Covid-19 : La crise sanitaire a renforcé les disparités dans la lutte contre le Sida

Ce mardi 1er décembre a lieu la journée mondiale de lutte contre le Sida. L’occasion pour les associations d'aide aux malades de rappeler que « tout le monde n’est pas égal face au VIH ». La crise du Covid-19 a rendu l’accès aux soins encore plus difficile pour les plus fragiles. 
Selon Florence Thune, directrice générale de Sidaction, « Nous devons poursuivre nos efforts car cela semble porter doucement ses fruits. Plus de la moitié des jeunes déclarent avoir confiance dans les informations délivrées par les associations de lutte contre le sida, les bonnes informations imprègnent progressivement les esprits »
Selon Florence Thune, directrice générale de Sidaction, « Nous devons poursuivre nos efforts car cela semble porter doucement ses fruits. Plus de la moitié des jeunes déclarent avoir confiance dans les informations délivrées par les associations de lutte contre le sida, les bonnes informations imprègnent progressivement les esprits » © Sidaction
Des contaminations en baisse mais des disparités toujours plus nombreuses. Dans son dernier rapport, l’association AIDES alerte une nouvelle fois sur les discriminations chez les personnes touchées par le VIH et les hépatites. En 2018, le nombre de contaminations au virus du sida a baissé de 7% en France mais la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 "a exacerbé les inégalités entre les malades" peut-on lire dans le rapport, qui insiste sur les difficultés des populations les plus fragiles. 

Les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes - qui représentent 40% des nouvelles contaminations - les migrants, les travailleurs et travailleuses du sexe, les détenus ou encore les personnes transsexuelles font partie des populations auprès desquelles l’association concentre ses activités de soutien. 

Il s’agit le plus souvent de personnes séropositives, exposées au risque d’hépatites, et dont l’accès aux soins et à l’hébergement est rendu très difficile par la situation de crise sanitaire. "Au moment du confinement, j’avais des problèmes de médicaments car j’ai demandé l’asile et il m’a été refusé. Je n’ai pas de couverture maladie universelle et aujourd’hui, quand je vais à la pharmacie, on refuse de me donner les médicaments" explique par exemple Alma, séropositive accompagnée par AIDES. 

Migrants, travailleurs du sexe, un public difficile à toucher 

Pour Emmanuel Bodoignet président d’AIDES en Bourgogne-Franche Comté, les disparités dans l’accès aux soins et à l’hébergement sont d’autant plus fortes dans notre région "Ici, nous souffrons de notre ruralité. Il y a un vrai problème de place pour les migrants dans les centres d’accueil et d’asile. Les travailleurs et travailleuses du sexe et les consommateurs de drogues sont aussi un public très difficile à toucher. Ils ne disposent que de très peu de lieux d’écoute dans la région. Ils n’ont pas souvent la parole et l’ont encore moins eu cette année avec la crise sanitaire".

Des difficultés pour les malades, mais aussi pour les bénévoles, qui n’ont pas toujours pu assurer leur soutien habituel auprès des personnes vunlérables et/ou dans l'attente d'une aide : "Documenter les personnes qui nous sollicitaient pendant le confinement a été très difficile. Nous avons tenu à maintenir nos locaux ouverts mais je constate parfois une dichotomie entre santé et autorité publique » ajoute Emmanuel Bodoignet, « Certaines personnes ont tout de même été verbalisées en venant chercher du matériel de prévention auprès de nos agents".   
 
Des bénévoles de l'associations AIDES
Des bénévoles de l'associations AIDES © LOIC VENANCE / AFP
A Besançon, la fondation Le Refuge accompagne toute l’année des jeunes LGBT âgés de 14 à 25 ans. Pour eux aussi la période de confinement a été difficile à vivre : "Notre local a dû fermer ses portes assez rapidement. Nous n’avons pas pu assurer nous permanences" regrette Bruno Colard, délégué départemental, "Le confinement a engendré une multiplication des appels. Plus de personnes se sont retrouvées en situation de détresse. Heureusement des chambres d’hôtel ont par exemple été mis à disposition d’autres délégations pour accueillir plus de jeunes"

Quatre jeunes sont actuellement hébergés dans l’appartement de la fondation dans le Doubs : "Le fait d’être enfermés avec trois autres personnes que l’on ne connaît pas n’est pas forcément évident. Mais on a renforcé les visites pour faire des activités, les aider dans leurs démarches administratives", explique Bruno Colard. 

La réponse du maillage inter associatif


Le seul point positif dans la lutte contre les disparités réside en fait dans le maillage inter associatif, qui a "très bien fonctionné pendant le confinement" selon le président d’AIDES en Bourgogne-Franche Comté, "Il y a eu une solidarité inter associative exceptionnelle. On a rarement autant échangé avec nos collègues du réseau. C’est extrêmement bénéfique pour le suivi des personnes que nous aidons".

Un constat que partage Bruno Colard : "Nous sommes régulièrement en contact avec les autres associations et délégations. Cela permet d'apporter une réponse rapide aux personnes dans l'urgence. Pendant le confinement, nous avons ainsi pu orienter certains jeunes vers le centre d'aide national pour qu'il puisse tout de même être hebergés". En 2020, la fondation Le Refuge accompagne plus de 8000 jeunes en France. 2000 d'entre eux bénéficient d'un hébergement. 
 
Malgré la crise sanitaire, la part publique des subventions d'AIDES - qui représente les 2/3 du budget annuel de l'association soit environ 600 000 euros - a été reconduite pour l'année 2021. Un signe positif même si l'incertitude demeure quant aux donations et subentions privées : "Difficile de savoir si les donations seront suffisantes pour que nous gardions notre budget de 900 000 euros. Mais dans la région, nous n'avons jamais été déçus" expique Emmanuel Bodoignet. 

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