Damparis, près de Dole : "Jacob Delafon", c'est fini, vive la Société Jurassienne de Céramique Française !

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Il y a un an, tout juste, en septembre 2020, le groupe Kohler annonçait la vente du site historique Jacob Delafon, créé à la fin du 19 ème siècle à Damparis dans le Jura. Après bien des rebondissements, l'usine a été rachetée par une PME française, Kramer, et maintenant embauche.

Est-ce l’épilogue heureux de cette histoire industrielle et humaine qui a connu de nombreux rebondissements ? Le ministère de l'Industrie a annoncé dans un communiqué jeudi 16 septembre que la reprise était signée ! Les salariés et les élus jurassiens veulent y croire.

Une histoire aux nombreux épisodes

Tout commence en septembre 2020 : le propriétaire américain de l’usine de Damparis annonce qu’il vend Jacob Delafon, qu’il avait rachetée en 1986. Coup de tonnerre dans l’agglomération doloise ! C’est à cause de « sa stratégie de groupe » et de la « surcapacité chronique » du site qu’il a décidé de se désengager…

Jacob Delafon, un nom connu, une référence : c’est ici que sont fabriqués les sanitaires en céramique. L’usine d’Émile Jacob et Maurice Delafon s’y est implantée en 1899 ! Ce site, qui produit WC, lavabos et vasques, a compté jusqu’à 800 salariés dans les années 1980. Puis, avec la baisse des commandes, la désindustrialisation, la mondialisation, il est devenu, au fil des années, le dernier de France. En septembre 2020, il n’emploie alors que 150 salariés. D’ailleurs, certains produits sont déjà fabriqués, sous le nom Jacob Delafon, par Kohler, en Inde, en Chine ou au Maroc.

En février 2021, bonne nouvelle : le groupe Kramer se porte acquéreur. Cette entreprise familiale et française emploie 120 salariés à Etain dans la Meuse, possède aussi une unité de fabrication à Obernai en Alsace. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 30 millions en 2020. Son activité : la robinetterie et le matériel de plomberie. Elle espère conserver 91 emplois à Damparis.

Puis, deux semaines plus tard, nouveau coup dur : ce repreneur potentiel, le seul à s’être déclaré, fait marche arrière, les négociations n’ayant pas abouti entre le vendeur et l’acheteur. Kramer déplore : "l'opacité dont a fait preuve le groupe Kohler en matière d'informations (...)" et a conclu à "l'impossibilité de mener à bien" le projet de reprise. Arrive la fin de l'activité, l'usine ferme le 30 juin.

Le renouveau de Jacob Delafon, mais sans le nom

La mobilisation s’intensifie pour sauver le dernier fabricant français de céramique moyenne et haut de gamme, de l’Etat à la Région en passant, bien sûr, par le Grand Dole.

Marie-Guite Dufay, présidente PS de Bourgogne Franche-Comté, sollicite l’intervention du gouvernement, et insiste : « Le risque de voir disparaître le dernier fabricant de sanitaires en céramique de France est grand. Il serait incompréhensible à l’heure où l’État plaide pour le "made in France" qu’aucun soutien financier ne soit pour l’heure débloqué pour stopper cette délocalisation. »

Justement, le gouvernement tente alors de "renouer le dialogue" entre les deux parties. L’affaire Jacob Delafon, on en parle jusqu’à la sortie du conseil des Ministres ! Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, à l'issue du conseil des ministres qui s'est tenu mercredi 24 février, affirme : « La ministre déléguée à l'Industrie Agnès Pannier-Runacher "tente de renouer les liens du dialogue aujourd'hui rompus entre les deux groupes pour voir si une solution de reprise peut exister."

Le Grand Dole, dont fait partie la commune de Damparis, s’investit aussi et même financièrement. Sa proposition : acquérir le terrain et les bâtiments, les proposer en location-vente à Kramer sur 15 ans. Le Grand Dole investit 1,35 million d’euros dans cette opération, aidé par 600 000 euros de subvention de la région.

Résultat : le 4 juin 2021, Kramer annonce le rachat. Nouveau nom de la société puisque "Jacob Delafon" a été gardé par le groupe américain : "Société jurassienne de céramique française". Et l’embauche les ex- Jacob Delafon commence à la mi-septembre. Le repreneur souhaite recommencer l’activité avec une vingtaine de salariés, puis 90 à la fin de la première année si tout va bien pour monter à 150 d’ici 5 ans.

"Quand on fait un syndicalisme pragmatique..."

Les réactions sont nombreuses après le rachat et cette reprise d'activité. Déjà celle du député jurassien LR Jean-Marie Sermier qui se félicite de cette reprise d'activité, avec l'aide de l'Etat : "L'Etat annonce 1,4 million, puis plus rien mais après intervention auprès d'un ministre, ce sera finalement un peu plus d'un million, avec en plus une avance remboursable..."

"On est très content. Enfin ! En avril, on croyait que le dossier était bouclé... puis on a connu de nombreux rebondissements." réagit Jean-Pascal Fichère, le président Divers Droite du Grand Dole qui poursuit : "On a sauvé, quand même, le dernier fabricant français de céramique. Le savoir-faire est ancestral mais indispensable. Une nouvelle aventure économique commence. Avec une première année difficile : l'ancien propriétaire est parti non seulement avec le nom mais aussi avec les moules. Il faudra quelques mois pour concevoir de nouveaux moules et produire."

Grande satisfaction également pour Sébastien Peron, président de la CFE-CGC pour la Bourgogne Franche-Comté. "L'apport de chacun a été déterminant, quel qu'il soit, pour que cette opération aille jusqu'au bout, tout a été déterminant. Nous, on a travaillé dans l'ombre, un peu en sous-marin." raconte-t-il "Oui, nous, syndicalistes, on a travaillé avec un patron, on n'a pas fait brûler des palettes et des pneus devant l'usine. Mais, quand on fait un syndicalisme pragmatique, on y arrive."

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