Auto-confinement des personnes âgées : « on n’a plus qu’à mourir alors ? » réactions à Besançon

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Écrit par Dominique Jacquot avec E.Rivallain
Sur le marché, l'idée d'un auto-isolement des personnes âgées et des plus fragiles rebute.
Sur le marché, l'idée d'un auto-isolement des personnes âgées et des plus fragiles rebute. © Denis Colle / France Télévisions

L'idée d'un auto-confinement ou auto-isolement pour les plus âgés a fait irruption dans les débats autour du Covid-19. A Besançon, les premiers concernés reçoivent rarement cette proposition avec le sourire.

La proposition, très controversée, a été émise par des membres du Conseil Scientifique dans la revue professionnelle The Lancet : instaurer un « contrat social », où les personnes âgées et les plus fragiles accepteraient de s’auto-isoler, pour que le reste de la population évite un nouveau confinement. A Besançon, ce samedi 20 février au matin, l’idée était rejetée par la plupart des concernés que nous avons rencontrés.

Ils étaient au rendez-vous, ces aînés et ces seniors qui n’auraient pas voulu rater le premier marché de l’année aux allures de printemps. Et bien sûr, ils avaient entendu parler de cet « auto-confinement ». Une proposition blessante pour certains d’entre eux, comme cette dame de 84 ans, assise sur un banc, et venue justement « voir du monde » : « Pour quelles raisons on ferait ça ? On n’a plus qu’à mourir alors ? », dit-elle, avant d’ajouter « c’est déjà bien assez dur pour les vieux dans les Ehpads, qui ne peuvent pas sortir ». Dans les allées du marché, la suggestion est la plupart du temps vertement reçue. « J’ai 86 ans, je n’ai d’ordres à recevoir de personne » invective une dame « Je respecte les lois, et c’est tout. ». Une autre passante refuse catégoriquement l’idée : « Si on nous confine encore à la maison avec nos casseroles et notre télévision ? Ah non. J’ai rien contre la télévision, mais au bout d’un moment … » Un peu plus loin, un retraité, casquette sur la tête, soupire « En somme, les personnes âgées gênent les autres ». En réalité, la plupart d’entre eux restent déjà beaucoup plus chez eux que d’ordinaire, et ont déjà réduit les contacts depuis des mois. Une femme indique être prête à pousser encore d’un cran la réclusion : «  Les gens sont toujours à dire ‘on m’enlève ma liberté’, mais ma liberté de quoi ? D’attraper le virus ? ».

Si un auto-confinement généralisé des personnes les plus à risque permettrait de soulager les hôpitaux, la logique sanitaire créerait aussi une inégalité de traitement. Pour Mikaël Le Denmat, avocat, ce serait une négation de la devise « Liberté égalité Fraternité », les trois piliers du droit ilfrançais : « d’un seul coup, on en attaque deux, et puis finalement le troisième aussi », explique-t-il, « car dans quelle mesure on est encore fraternels quand on dit à certains ‘restez chez vous par vous-même, mais quand même on vous y incite fortement, pour permettre aux autres de conserver leur liberté ? C’est compliqué ». Mais pour le moment, l’auto-confinement des anciens n’est pas à l’ordre du jour, le gouvernement l’a répété. On imagine mal d’ailleurs sa mise en œuvre à quelques mois de l’élection présidentielle

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