RECIT.  “Le Covid-19 a fait de moi une autre personne”, ces femmes ont changé de métier avec l’épidémie

Un an déjà que le Covid-19 est dans nos vies. Ce virus a endeuillé des familles, bousculé notre quotidien, fermé les restaurants... Il a eu aussi des aspects inattendus et positifs. Des femmes ont entamé une reconversion professionnelle. Elles nous racontent. 
 

Ces deux femmes ont changé de parcours professionnel avec la crise du covid
Ces deux femmes ont changé de parcours professionnel avec la crise du covid © Clotilde Simon et Corinne Coudereau

Covid-19, et s’il était positif ?


Être moins matérialiste, se contenter de ce que l'on a, se recentrer sur l'essentiel : la famille. Prendre le temps de lire… À l’appel à témoignages lancé sur la page Facebook de France 3 Franche-Comté, vous êtes nombreux et nombreuses à avoir répondu. Et si le Covid-19, avait aussi amené de bonnes choses dans nos vies ?. “Je suis devenue accro à l'observation et à la photographie des oiseaux” confie Sylvie. Pour Ludivine, le Covid c’est aujourd’hui “moins de frais pour aller au travail grâce au télétravail, et donc plus de temps pour profiter de la famille”. “Oui, il y a du bon dans tout, même dans la difficulté, l’épidémie a permis de se recentrer, redéfinir ses priorités. Nombreux ont appris à passer du temps avec leurs enfants, faire du travail manuel, cuisiner” analyse Sylvie.

De ces petits riens glanés sur le quotidien, après ce temps de réflexion et de doutes imposés par la pandémie, certaines femmes ont décidé de franchir le pas. Celui du changement.  Voici 4 récits de ces vies que le Covid est en train de redessiner.
 

Géraldine, une nouvelle vie dans le “cake design”


A 39 ans, Géraldine Demouge-Verrier est en train de se façonner une nouvelle vie. Tout en sucre et en couleurs. Et c’est à la crise sanitaire qu’elle le doit. Cette mère de famille de La Chapelle-sur-Rougemont dans le Territoire de Belfort travaillait en contrat aidé dans une structure pour personnes handicapées. Lors du premier confinement, pour pouvoir s’occuper de ses enfants, elle fait le choix d’interrompre de façon anticipée son contrat. En septembre 2020, Géraldine cherche à nouveau du travail. Titulaire d’un CAP petite enfance, elle envoie 200 CV. Et rien ne se passe. Impossible de retrouver un contrat. Lors d’un rendez-vous à Pôle Emploi, elle confie à sa conseillère sa passion : le "cake design". 

Près de Belfort, Géraldine Demouge-Verrier façonne des "cake design", une passion dont elle compte bien faire désormais son travail.
Près de Belfort, Géraldine Demouge-Verrier façonne des "cake design", une passion dont elle compte bien faire désormais son travail. © Géraldine Demouge-Verrier

Ces gâteaux venus des USA et façonnés sous les formes les plus incroyables. “Cela fait une dizaine d’années que j’en fais, j’ai fait un premier gâteau pour ma fille, puis la famille m’en a demandé. J’adore travailler la pâte à sucre” explique Géraldine. Rassurée, motivée, épaulée, la mère de famille se lance donc dans la création d’entreprise : un petit laboratoire de pâtisseries qu’elle compte installer chez elle. 

Géraldine Demouge-Verrier a suivi ces derniers mois une formation à l'entrepreneuriat, elle a travaillé son projet, son business plan, et passe en ce moment son CAP pâtisserie, indispensable pour créer sa future entreprise. “J’ai eu la chance de ne pas avoir de proches malades du Covid-19 dans ma famille. La crise sanitaire, ça a été un tournant positif pour moi, avec le temps pour réfléchir…. sans le Covid, je ne pense pas que je me serais lancée” dit-elle.


La jeune femme qui excelle dans les gâteaux aux formes incroyables espère ouvrir au printemps 2022. Son projet : vendre ses créations, animer aussi des ateliers “cake design”. Et pour ne pas perdre la main, elle fait partie d’une association "un gâteau, un sourire". Elle réalise bénévolement des gâteaux pour des enfants atteints de handicap ou qui ont subi une hospitalisation.


Clotilde, une reconversion cousue main 


Dans le nord de la Haute-Saône, Clotilde Simon a troqué la blouse blanche de préparatrice en pharmacie contre le fil blanc. Celui de sa machine à coudre. Elle estimait après 13 ans d’activité avoir fait le tour de son métier en officine. “Le covid n’a pas arrangé les choses, travailler avec un masque, être au travail pendant l’épidémie, gérer en même temps les enfants, les trajets…pour un salaire proche du smic” tout cela l’a convaincue d’un virage à prendre. 

“J’avais déjà depuis deux ans et demi une auto-entreprise dans la couture, je me suis dit que c’était l'occasion de m’y lancer à plein temps. S’il n’y avait pas eu cette crise sanitaire, je pense que je ne me serais pas lancée” explique Clotilde, 35 ans. La voici donc à nouveau devant sa machine à coudre, sacs, tabliers, produits zéro déchet… le temps file à toute vitesse. “Je travaille autant qu’avant, voire plus, mais je peux m’organiser avec mes deux enfants, j’ai moins de trajets aussi. Je me donne un an pour voir ce que cela donne” dit-elle. Via sa page facebook Clocreafil, la Comtoise expédie ses commandes dans toute la France. “Les gens sont plus réceptifs au fait-main” a-t-elle constaté. Merci Covid ? 

Clotilde Simon se lance à temps plein dans son auto-entreprise de couture et broderie.
Clotilde Simon se lance à temps plein dans son auto-entreprise de couture et broderie. © Clotilde Simon

Malade du Covid-19, l’ancienne maire change de cap, adieu politique, bonjour aromathérapie ! 


Le Covid-19, Corinne Coudereau l’a eu dans la peau. Début mars 2020, dans le Territoire de Belfort, elle fut l’une des premières élues à tomber malade. Heureusement, elle est hospitalisée d’une forme non-grave, mais va connaître des hauts et des bas pendant près de 8 mois. Battue aux municipales à Valdoie en juin 2020, Corinne Coudereau songe à changer de vie. L’ancienne attachée parlementaire prend un virage inattendu.
 

Ces longs mois m’ont permis d’apprendre à prendre soin de moi et de mon corps. À le respecter, à entendre ses limites, à apprendre aussi à manger plus sainement avec des produits bons pour la santé.

Corinne Coudereau


“La maladie en m’affaiblissant m’a forcé à changer mon mode de vie, le corps ne supportait plus aucun excès. J’ai décidé de partir vivre à la campagne, de vivre des valeurs de la nature” explique la quadragénaire. Elle se forme à l’aromathérapie ou bien-être par les huiles essentielles. Elle achète une maison d’hôtes à Champagney dans le nord de la Haute-Saône. Ouverture prévue ce printemps. “Au-delà de mon aspiration personnelle, je pense qu’après cette crise, les gens vont avoir besoin de retrouver des valeurs comme la nature” dit-elle. 

Le Covid a eu un effet positif sur sa vie, elle en est persuadée. “J’ai l’impression de ne plus être la même personne qu’il y a un an” dit-elle. L’ancienne élue joue en ce moment les déménageuses, bricoleuses, brocanteuses pour donner vie et couleurs à sa nouvelle structure.

Corinne Coudereau rénove une maison d'hôtes à Champagney en Haute-Saône.
Corinne Coudereau rénove une maison d'hôtes à Champagney en Haute-Saône. © Corinne Coudereau


 

Dans le Doubs, la famille Troutet cherche une ferme pour poursuivre son projet 


Une maison moderne dans un petit village du Doubs entre Frasne et Pontarlier. Bienvenue à Bannans, chez Magali, Manu et leurs enfants. Chez eux, un nouveau projet de vie est né du coronavirus. Celui de prendre le temps, de vivre au rythme du jardin et des animaux. Le couple a gardé son entreprise d'événementiel et communication, mais cultive désormais un autre projet. Celui d’ouvrir une mini-ferme éco-responsable à la maison avec chèvres, lapins, poules, cochons d’Inde. 

 

Le Covid nous a dit stop, stop à la surconsommation.

Magali Troutet


“Les premiers mois de confinement en 2020 ont été un déclic, on s’est dit qu’on était passé à côté de plein de choses, on courait partout, on n’avait pas conscience de la vraie valeur des choses” confie Magali Troutet. “Je ne connaissais pas le nom des fleurs, des oiseaux”. Leur fils de 15 ans est déjà passionné par l’auto-suffisance alimentaire, leur jardin potager va donc prendre tout son sens ces prochains mois en allant vers la permaculture. “Je ne vais plus en grande surface, je fais tout maison, le pain, les viennoiseries, les yaourts. “Tout ce qui est fait maison, ça donne de la confiance, ça fait un bien fou” ajoute Magali. 

Chez la famille Troutet, la nature a toute sa place.
Chez la famille Troutet, la nature a toute sa place. © Magali Troutet



“Happy Culture Comtoise”, la future mini-ferme ne sera pas une activité qui permettra de vivre, mais “un plus” pour cette famille qui veut partager son mode de vie, échanger, recevoir des enfants renouant avec les animaux de la ferme le temps de quelques heures.  Conseils, ateliers, produits artisanaux, vie positive et naturelle : les premiers après-midi récréatifs se sont vite remplis. “Le Covid nous a dit stop, stop à la surconsommation” estime Magali, 40 ans.“Quelle chance, on a d’être à la campagne” reconnaît cette mère de famille comtoise, encore plus avide de partages qu’avant.

Combien sont-ils ou sont-elles à avoir amorcé un changement de vie professionnelle  ?

Le phénomène est difficilement chiffrable. A la chambre des métiers du Doubs, Virginie Chessel, directrice le constate : “on accompagne pas plus de personnes, mais pas moins non plus malgré cette période de crise sanitaire”, ce qui est plutôt un bon signe car “on aurait pu penser le contraire". 

La création de micro-entreprises en 2020 a battu un record. En France, 45.900 nouveaux auto-entrepreneurs se sont lancés. Un chiffre en hausse de 9% par rapport à 2019. Les créations d'entreprises individuelles classiques, elles ont reculé de 13%, celles de sociétés sont restées stables.

On a ressenti d’une façon globale que les gens ont pris conscience de l’importance des entreprises de proximité” 

Virginie Chessel, directrice de la délégation du Doubs - Chambre des métiers

“Dès la fin de la première semaine de confinement au printemps 2020, les gens se sont informés sur la création d’entreprises, certains ont pu travailler sur leur projet. Le covid leur a donné le temps de réfléchir” explique Virginie Chessel. “Créer son entreprise, ça peut se faire en deux à trois mois, on peut s’inscrire rapidement en auto-entrepreneur sans prendre de risques", ajoute-t-elle. Les conseils restent identiques à ceux d’avant la crise sanitaire, bien réfléchir, s’informer avant de se lancer.

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