VIDEO. Délinquants routiers, ils assistent à une opération de désincarcération, un dispositif unique en France entre les pompiers du Doubs et la justice

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Ce stage est une peine. Il n'est pas un stage de récupération de points. Il vise à responsabiliser et à faire prendre conscience de la gravité des faits à des délinquants de la route. Défaut de permis, conduites addictives, excès de vitesse, le but est de faire évoluer les comportements.

Afin de lutter contre les infractions routières, le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux a confié aux pompiers du Doubs, la mise en œuvre des stages de sensibilisation à la sécurité routière. Objectif visé : privilégier une action pédagogique pour les auteurs d’infractions. C'est une première en France.

Le stage se déroule en deux jours. Douze heures au total pour faire passer un message fort qui restera ancré dans les mémoires. Car la délinquance routière peut tuer. 

Lors de ce stage, huit heures sont consacrées à l'apprentissage des gestes qui sauvent. La prestation est assurée par l'union des sapeurs pompiers du Doubs. Les quatre heures restantes sont consacrées à la partie théorique et pratique encadrées par des sapeurs pompiers professionnels et volontaires. A l'extérieur est simulé un accident grave nécessitant une désincarcération. S'en suit un débriefing et une présentation en salle des causes, circonstances et conséquences réelles d’un accident de la route, tant corporelles que psychologiques, appuyées de statistiques, de retours d’expériences et de photos. 

"Nous ne sommes pas là pour les juger, le tribunal l'a fait, nous sommes des prestataires chargés de faire passer un message et nous pouvons le faire très concrètement" nous confie le commandant Sébastien Freidig, chef du centre de secours de la caserne de Besançon au sujet des stagiaires.

Selon les pompiers, ce type de formation avec de jeunes délinquants permet de parler aisément des causes, des circonstances et des conséquences générés par un accident de la circulation.

Les personnes participant à cette formation ont commis différents types d'infractions : 

  • délits affectant la capacité à conduire (défaut de permis, défaut d’assurance, conduite malgré suspension de points…)
  • conduites addictives     
  • incivilités routières        
  • blessures involontaires non graves        
  • grands excès de vitesse de + de 50 km/h

Un reportage de Jérémy Chevreuil et Lilia Aoudia. Avec le commandant Sébastien Freidig, chef du centre de secours de la caserne de Besançon et Etienne Manteaux, procureur de la République de Besançon

Quand on entend ces pompiers qui expliquent ce qu'ils ont vu, constaté des décès, des enfants, des femmes, des hommes qui sont tués, ça ce sont des choses qui peuvent toucher, parler aux personnes. Régulièrement, à chaque stage, il y a des gens qui pleurent.

Etienne Manteaux, procureur de la République de Besançon.

C'est la première fois qu'une convention est signée entre le parquet de Besançon et un service départemental d'incendie et de secours, le Sdis25. Si main dans la main, ils arrivent à toucher les stagiaires, le pari est tenu et les mentalités pourront changer, estime la justice. 

Ce stage est une peine  qui vient en complément d'un emprisonnement avec sursis, d'un emprisonnement ferme plus rarement, d'une suppression ou d'une annulation du permis de conduire.

Pour Etienne Manteaux, procureur de la République, le but est de sortir du discours moralisateur. "Il faut ajouter à la nécessaire répression, un stage qui fait appel à l'intelligence et à l'émotion" dit-il.

Le coût du stage est à la charge des participants. Chacun doit payer 230 euros avant le début du stage. Le prix permet de rémunérer les formateurs et la logistique du stage.