Dans le Jura, la saxifrage oeil de bouc est réintroduite avec succès, et refleurit pour de vrai

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Écrit par Catherine Eme-Ziri
Une saxifrage oeil de bouc
Une saxifrage oeil de bouc © Julien Guyonneau

C’est une petite plante avec des fleurs jaunes. Modeste. Discrète. Tellement discrète qu’elle a même failli complètement disparaître du massif du Jura. Elle a été réintroduite dans son milieu naturel depuis 5 ans, et l’expérience est très concluante.

La saxifrage œil de bouc est une plante qui pousse dans les tourbières. Elle est fragile et a presque disparu de ses milieux naturels. Seule la commune de Bannans, près de Pontarlier dans le Doubs, en possédait encore quelques spécimens. Alors, le Conservatoire botanique national de Franche-Comté – Observatoire régional des Invertébrés, a décidé de donner un coup de pouce à la nature en réintroduisant cette plante. Après 5 années, on en connait enfin les résultats.  

Une campagne de réintroduction de plus de 5000 plants

La saxifrage œil de bouc (ou saxifrage hirculus) était abondante au début du XXème siècle sur une vingtaine de sites dans le Haut-Doubs et le Haut-Jura. Ce sont les écrits et les carnets de terrain de botanistes qui nous le racontent. Mais elle a, petit à petit, disparu. Justine Amiotte-Suchet, chargée de la communication du Conservatoire botanique, énumère quelques-unes des causes de sa disparition : « Son milieu naturel, la tourbière, très fragile, a été attaqué par les drainages agricoles et l’exploitation de la tourbe, notamment pour le chauffage, même si maintenant, on ne se chauffe plus à la tourbe. Le changement climatique n’y est pas étranger non plus : la saxifrage aime avoir les pieds dans l’eau et avec les périodes de sécheresse intense, elle a souffert du manque d’eau. » Sans oublier non, plus « l’effet collectionneur » : par le passé, certains ont aimé épingler cette plante devenue rare dans leurs herbiers.  

Durant 5 années, plus de 5000 plants ont été réintroduits sur 5 sites dans le Haut-Doubs et le Haut-Jura à Malpas, Bannans, Les Pontets ou encore aux Rousses, sur deux lieux. Plusieurs méthodes ont été testées pour juger de leur efficacité. De nouveaux gènes sont même réintroduits pour permettre un brassage génétique et ainsi renforcer les plantes. Si des graines sont prélevées dans le massif du Jura, les botanistes vont aussi en chercher chez nos voisins suisses. Pour obtenir de nouveaux spécimens plus « costauds ».  

Des résultats très encourageants  

Première nouvelle très positive : le taux de « reprise » est élevé. Après leur plantation, en juin ou en septembre, 89 % des plans survivent, poussent et vivent leur vie. De plus, durant l’été 2021, la floraison, de juin jusqu’à septembre, a été exceptionnelle. Forcément, la saxifrage aimant avoir les pieds dans l’eau, elle a apprécié l’abondance des pluies !  

Dernière bonne nouvelle : la réapparition d’une population « naturelle ». Justine Amiotte-Suchet s’en félicite : « Une petite colonie de saxifrage oeil-de-bouc a été redécouverte sur la station historique des Pontets, dans le Doubs. Elle n’avait en effet pas été revue depuis 2004 malgré des recherches régulières… On l’a repérée, fleurie au pied d’un bouleau et d’airelles des marais… Elle ne peut ni avoir été plantée, ni être issue de graines provenant des plants, il s’agit donc bien d’une population naturelle. »  Le programme va se poursuivre jusqu’en 2027. Alors plus de 10 000 saxifrages auront été plantées.    

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