PHOTOS. "Ce qui compte, c'est que les gens s'émerveillent" : le fabuleux bestiaire de Jean Vercellotti au fil du Doubs

Le photographe de Besançon (Doubs) a rassemblé 400 photos d'oiseaux et d'animaux, glanées au fil de l'eau, entre la Suisse, le Doubs, le Jura et la Saône-et-Loire. Son livre intitulé "Et au milieu coule une rivière... le Doubs et sa faune" est publié aux Editions du Sekoya.

Chasseur d'images. C'est le nom d'une célèbre revue de photographie née en 1976. Et ça lui va comme un gant. "C'est un peu ça, sauf qu'on ne tue pas les animaux, on les immortalise", sourit Jean Vercellotti. Mais attention, à 70 ans, il ne se prend surtout pas pour un pro. Lui qui a découvert la photo au lycée à Besançon est un pur autodidacte, dit-il, et il reste très modeste.

Il signe pourtant un magnifique livre de photos de 192 pages intitulé "Et au milieu coule une rivière... le Doubs et sa faune", publié aux Editions du Sekoya. Une promenade étonnante le long de la rivière qui traverse la Franche-Comté, depuis la Suisse et jusqu'à la Saône-et-Loire, en passant par le Doubs et le Jura. Il en a rapporté 400 clichés d'animaux de tous poils ou d'oiseaux enchanteurs, de poissons ou d’insectes. Et autant d'anecdotes.

Chaque photo est en effet illustrée par un court texte de l'auteur. "Je ne suis pas ornithologue, explique Jean Vercellotti, mais j'aime bien raconter à chaque fois un détail méconnu sur l'animal. Peu de gens par exemple savent qu'un faucon pèlerin peut voler à une vitesse de 384 km/h quand il pique vers sa  proie au sol."

"J'étais un peu frileux au départ car il y a déjà beaucoup de livres de photo animalière, reconnaît Alain Mendel, son éditeur, à France 3 Franche-Comté. Mais Jean a une telle passion pour les animaux, il y a une telle sincérité dans ses photos, qu'il fallait absolument faire ce livre." 

Des trésors de patience

Et pourtant, l'ancien ostéopathe ne s'est réellement lancé dans la photo animalière qu'à sa retraite il y a quelques années. "Avant, je n'avais pas le temps, ni le matériel, confie Jean Vercellotti. J'ai appris tout seul, sur le terrain. Et à force d'observer, de se louper, on finit par y arriver. On se met dans la peau de l'animal, on réagit comme lui." Il faut avoir l'œil bien sûr, mais surtout déployer des trésors de patience. 

Il m'a fallu 53 heures d'affût au total pour réussir à photographier un pic noir à Chaudanne (une des collines boisées qui domine la ville de Besançon, NDLR), admet-il. J'y suis allé 10, 20 fois. Je l'ai entendu tout le temps, je l'ai vu à chaque fois mais je l'ai eu une seule fois dans mon objectif.

Jean Vercellotti, photographe.

Et l'homme est capable de se dissimuler sous son filet, de rester immobile des heures durant, parfois en oubliant même de manger, pour parvenir à saisir cette drôle de danse, le "mulotage" d'un renard à la Vrine, à Goux-les-Usiers, la nage d'une couleuvre dans les eaux du lac de Remoray, la parade amoureuse des grèbes huppés, ou encore cette belle brochette de guêpiers d'Europe (Merops apiaster) perchés sur une branche à Osselle. "Il m'a fallu une matinée pour cette photo, les sept guêpiers se sont posés quelques secondes seulement", se rappelle Jean Vercellotti.

Un autre regard sur la nature

C'est ce regard sur tous ces êtres sauvages qui nous entourent qu'il a voulu partager dans cet ouvrage. Pousser les Franc-Comtois à redécouvrir et feuilleter cette bibliothèque vivante à portée de leur main. "Des chamois, on peut en voir à 450 mètres du centre-ville de Besançon, pas besoin de faire des kilomètres et des kilomètres, assure-t-il. Tout est là, à qui veut bien le voir et s'en donner la peine." Écologiste certes, mais pas militant, précise-t-il, Jean Vercellotti regrette que beaucoup ne sachent plus apprécier la beauté simple de la nature.

Vincent Munier, le célèbre photographe animalier, cite souvent cette phrase du poète anglais Gilbert Keith Chesterton: "la planète ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d'émerveillement". Ce qui compte, c'est que les gens s'émerveillent !

Jean Vercellotti, photographe.

Alors il se réjouit d'apprendre par la bouche d'une lectrice qu'une petite-fille de cinq ans se plonge désormais tous les jours dans son livre. Capter l'attention des enfants avec une hermine, cette "peluche blanche" qui chasse sur les berges enneigées du Doubs, c'est sans doute sa plus belle récompense. Lui qui se bat pour qu'ils ne deviennent pas des "crétins numériques" comme il dit. "Quand j'étais gamin, on allait avec les copains faire des cabanes dans la forêt, se souvient-il. Aujourd'hui, les enfants passent tout leur temps sur leurs smartphones ou leurs tablettes à jouer à des jeux vidéo à la c... !" 

Jean Vercellotti, en tout cas, poursuit ses excursions quotidiennes, avec la candeur de sa jeunesse. Toujours capable de s'arrêter au bord du chemin, pour admirer des toiles d'araignée et les partager sur sa page Facebook. Car le photographe est reparti à l'aventure. Il a déjà un autre livre en chantier, sur les merveilles du Doubs et du Jura, ces nombreuses cascades et canyons dont le massif regorge.

Si vous voulez le croiser, Jean Vercellotti fait partie des 25 auteurs et illustrateurs qui participeront à la Rencontre "A livre ouvert", organisée par l'association Vivre aux Chaprais, samedi 9 mars au FJT La Cassotte à Besançon.