devant la cour d’appel de Dijon ce jeudi 17 février, l’avocate est prudente. Le temps écoulé ne joue pas en sa faveur. "Ce sont des faits anciens, on arrive très tard. C’est ce que je regrette aujourd’hui. Il nous faut des magistrats courageux, pour revenir sur ces décisions et aller à contre-courant de ce qui a été dit. Mais ce n’est pas impossible, ça c’est déjà vu dans des dossiers " affirme-t-elle.

À la sortie du tribunal, les proches de Corinne gardent espoir. Marie-Rose Blétry, présidente de l’association Christelle de Blanzy, qui soutient les familles de victimes de meurtres non élucidés, a bon espoir. "Il y a des éléments qui n’ont pas été vérifiés. Donc on espère que le dossier ne sera pas fermé et que ces éléments seront vérifiés. Je ne comprendrai pas qu’on puisse ne pas vérifier tout cela avant de fermer un dossier."

La décision de la cour d’appel de Dijon sera rendue le 6 avril prochain.

La certitude d’une mère

Quelle que soit la décision de la justice, Ghislaine Chaput restera persuadée que sa fille ne s’est pas donné la mort. Sur les photos de celle qui a disparu brusquement à l’âge de 37 ans, elle voit une femme heureuse. "Je la vois comme elle était, passionnée, dynamique. Ce n’est pas possible qu’il soit arrivé quelque chose comme ça, c’est impensable. On a eu beau essayé de me faire croire que c’était un suicide, c’est impossible. Ça ne lui ressemblait pas"

Passionnée de chevaux, Corinne Taret avait créé son propre centre équestre à Saint-Pierre-de-Varennes au bord de l’étang de Brandon. "C’était son paradis. Elle avait ses chevaux autour d’elle dans les prés et quelques animaux qu’elle élevait", se souvient sa mère. Corine Taret avait des projets et avait même signé des contrats quelques jours avant de perdre brutalement la vie, sans explications.