Prix de l'énergie : "On ne fermera pas de remontées mécaniques", du Jura au Doubs, les stations de ski en pleine renégociation avec leurs fournisseurs

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Écrit par Lucie Thiery

Notre pays vit une crise énergétique depuis des mois. L'explosion des prix de l'électricité pèse sur le budget des stations de ski. Pourront-elles assurer le fonctionnement des remontées mécaniques sur leur domaine skiable cet hiver ? Nous avons posé la question aux deux plus grandes stations de la région, Les Rousses (Jura) et Métabief (Doubs).

Après deux années de pandémie et la baisse de l’enneigement liée au réchauffement climatique, les stations de ski de moyenne montagne du massif jurassien doivent désormais composer avec une nouvelle difficulté : l’instabilité extrême des prix de l’énergie.

Depuis plusieurs mois, le pays fait face à une crise énergétique. Les tarifs de gros de l'électricité pour 2023 ont atteint des niveaux records, avec des prix supérieurs à plus de 1 000 euros le mégawattheure (MWh), contre 85 euros un an plus tôt. La réduction de la production d’énergie nucléaire en France explique en partie cette situation critique. En effet, sur 56 réacteurs, 28 sont actuellement à l’arrêt en raison de problèmes de corrosion et de retards dans les opérations de maintenance. Or, 70 % de la production d’électricité est fournie par le nucléaire. 

Pas de fermetures de remontées mécaniques cet hiver aux Rousses

Dans ce contexte extrêmement tendu, est-ce que nos stations de ski réussiront à fonctionner tout l’hiver ? Dans le Jura, à la station des Rousses, on se veut rassurant. "Nous ne fermerons pas de remontées mécaniques cet hiver", assure le directeur général délégué à la Sogestar (société de gestion de la station des Rousses), Pierrick Amizet.

A trois mois de l’ouverture de la station, il est serein et confiant à plus d’un titre. "Nous avons pu anticiper la hausse des tarifs de l’électricité en renégociant notre contrat au printemps 2022 avec notre fournisseur". Pour l’heure les prix sont figés, mais la station subira une hausse de 40 à 45 % des tarifs de l’électricité à partir d’octobre 2023.

Inflation : 5,5 % d’augmentation sur le prix des forfaits

La station du Haut-Jura a fait le choix de répercuter le taux d’inflation sur le prix des forfaits. Ils augmenteront de 5,5 % dès la prochaine saison hivernale. "Cela ne couvrira pas la hausse réelle de l’énergie, c’est à l’entreprise de faire le dos rond".  

Il faut dire que l’électricité représente un coût annuel de 200 000 euros pour la station, idem pour les charges en carburant. Au domaine du massif Dôle-les Tuffes et Serra, les 30 remontées mécaniques, les bâtiments ou encore la production de neige sont les principaux postes de consommation énergétique.

Réduire la consommation énergétique des entreprises de 10 % en deux ans

Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron a une nouvelle fois appelé les Français à être "au rendez-vous de la sobriété". Le 29 août dernier déjà lors du congrès du Medef, la Première ministre a appelé à la mobilisation générale, enjoignant les entreprises à réduire leur consommation de 10 % en deux ans, d’ici à 2024 par rapport aux chiffres de 2019. "Chaque entreprise devra établir un plan de sobriété énergétique et prendre des mesures dès septembre" a lancé Elisabeth Borne.

La station des Rousses n’a pas attendu les injonctions gouvernementales pour enclencher un plan de sobriété. "On suit un plan de management énergétique drastique avec un suivi de tous nos postes de consommation". Eclairages basse tension, radiateurs pilotés, réduction du chauffage dans les salles hors sac, réduction ponctuelle de la vitesse des remontées mécaniques ou optimisation des plans de damage en fonction de l’enneigement sont quelques-unes des mesures de réduction des coûts appliquées sur le domaine des Rousses.

"Cela commence à beaucoup peser sur notre budget"

De son côté, la station de Métabief dans le Doubs manque de visibilité. "Nous sommes actuellement en pleine renégociation du marché électrique. C'est effectivement un souci car ça commence à beaucoup peser sur notre budget. C'est 4 % de notre budget d’exploitation et notre troisième poste de dépenses, après l'entretien du matériel et les salaires", explique Philippe Alpy, président du syndicat mixte du Mont d’Or.

A ce stade, difficile d’anticiper les conséquences d’une augmentation des tarifs de l’énergie sur le fonctionnement de la station. Située entre 900 et 1430 mètres d'altitude, la station de moyenne montagne ne peut pas se permettre de fermer ses remontées mécaniques alors que le niveau d'enneigement sera de plus en plus incertain. "A la différence des grosses stations de ski, nous ne pouvons pas connaître en amont le nombre de jours d’exploitation et donc nos recettes à venir sur la saison, cela dépendra du niveau d’enneigement", explique Olivier Erard, directeur du syndicat mixte du mont d’or. Une chose est sûre, les canons à neige tourneront dès que les conditions les permettront, « ce n’est pas le poste le plus énergivore » ajoute Oliver Erard.

"Il faudra s’adapter à l’instant T. En cas d'extrême nécessité, se posera la question de savoir quelle remontée mécanique on devra laisser ouverte, pour impacter le moins possible notre chiffre d'affaires", se désole Philippe Alpy.

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