L'auteur de la sculpture du tunnel de la Citadelle, François Morellet, est décédé

Une partie de la sculpture de François Morellet réalisée des deux côtés du tunnel sous la Citadelle
Une partie de la sculpture de François Morellet réalisée des deux côtés du tunnel sous la Citadelle

Le peintre et sculpteur français François Morellet, figure majeure de l'art abstrait minimaliste et personnalité atypique du monde de l'art, est mort dans la nuit de mardi à mercredi à l'âge de 90 ans. Il avait créé la sculpture "Le delta du Doubs" du tunnel sous la Citadelle.

Par IB avec AFP

Plus connu à l'étranger, particulièrement en Allemagne, que dans son propre pays, François Morellet s'exprimait dans un strict langage géométrique,
associé à un humour et une irrévérence dont témoignent les titres de certaines oeuvres ("Géométree", "Steel Life").

"Il était mon ami, il était un homme libre. Il était inventif et rigoureux. Il rendait la géométrie joyeuse et l'humour nécessaire. Je l'aimais", a réagi Bernard Blistène, directeur du Musée national d'art moderne au Centre Pompidou, qui lui avait consacré une exposition en 2011.

"J'arrive à un stade merveilleux où même les gens qui ne m'aiment pas achètent mes oeuvres",


avait-il confié à l'AFP à cette occasion.

François Morellet ést né le 30 avril 1926 à Cholet, en Anjou. Son père, admirateur d'Alfonse Allais, dirige une entreprise familiale de jouets et de poussettes, dont Morellet deviendra à son tour le patron pendant 27 ans, parallèlement à sa carrière d'artiste.
Il pratique la peinture depuis l'âge de 14 ans, mais n'a pas choisi les Beaux-Arts. "Au bout de deux semaines, les étudiants se sentent une âme".
"Certains artistes ont un message. Moi, je n'en délivre pas", souligne François Morellet. "J'essaie de mettre le moins possible de moi-même", ajoute l'artiste qui s'appuie sur la géométrie, le calcul des angles, le nombre Pi et le hasard pour créer.

- Néon et architecture -

Rejetant toute conception romantique de l'artiste, François Morellet "a voulu réduire l'art à ses signes les plus élémentaires, affirmant aussitôt qu'ils sont vides de sens", souligne Serge Lemoine, spécialiste de son oeuvre.
Pour la ministre la Culture, Audrey Azoulay, "son cheminement, dans l'espace fascinant de l'abstraction géométrique, son travail sur la lumière dont il ne cessait de redéfinir et de repousser les limites, aura été guidé par la recherche d'une simplicité toujours plus exigeante".
François Morellet au centre Pompidou lors de la rétrospective de son oeuvre en 2011. / © AFP Pierre Verdy
François Morellet au centre Pompidou lors de la rétrospective de son oeuvre en 2011. / © AFP Pierre Verdy

Lors de la rétrospective de 2011, a noté  bientôt le président du centre, Serge Lasvignes, "il était frappant d'y voir oeuvres anciennes et nouvelles montrées dans une même actualité, aussi pertinentes les unes que les autres, en connivence avec l'espace et le public (...) L'art de Morellet est pour toujours de notre temps "
Dans les années 1960, Morellet est membre du GRAV (Groupe de recherche d'art visuel) qui rassemble des artistes de différentes nationalités autour de l'abstraction géométrique et mise sur l'interactivité avec le public.
Il reçoit bientôt ses premières commandes publiques. L'Allemagne surtout s'intéresse à lui et achète ses oeuvres. "C'est le meilleur pays pour moi depuis le début", dit-il.
Son parcours est ponctué de révélations esthétiques. Les Arts premiers d'abord, au musée de l'Homme,  particulièrement les "tapas" océaniens, sortes de feutres en écorces d'arbre couverts de formes géométriques.
L'Alhambra de Grenade ensuite, le baroque tardif enfin, lors d'un voyage dans les années 1990: "il n'y a pas un saint qui ait l'auréole droite. Un vrai plaisir", dit-il.
Morellet a été un des premiers artistes à utiliser massivement le néon. Il a conçu aussi de nombreuses oeuvres intégrées à l'architecture: Bundestag
allemand, station de métro à Rome, tunnel du Valais en Suisse... sans oublier les vitraux de l'escalier Lefuel au musée du Louvre ("l'Esprit d'escalier", 2010).

"Ma théorie, c'est que l'artiste prépare des terrains à pique-nique pour les visiteurs. A lui de les rendre attirants", a-t-il dit.


Dans l'ancienne configuration du musée des Beaux-Arts de Besançon, les visiteurs avaient le regard attiré par une des ces oeuvres en néon de François Morellet mais c'est surtout la sculpture du tunnel sous la Citadelle qui liait Morellet à Besançon. En 1999, Il avait réalisé le "Delta du Doubs" pour la ville de Besançon. J'avais eu la chance d'interview l'artiste à l'occasion d'un reportage pour le Jt de France 3 FC. Je n'oublierai jamais cette rencontre car son approche de l'art allait à l'encontre de tout ce que j'éprouvais à l'époque. François Morellet revendiquait l'absence d'émotion dans sa création artistique. 

A l'époque, son oeuvre, située sur les deux ronds-points d'accès au tunnel sous la Citadelle, avait suscitée une petite polémique.  Les deux triangles projetant de l'eau et posés sur des galets avaient surpris. La pointe de l'un s'enfonce dans le sol à l'entrée du tunnel Faubourg Rivotte pour resortir de l'autre côté, la pointe dirigée vers le ciel à la sortie du Faubourg Tarragnoz. A chaque fois que j'empreinte le tunnel, j'imagine ce dragon volant sous l'asphalte. François Morellet disait que "le principe des oeuvres d'art est d'être ambigues et de donner lieu à des interprétations différentes", un grand classique de l'art.

Voici le reportage tourné en 1999 à Besançon avec François Morellet : 
L'oeuvre de François Morellet à Besançon
Avec François Morellet. Reportage I.Brunnarius, P.Maire, D.Martin et F.Medard.

 

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