Littérature jeunesse : comment être un bon roi ?

Les enfants et adolescents aiment la politique. Voici trois livres qui interrogent la difficulté d'être un bon roi.

Vous êtes formidable du 18 novembre 2022

Comme il est difficile d’être roi de Yanusz Korczak et Iwona Chmielewska

Editions Format

L'album Comme il est difficile d'être roi raconte l’histoire d’un enfant qui se retrouve propulsé sur le trône du jour au lendemain. Mathias n’a que dix ans mais il veut faire les choses bien et décide de réformer son pays.

Avide de conseils, il écoute ce que lui disent les ministres et les autres souverains mais ses décisions sont parfois surprenantes. Comme tout enfant, il rêve de chocolat et de jouets et décide de créer un parlement des enfants afin qu'ils puissent faire entendre leur voix.

Rien ne se déroule comme prévu car la démocratie est un art difficile.

Ce bel album, publié aux éditions Format, est en fait une adaptation d’un roman de 1923 intitulé Le roi Mathias 1er, écrit par Yanusz Korczak. Dès l’origine, c'était un livre pour enfants, conçu pour les faire réfléchir aux difficultés et aux responsabilités liées à l’exercice du pouvoir.la personnalité scientifique la plus en vue et la plus respectée dans le domaine de l’enfance.

Ami des enfants, médecin-pédiatre et écrivain, le polonais Yanusz Korczak œuvrait à une refonte complète de l'éducation et du statut de l’enfant, sur des bases constitutionnelles entièrement nouvelles, privilégiant la sauvegarde et le respect absolu de l’enfance. Il est entré dans l’Histoire le jour de sa déportation au camp d’extermination de Treblinka, avec les enfants du ghetto de Varsovie qu’il n’avait pas voulu abandonner 

Les illustrations tantôt délicates, tantôt inquiétantes d’Iwona Chmielevska, rendent cette fable à nouveau accessible au lecteur contemporain à partir de 7 ans. 

Le Roi honnête, une fable de Kim Froissant et Théophile Sutter

Editions Gautier-Languereau

Honnête, c’est son nom, est un roi très honnête. Son goût pour la vérité l’amène à défendre les faits. Rien que les faits: plus de mensonges, plus d’histoires, plus de contes de fées dans son royaume. 

Pour mener sa politique, il s’entoure du chancelier, Raison, mais un obscur conseiller nommé Malice met en place une police politique et des espions chargés de rapporter tous les propos. Aucune vérité, aucun secret ne doit rester dissimulé. 

Autant vous dire que la bonne intention initiale mène à la catastrophe car tout droit à l’intimité a disparu.

Ce très grand album est un bijou d’intelligence car la moral de cette fable est implacable : l’excès est toujours à bannir et la tyrannie dès des meilleures intentions.

 

Les illustrations de Théophile Sutter sont extraordinaires de détails et d'inventivité : des dessins d'inspiration pop et une grande recherche dans les polices de caractère. Je conseille aux adultes de chercher les références politiques cachées dans les noms propres et les papiers collés.

C’est un album réjouissant à lire en famille, à partir de 8 ans, pour découvrir le sens des mots raison, malice, tyrannie et morale.

                   

Le dernier lion d’albâtre de Dana Chalys

Editions Gulf stream

Ce roman pour adolescents est une véritable aventure initiatique. Il conte l’épopée d’Ashtiry et Pittana, deux adolescents que tout sépare. L’une est une jeune esclave et habile voleuse; l’autre est un jeune prince du royaume oppresseur d’Ofayne.

Ils vont devoir unir leurs forces et dépasser leurs a-priori pour retrouver le dernier lion d’albâtre, le seul à pouvoir stopper un mystérieux fléau qui détruit tout sur son passage.

L’auteure Dana Chalys mêle très habilement le roman d’aventures et le roman d’heroic fantasy.

La magie est partout dans cette quête, menée par plusieurs héroïnes charismatiques, épaulées par des hommes discrets, mystérieux et intelligents. Les personnalités complexes de tous les personnages permettent à l'auteur d'explorer la diversité des relations sociales, amoureuses et amicales, ce qui plaira aux adolescents.

Le dernier lion d’albâtre est vraiment un livre passionnant qui aborde les problématiques actuelles en les transposant dans un monde imaginaire.

Les continents inventés s’inspirent de plusieurs cultures asiatiques antiques (Egyptienne, japonaise). C'est l'occasion de soulever des questions de société : comment disparaissent les civilisations ? Peut-on tolérer l’esclavage ? Pourquoi déclenche-t-on une guerre ? Tous les citoyens d’un pays doivent-ils être assimilés à leurs dirigeants ?