Emmanuel Macron à Vichy : Léonel de Moustier, le député du Doubs qui a voté contre les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain

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Écrit par Catherine Eme-Ziri
Portrait du Marquis Léonel de Moustier, réalisé en déportation à Neuengamme
Portrait du Marquis Léonel de Moustier, réalisé en déportation à Neuengamme © Musée de la Résistance et de la Déportation, Besançon

Ce mercredi 8 décembre à Vichy, Emmanuel Macron a rendu hommage aux 80 parlementaires ayant refusé les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Parmi eux, un député du Doubs, Léonel de Moustier, mort en déportation, et fait Compagnon de la Libération par le Général de Gaulle pour actes de résistance.

Léonel de Moustier, marquis et homme politique français, a marqué l’histoire de notre région. Conseiller général, et même président du conseil général, il est depuis 1928 député du Doubs.

Le 22 juin, la France a capitulé face à l’Allemagne et signé l’armistice. Le 10 juillet 1940, la Chambre des députés et le Sénat doivent se prononcer pour donner, ou non, les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Seulement 80 parlementaires, dont Léonel de Moustier, votent contre.  

De retour chez lui, Léonel de Moustier entre dans la Résistance, dès le printemps 1941, avec le SOE, les services secrets britanniques puis avec l’ORA, l’Organisation de Résistance de l’Armée. Il cache dans son château de Bournel des aviateurs américains ou anglais dont les engins ont été abattus, des résistants, des réfractaires au STO, le Service du Travail Obligatoire. Mais, le 23 août 1943, il est arrêté par la Gestapo et déporté au camp de Neuengamme où il meurt de faim et d’épuisement le 10 mai 1945.   

« Au lieu d’un vin blanc, vous me servirez un whisky ! »

Dans un reportage consacré au Marquis de Moustier sur France 3, l’historien Joseph Pinard, député socialiste de 1981 à 1988, ne cachait pas son admiration pour cet aristocrate : « Juste une anecdote. Il faut imaginer l’ambiance à Vichy, où le sentiment anti-anglais est très fort. Avant le vote, à la buvette improvisée, Léonel de Moustier demande : « Au lieu d’un vin blanc, vous me servirez un whisky ! » Il a tout de suite refusé la défaite et il est entré dans la résistance. Il est le seul de son groupe politique à s’être comporté de cette façon. Pour cette famille aristocrate, il y avait un refus viscéral du nazisme, un mouvement de voyous, de dévoyés, de déclassés. Ces aristocrates incarnaient des valeurs d’une certaine chevalerie, d’une certaine tradition judéo-chrétienne. Ils ne pouvaient accepter ce mouvement païen, violent, brutal, ennemi de toute culture. »  

"De la clarté d'esprit !"

Le Musée de la Résistance et de la Déportation à Besançon a consacré un parcours pédagogique à Léonel de Moustier. Son directeur, Vincent Briand, loue chez Léonel de Moustier sa « clarté d’esprit » dans une époque troublée : « Malgré son statut social très installé, de père de famille avec de nombreux enfants, avec une carrière politique plutôt derrière lui, non seulement, il a osé mais en plus, il a osé très tôt, à lutter contre l’occupant et contre le nazisme. »  

Léonel de Moustier, mort à 63 ans à Neuengamme, a été fait Compagnon de la Libération à titre posthume par le Général de Gaulle pour actes de résistance. Le 7ème marquis de Moustier repose dans la chapelle de son domaine.

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