5 questions à Bérengère Cournut, écrivain bisontine lauréate du prix FNAC

© Sophie Courageot
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Ecrivaine à Besançon, la jeune femme sera l'un des auteurs à ne pas rater du 20 au 22 septembre au festival "Livres dans la Boucle". Son livre qui raconte le destin d'une jeune Inuit vient d'être récompensé par un prix national. 

Par Sophie Courageot

Bérengère Cournut sera récompensée le 20 septembre à Paris à l'occasion de la 4e édition du Salon Fnac livres. Un jury composé de 400 libraires et 400 adhérents de l'enseigne, a choisi son ouvrage parmi 30 titres dont les quatre finalistes étaient écrits par des femmes. Un livre édité par les éditions "Le Tripode"

Le prix du roman Fnac est une reconnaissance extraordinaire pour cette jeune femme. Elle a grandi dans les Yvelines. Après 20 années passées à Paris, la jeune femme a rejoint Besançon pour y suivre son mari enseignant à l'Université. "J'ai retrouvé ici des paysages d'eau et de collines qui me sont familiers, car assez proches de ceux que j'ai connus enfant dans les Yvelines" nous explique t-elle.

 

Béréngère Cournut est lauréate du prix Fnac pour son ouvrage "De pierre et d'os" / © DR
Béréngère Cournut est lauréate du prix Fnac pour son ouvrage "De pierre et d'os" / © DR

"De pierre et d'os" le roman de la désormais Bisontine emmène le lecteur en Arctique, une nuit, où la banquise se fracture et sépare une jeune femme de sa famille.  Ce livre, hors du temps, se lit parfois comme un précis d'anthropologie même si Bérengère Cournut, 40 ans, ne s'est pas rendue en Arctique. 
  
  • Bérengère Cournut, comment avez-vous commencé à écrire ?
"Enfant. Les premiers poèmes, les premières petites histoires remontent à mes 8 ou 9 ans, et sans passer ma vie à cela, je n'ai jamais vraiment arrêté. Je ne voulais pas forcément en faire mon métier, mais l'écriture m'était naturelle, disons."
 
  • Le personnage central de votre livre est une jeune Inuit. Après un livre sur la culture amérindienne des Hopis, pourquoi ce voyage littéraire cette fois-ci vers l’Arctique ?
"Ce sont de petites sculptures d'animaux en os qui m'ont tout d'abord happée : à la fois très simples et d'une immense puissance évocatoire. Je voulais tout savoir de la culture, de la civilisation capable de produire de tels objets, révélant un rapport très fort aux choses de la nature. Tout ce que j'ai découvert ensuite sur les Inuit m'a convaincue que je devais essayer d'en faire un roman. Pour faire sentir tout ce qu'a d'étrange, de beau et de puissant leur rapport au monde qui les entoure, aux morts et aux esprits." 
 
© DR
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  • Qui est Uqsuralik votre personnage central ?
"Au départ, c'est une jeune fille qui se trouve brutalement séparée de sa famille par une fracture de la banquise (ces choses-là arrivent, dans l'Arctique). À partir de là, elle doit survivre, d'abord seule sur la glace, puis tout au long des saisons. Elle croise et s'intègre à plusieurs groupes avant de pouvoir fonder sa propre famille, mais toutes les rencontres qu'elle fait - humains, animaux et esprits - la façonnent. L'expérience de la maternité finit même par lui révéler qui elle est vraiment : une chamane assez puissante."  

 
Archives du musée Ammassalik sur la côte est du Groenland. / © Sophie Courageot
Archives du musée Ammassalik sur la côte est du Groenland. / © Sophie Courageot
 
  • Vous avez bénéficié d'une résidence d'écriture de dix mois au Muséum national d'Histoire naturelle, à Paris, notamment pour étudier les archives de Paul-Emile Victor. Que vous a apporté ce plongeon dans la culture arctique ? Quelles merveilleuses découvertes y avez-vous faites ?
"J'avais déjà beaucoup avancé dans l'écriture du roman lorsque j'ai obtenu cette résidence. Mais grâce aux archives de Paul-Émile Victor, j'ai pu affiner pas mal de connaissances techniques - notamment en ce qui concerne la chasse au phoque, la confection des vêtements, et même certaines attitudes corporelles des Inuit. PEV, comme on l'appelle dans le milieu, a laissé de magnifiques dessins sur ces sujets, à la fois ethnographiques et d'une grande sensibilité artistique. Il y a une véritable tendresse dans la façon dont il décrit ce peuple, qu'il n'a jamais oublié ensuite, comme en témoignent des dessins plus tardifs, alors que sa vie l'avait mené bien loin du Groenland." 
 
Sculptures au musée Ammassalik sur la côte est du Groenland. / © Sophie Courageot
Sculptures au musée Ammassalik sur la côte est du Groenland. / © Sophie Courageot
 
  • L’Arctique et la culture inuit sont menacés par le réchauffement climatique. Votre livre est-il aussi au final un plaidoyer pour ce monde de glace en danger ?
Ce n'était absolument pas mon objectif en écrivant ce livre. Mais le rapport qu'entretenaient traditionnellement les Inuit avec la nature qui les environne est si fascinant que ça fait forcément réfléchir. On peut légitimement se demander ce qui va advenir de leur culture millénaire dans ce contexte. Mais il me semble aussi que les Inuit sont les champions de l'adaptation. Plutôt que de s'inquiéter pour eux, on ferait sans doute mieux de les consulter, d'écouter ce qu'ils ont à nous dire sur la gestion de l'espace arctique.
 
© Sophie Courageot
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  • Que représente ce prix Fnac pour vous ? Avez-vous déjà commencé à écrire un nouvel ouvrage ? Où emmènera-t-il le lecteur ?
"Ce prix est un grand honneur pour moi, car il est décerné par 800 lecteurs - libraires et adhérents de la Fnac. C'est énorme ! C'est plus de lecteurs que n'en a peut-être jamais connu mon premier roman, L'Écorcobaliseur (Le Nouvel Attila, 2008). Pourtant, ma façon d'écrire n'a pas tellement changé, je trouve... En tout cas, je suis vraiment très heureuse que ce livre au style tranchant, bourré de chants ressemblants à des poèmes, ait rencontré une telle adhésion. Quant au suivant, je ne peux pas encore vous en parler car j'ai l'habitude de ruminer seule mes univers durant plusieurs années avant de pouvoir en parler proprement, sans faire peur à personne... Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il y aura sûrement des arbres et des cailloux."

  

Le Prix Fnac

Chaque année, les ventes du roman récompensé par le jury du prix du Roman Fnac atteignent en moyenne les 100.000 exemplaires. C'est l'un des prix littéraires ayant le plus important impact commercial en France. 

Vous pourrez rencontrer Bérengère Cournut le dimanche 22 septembre après-midi sur le salon des Livres dans la Boucle. Elle rentrera de Paris où lui sera remis en fin de semaine le prix du roman Fnac. 

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