Pierre Moscovici : de Montbéliard à la présidence de la Cour des Comptes

L'ancien député du Doubs, Pierre Moscovici, doit être nommé premier président de la cour des Comptes lors du prochain conseil des ministres. Un grand corps d'Etat qu'il n'a jamais quitté depuis sa sortie de l'ENA en 1984. Pierre Moscovici était  commissaire européen jusqu'en novembre dernier.

Pierre Moscovici en novembre 2019.
Pierre Moscovici en novembre 2019. © Filippo Monteforte/ AFP
A voir le petit sourire amusé de notre confrère Jérémy Chevreuil lors de son interview de Pierre Moscovici en février 2019 à Bruxelles, cette nomination à la cour des Comptes était un secret de polichinelle.

Interrogé sur son avenir après son poste de commissaire européen aux affaires économiques, le politicien esquive et livre une réponse qui laisse la porte ouverte.

Je ne suis pas entrain de briguer des postes, je ne suis pas candidat à quelque poste que ce soit si ce n'est à servir mon pays et servir l'Europe. (Février 2019)


Déjà en 2017, Pierre Moscovici déclarait ne pas vouloir prendre sa retraite après Bruxelles.
 

Le Journal du Dimanche, qui le premier annonce l'officialisation de cette information, rappelle que "Pierre Moscovici a toujours été en bons termes avec Emmanuel Macron". Et lors de l'entretien avec Jérémy Chevreuil, Pierre Moscovici estimait qu'« Emmanuel Macron est plus eurovolontariste qu’Olivier Faure », le patron actuel du PS. 

Mais rien ne semblait finalement acquis. Des remarques acerbes rapportées l'été dernier par le journal Le Monde sur le "populisme mainstream" du président Emmanuel Macron semblaient lui avoir coûté le poste de Premier président de la prestigieuse institution de la rue Cambon à Paris. "Il peut toujours aller se faire voir", aurait alors commenté le chef de l'Etat, selon le Canard enchaîné.

Finalement, Pierre Moscovici a réussi à revenir dans la partie. Pierre Moscovici peut aujourd'hui compter sur des contacts dans le premier cercle d'Emmanuel Macron. Alexis Kohler, bras droit du président, a ainsi été son directeur de cabinet adjoint à Bercy.

Le parcours d'un parisien devenu énarque


Si l'on se place du point de vue d'un énarque, le parcours de Pierre Moscovici a tout d'un "sans faute". Parisien d'origine, il sort en 1984 de l'Ecole Nationale d'Administration, il entre directement à la cour des Comptes comme auditeur tout en commençant une carrière au PS. Lors de ses études à l'ENA, il avait eu comme professeur Dominique Strauss-Kahn. La suite est une succession de nominations dans des ministères et d'elections du plus simple échelon au plus prestigieux avec un détour en province à partir de 1994. L'"enracinement local" fait partie du parcours obligé de tout homme politique.

Parachutage en pays ouvrier


Un parachutage en terre ouvrière, dans le berceau des usines Peugeot, un comble pour cet homme qui n'a pas le permis de conduire. Conseiller municipal de Valentigney, conseiller général du Doubs, conseiller régional de Franche-Comté, Président de la communauté d'agglomération du Pays de Montbéliard, le Parisien pur jus aura occupé tous les mandats locaux et construit sa carrière d'élu avant de s'envoler vers d'autres sphères. 

Pierre Moscovici a été également député européen, et deux fois ministre: des Affaires européennes sous Lionel Jospin, puis patron de Bercy au début du mandat de François Hollande, dans deux gouvernements successifs de Jean-Marc Ayrault. 
    
Cette fois, c'est donc au poste de Premier président de la Cour des comptes que Pierre Moscovici revient dans le jeu, après plusieurs mois d'attente et de spéculation, son prédécesseur  Didier Migaud ayant lâché les rênes il y a déjà six mois pour diriger la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

L'Europe, la Gauche et la France

    
Le scénario rappelle celui qui avait vu Pierre Moscovici atterrir à la Commission européenne en 2014, après avoir perdu le ministère de l'Economie et des Finances, et suite à de longues hésitations du président François Hollande.
    
A la tête de la Cour des comptes,l'ancien Commissaire européen retrouvera un exercice familier: passer à la loupe les projets de budget de l'Etat français. Il avait lui-même rendu des comptes à Bruxelles lorsqu'il était ministre des Finances de 2012 à 2014, et que la France malmenait l'objectif d'un déficit budgétaire inférieur à 3% du Produit intérieur brut.  

A l'époque, Pierre Moscovici avait fait parler de lui en dénonçant le "ras-le-bol fiscal", qui était revenue ensuite en boomerang à la tête de l'exécutif tout au long du quinquennat Hollande. Ministre, il avait plaidé pour de la "flexibilité" dans l'application des règles de la zone euro, alors menacée d'implosion par la crise des dettes souveraines.

Sous les ors de la Cour des comptes, dont la mission se fonde sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - qui dispose que  "la société a droit de demander compte à tout agent public de son administration" -, il fera face à une sitution budgétaire hors du commun. En raison de la pandémie de coronavirus, et de mesures de confinement qui ont paralysé l'économie, le déficit public français pourrait flirter cette année avec les 10% du PIB, selon Bruxelles.

    

 
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