Journée nationale des ambulanciers : "nous n'avons pas le cœur à la fête"

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A l'occasion de la journée nationale des ambulanciers, ce mercredi 8 juillet, des professionnels de santé font part de leur colère. Pendant plus de deux mois, ils ont pris des risques en transportant des personnes atteintes du coronavirus. Ils demandent plus de reconnaissance.

Ce mercredi 8 juillet correspond à la journée nationale des ambulanciers. Mais le cœur n'est pas encore à la fête pour ces professionnels de santé. Ces femmes et hommes au service de la population ont lutté, pendant trois mois, en pleine crise du coronavirus Covid-19.

"Nous n'avons pas encore envie de faire la fête. Il y a eu le Covid pour lequel les ambulanciers ont largement participé, mais sans la reconnaissance attendue", regrette Fabrice Jeannerod, patron des ambulances Jussieu Secours à Pontarlier.

Pour l'entreprise basée à Pontarlier, le transport de malades concerne toujours un peu le coronavirus. Mais pas autant qu'en pleine épidémie avec près de 300 déplacements par jour.
   

"Même statut qu'un chauffeur-livreur"

L'activité habituelle reprend petit à petit. Mais à la sortie de cette crise, tout le milieu semble gonflé à bloc : "Nous ne sommes pas en danger depuis le coronavirus. Notre profession est en danger depuis plusieurs années. Il n'y a pas de gouvernance. Les transports sanitaires sont régis par le ministère des Transports alors que nous agissons sur des missions de service public et de soin", explique celui qui est également président de l'association ambulancière de Franche-Comté.

Aurélie, une ambulancière d'une trentaine d'années, ne mâche pas ses mots derrière son masque : "Nous partons plusieurs mois en formation, nous sommes encadrés par le ministère de la Santé et une fois notre diplôme obtenu : on se retrouve avec le même statut qu'un chauffeur-livreur. Alors que les personnes que j'ai en charge, ce pourrait être mes grands-parents, ma maman ou des enfants. On demande juste à être reconnu."
 


Tous regrettent de ne pas avoir été invité à la table du Segur de la Santé : "On devrait en dépendre. Nous pourrions, ainsi, être représentés lors du prochain Segur", admet Fabrice. Ce projet, promis par Emmanuel Macron pendant la crise du Covid-19, vise à améliorer les conditions de travail et la prise en charge des malades à l'hôpital et à envisager la hausse des rémunérations.
 
 

Aidés par des abattoirs

D'après le président de l'association ambulancière de Franche-Comté, il y a eu 2 600 interventions pour des suspicions de cas de Covid-19 entre mi-mars et début mai. Dont 1 600 pour le seul département du Doubs.

"Nous avons manqué de matériel au départ. On a du faire appel à des dons d'autres entreprises. Même des abattoirs sont venus à notre aide, ils nous ont donné des combinaisons", sourit avec un brin d'amertume le directeur des ambulances Jussieu avant de continuer : "Avec la pénurie des masques FFP2, nous avons travaillé avec des masques chirurgicaux."
 

Malgré le déconfinement les hôpitaux n'ont pas repris leur pleine activité : "Notre activité n'a donc pas repris non plus à 100 %. Nous avons toujours recours au chômage partiel. D'où la difficulté économique des entreprises."

Le métier d'ambulancier, et ses missions, est mal connu du grand public. Mais parfois même de leurs collègues médecins, infirmiers, pompiers ou policiers. Ils travaillent 365 jours par an, 24 heures sur 24.

"Nous avons tous le sentiment d'être les oubliés. mais ce n'est pas nouveau. Nous avons obligation de faire des gardes départementales depuis 2001 alors que ce n'est pas rentable. Il faudrait une refonte complète du milieu pré-hospitalier."