Brûlée vive pour sorcellerie, Henriette de Crans a sa sculpture à Besançon

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Écrit par Sarah Rebouh
Henriette de Crans, par l'artiste Anne-Valérie Dupond, juste avant son inauguration.
Henriette de Crans, par l'artiste Anne-Valérie Dupond, juste avant son inauguration. © Sophie Courageot - France Télévisions

Un buste d'Henriette de Crans, première femme accusée de sorcellerie et brûlée vive à Besançon, a été installé à Chamars. Il est inauguré ce samedi 20 novembre. Qui était-elle ? Récit.

Henriette de Crans est la première femme condamnée à mort pour sorcellerie à Besançon. C'était en avril 1434. Cette exécution publique, qui a eu lieu au parc de Chamars, marque le départ de nombreuses autres à Besançon et dans toute la Franche-Comté. Au total, 800 femmes ont été condamnées à mort dans notre région, accusées d'avoir pactisé avec le diable. 

"Les procès en sorcellerie sont très liés aux violences faites aux femmes. On a fait le choix d'exposer son buste car c'est une victime emblématique de la misogynie. Elle représente toutes les accusées" nous confie Brigitte Rochelandet, docteure en histoire des mentalités. Elle a participé activement à la reconnaissance publique d'Henriette de Crans, âgée d'environ 70 ans au moment de sa mise à mort. Une longévité rare pour l'époque. 

Samedi 20 novembre, son buste est inauguré par le Ville de Besançon. Ce dernier a été réalisé par l'artiste Anne-Valérie Dupond, spécialisée dans la sculpture sur textile.

Mais qui était Henriette de Crans et pourquoi a-t-elle été exécutée ? "Elle n'était pas miséreuse. Elle vivait dans une maison en pierre à Besançon. À l'époque, la ville était très rurale et recouverte de vignes. Elle guérissait des gens peut-être, mais elle va avouer la sorcellerie sous la pression des inquisiteurs et des juges. Ces derniers l'accusent de pactiser avec le diable mais il n'y a évidemment aucune preuve" rappelle aux mémoires l'historienne, tout en précisant que la condamnée finira par avouer après des jours d'enfermements dans des conditions très difficiles et sans réelle conscience des risques encourus.

La chasse aux sorcières naît autour du lac Léman, en Suisse, en Savoie, en Bourgogne et en Alsace. Au début, cela se produit sur des petits territoires où le pouvoir est un peu bancal, pour maîtriser les populations.

Brigitte Rochelandet, historienne

À partir du 15ème siècle, les procès en sorcellerie sont mis en place par des érudits et des intellectuels autant catholiques que protestants. La Bible est interprétée au pied de la lettre. La chasse aux sorcières est initiée par l'église mais très vite reprise par la justice civile. "Les gens croient au diable, aux dragons et même aux licornes. Chacun se pense le champion de Dieu" poursuit Brigitte Rochelandet, spécialiste de l’histoire des femmes sous l’Ancien Régime et des violences à leur encontre.

"Accusée d'avoir tué des enfants et d'en avoir fait rôtir"

"Au début, les procès en sorcellerie étaient mixtes avant de se focaliser sur les femmes. Dans le cas d'Henriette, elle est accusée sur des rumeurs. On lui reproche d'avoir pactisé avec le diable, d'avoir donné des maux à certaines personnes et elle est surtout accusée d'avoir tué des enfants et d'en avoir fait rôtir. Cette femme va avouer sans vraiment savoir ce qu'elle risque car personne avant elle n'avait jamais été brûlé pour pacte avec le diable à Besançon" détaille la Franc-Comtoise.

À Besançon, Chamars est l'un des lieux où sont effectuées les crémations contrairement au centre-ville, privilégié pour les décapitations. Les cendres des condamnés à mort sont ensuite jetées dans le Doubs pour qu'il n'en reste aucune trace. Ces derniers sont tout bonnement rayés des registres et leur mort n'est d'ailleurs mentionné nulle part. Les habitats sont invités à assister aux crémations. "Elle défile depuis la cathédrale Saint-Jean, les mains liées derrière le dos pour lui interdire de prier. Les exécutions capitales étaient rares. Cela a dû marquer énormément les esprits"

Au niveau européen, on estime à 60 000 personnes brûlées pour sorcellerie. Au total, 1200 procès de ce type ont eu lieu en Franche-Comté selon Brigitte Rochelandet. 80% concernaient des femmes. 

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