De l'eau, de l'eau et de l'ego : quand la Cascade des Tufs dégouline sur Instagram

En Franche-Comté, c'est l'un des sites stars de cet été. Près d'Arbois, dans le Jura, la cascade des Tufs est une victime collatérale de l'engouement des Français pour le tourisme hexagonal. Les gens se pressent sur le petit site et postent sur Instagram la même photo. Parfois avec une fille devant.
On vous en a déjà parlé ici. Près d'Arbois, dans le village des Planches-près-Arbois, les habitants sont excédés. Les rues sont étroites et ne peuvent pas recevoir un tel flot de touristes.

Les places de parking sont en nombre très limité. L'affluence est telle que le site est saturé et menacé. Certains touristes ne respectent pas les règles fixées pour protéger la cascade : interdiction de se baigner et de plonger. Pique-nique interdit aussi.
La Cascade des Tufs victime de son succès

Pour avoir la preuve du succès d'un lieu, il peut être intéressant de constater sa popularité sur le web. Et principalement Instagram, le réseau social le plus en vogue pour le partage de photos. Le hashtag #cascadedestufs connaît un franc succès.

Il faut dire que l'endroit se prête volontier à l'art de la photo au smartphone. Et puis..avec ces jolies couleurs, quel plaisir de tester les nombreux filtres d'Instagram, d'hésiter entre "Clarendon", "Lark" ou " Perpetua", de recadrer, de rajouter du contraste, puis de poster cela.

Alors, du coup, sur Insta, des photos des Tufs, il y en a en cascade.

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Et puis l'algorithme d'Instagram s'enflamme, et vous propose de voir les photos intitulées "meilleures publications". Alors là, on se dit qu'on va avoir une cascade de chefs-d'oeuvres de cadrages, une avalanche d'originalité, un tsunami artistique...


Mais non. Instagram nous propose de voir les photos de la cascade des Tufs les plus "likées", celles qui auront généré un maximum d'interactions.

Et nous voyons apparaître beaucoup de jeunes femmes. Pensives. Inspirées. Assez peu vêtues mais il faut dire qu'il fait chaud en ce moment en Franche-Comté.

Certaines cachent malencontreusement une partie du joli décor.
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20k d’amours🍃

Une publication partagée par A N G E L 🧿 (@angelrouget) le

Et voilà à quoi s'adonnent certains dans ces lieux de nature. À flater un ego, à se mettre en valeur, en prétextant la beauté d'un environnement. À jouer des coudes pour accéder à l'endroit idoine pour réaliser le post qui attirera l'oeil et donc le like.

On est certainement vieux jeu (on a réalisé nos premiers clichés avec le Polaroïd du papy), mais il y a de quoi rester circonspect devant certains posts. Et trouver un brin pathétique ce rapport à soi-même, au culte du corps et aux phrases toutes faites sur le bien-être.
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Ambassadrice des cascades 😂 J’adore trouver les merveilles au milieux des forêts, c’est une véritable escapade et ça fait du bien ❤️ Je reçois encore beaucoup de questions pour le #HautJura cet été, n’oubliez pas que les cascades c’est généralement plus au printemps et à l’automne 🙏🏼 Ne pas vous faire surprendre par le débit d’eau beaucoup plus faible en plein été ❤️ Bonne semaine à vous ! Pour moi c’est un ravalement de façade entre soins, coiffeur et cils etc haha je vous laisse ça en storie 🥰 Bikini: @soraya_swimwear Rappel vous avez le concours toujours en ligne jusqu’à dimanche sous mon précédent post ❤️

Une publication partagée par Viktoria Avec Un K (@viktoriadalloz) le

Alors ne croyez pas que les Tufs sont les seules "victimes" de ce culte du soi. Chaque site comtois a son lot de photos avec du "MOI" dedans, plus ou moins vêtu. 

On assiste, pour ainsi dire, à une "instagramisation" du tourisme. Certains sites surfent d'ailleurs là-dessus, car cela fait toujours de la visibilité. Mais on est en droit de trouver cette "consommation" du tourisme un peu vaine.
 

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