Rentrée universitaire 2020 : l'effet coronavirus pourrait être préjudiciable à Besançon

Partiels à peine corrigés, les professeurs de l'Université de Franche-Comté doivent imaginer la prochaine rentrée sous l'angle sanitaire, devant privilégier le télétravail pour limiter le présentiel de milliers d'élèves. Ce qui pourrait avoir une incidence sur la venue des étudiants à Besançon.

Le nerf de la guerre dans les facs ? Baisser au maximum le présentiel des élèves dans les amphithéâtres et durant les travaux dirigés.
Le nerf de la guerre dans les facs ? Baisser au maximum le présentiel des élèves dans les amphithéâtres et durant les travaux dirigés. © Simon Daval / MaxPPP

Dans le jargon managérial, cela s'appelle une note de cadrage. Un document qui fixe les objectifs et le contour d’un projet. Cette note est évidemment signée par la personne ou l'équipe qui dirige l'équipe.

Le document dont nous parlons ici a été envoyé le 28 Mai par le président de l'Université de Franche-Comté, Jacques Bahi. L'objet ? La rentrée prochaine, le 7 septembre, avec pour objectif la mise en place d'un protocole sanitaire très strict pour se prémunir d'un retour en force du Covid-19.

Avant de dévoiler les grandes lignes de cette note de cadrage, rappelons qu'elle ne fait qu'obéir aux injonctions du Ministère de l'Enseignement Supérieur, qui demande aux universités de prévoir des enseignements en distanciel et/ou en présentiel dans une mesure et selon des modalités qu'il leur appartiendra de déterminer et qui leur permettront d'anticiper une éventuelle dégradation des conditions sanitaires.

Vues de Franche-Comté, ces préconisations concernent donc la vie en communauté de 30 000 étudiants et 2500 professeurs et membres du personnel. Et voilà ce qui est écrit dans cette note de cadrage:

"Dans le but de faire respecter la distanciation sociale, la capacité des amphis, selon leur configuration, sera comprise entre 10 et 25 % de leur capacité actuelle et celle des salles de cours/TD à 30% (tables de 2) ou 50% (tables individuelles)"... "Dans l’attente d’une analyse plus fine de l’ensemble de ces éléments au regard de l’évolution des consignes liées à la situation sanitaire, il est raisonnable de limiter la capacité d’accueil à 20% de la capacité actuelle et donc de réduire de 80% le volume de l’enseignement présentiel – ces chiffres seront à consolider avec l’appui de la direction du patrimoine et chacune des composantes de l’UFC"


Voilà pour le texte. Alors, c'est le moment du cas pratique.


Un amphitéâtre du site de l'Arsenal, à Besançon, pour par exemple une première année Littéraire, c'est 400 places. Il faudrait donc à la rentrée assurer des cours en présentiel par rotation de 40 à 100 élèves.

Le reste se ferait donc en visioconférence. Sans renforts au niveau des effectifs et sans retarder la rentrée d'un mois pour permettre des ajustements. Et là, pour les enseignants, ça coince. C'est ce que déplore un communiqué de l'intersyndicale CGT-FSU-SUD de l'Université de Franche-Comté:

"Ces conditions dans lesquelles se déroulerait la rentrée universitaire semblent avoir été choisies comme la solution de facilité pour ne répondre qu'à un impératif sanitaire très strict, faisant fi de considérations pédagogiques et sociales pourtant tout aussi importantes".

Elles préfigurent un traitement à part qui serait réservé à l'Université, en faisant d'elle une exception par rapport aux autres lieux de la vie sociale et économique. Elles ne font finalement que refléter le manque chronique de moyens, de locaux permettant d'accueillir tout le monde dans de bonnes conditions, de personnels enseignants, techniques et administratifs.

Les craintes de la rentrée universitaire

"L'enseignement à distance, on a bricolé cela pendant tout le confinement. Mais cela reste du bricolage !" Au téléphone, la Maître de conférences en Histoire de l'art et archéologie du monde grec Sophie Montel ne comprend pas ce "traitement de faveur" :

"Alors que les magasins et autres lieux à vocation commerciale sont autorisés à recevoir à nouveau du public sous certaines conditions, l'Université, elle, se voit soumise à des restrictions drastiques dans ses missions fondamentales.

Regardez l'école: les cours par demi-groupe sont autorisés ! Pourquoi pas pour les universités ? On a clairement la sensation que nos autorités profitent de la crise pour accélérer les expérimentations autour de l'enseignement à distance !"

La professeure comtoise, comme tous ses collègues universitaires, doit actuellement travailler sur l'élaboration du planning des cours pour l'année prochaine. Elle a jusqu'au 15 juin pour imaginer un emploi du temps respectant les limites de places et privilégiant le distanciel.

Et Sophie Montel se sent coincée entre l'envie de refuser en bloc ces nouvelles normes et la nécessité de préparer cette rentrée pour ne pas porter préjudice aux futurs étudiants.

"Il est important de rassurer les parents des futurs nouveaux étudiants. Nous assurerons de toute façon un présentiel avec les élèves de première année, la présidence de l'Université estime également cela nécessaire.

L'autre point sur lequel je suis d'accord avec Jacques Bahi, c'est qu'au moins, avec ce scénario catastrophe, l'Université sera parée en cas de deuxième vague épidémiologique à la rentrée !"

 

Les étudiants vont-ils venir s'installer à Besançon?


Dans cette histoire, la ville étudiante comtoise pourrait pâtir de manière indirecte de cette nouvelle politique d'enseignement à distance. Pour certains cursus universitaires, le présentiel hebdomadaire ne consisterait qu'en quelques heures de cours.

Les parents vont-ils assumer le coût financier de louer à leur enfant une chambre à Besançon, s'il suffit d'un billet de train par semaine pour se rendre à un seul cours d'amphithéâtre ?

Ce choix de ne pas quitter les petites villes et villages environnants et rester étudier depuis sa chambre pourrait représenter, par ricochet, une perte financière pour les commerces du centre-ville bisontin. 

Quelles solutions préconisées par l'intersyndicale? 

Dans son communiqué, l'intersyndicale demande :

- Décaler d'un mois la rentrée universitaire pour adapter les solutions aux conditions sanitaires réelles et non hypothétiques.

- Avoir une réflexion collective sur l'utilisation des salles dans les composantes, y associer l'ensemble des opérateurs publics et privés en vue de trouver de nouvelles salles possibles.

- Recruter du personnel : une campagne complémentaire de recrutement d'ATER (attachés temporaires d'enseignement et de recherche) peut être lancée pour la rentrée car les candidats ne manquent pas ; ouvrir tous les postes gelés par le président Jacques Bahi depuis 2012 ; embaucher des personnels d'entretien, techniciens audiovisuels et informaticiens.

Et si jamais une deuxième vague d'infections devait conduire à un nouveau confinement :

- S'assurer dès la rentrée que tous les étudiants qui en font la demande soient équipés d'un matériel fonctionnel (ordinateur portable, clé 4G+ en cas de non connexion du domicile, etc.).

- Prévoir des envois postaux pour les étudiant.e.s (et les enseignant.e.s) qui préfèrent travailler sur papier.

Sur cette problématique nationale, certaines universités ont déjà exprimé leur refus d'appliquer les consignes du ministère de tutelle. Et comment vont réagir les syndicats étudiants, une fois les rattrapages terminés ? 
Les prochaines semaines s'annoncent compliquées à l'Université de Franche-Comté.

Vendredi 5 juin, la présidence de l'Université a organisé une conférence de presse pour légitimer cette note de cadrage et justifier les pistes de réflexion menées. Voici l'interview de Jacques Bahi, président de l'Université de Franche-Comté

Réaction Jacques Bahi




 

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