Près de 400 postes menacés en trois semaines, la rentrée cauchemardesque de l'emploi dans le Jura

Les annonces de plans sociaux se succèdent dans les entreprises du Jura. Après Jacob Delafon à Damparis et l’Amy à Morez, l’entreprise SKF a annoncé son intention de supprimer 123 postes dans son usine de Lons-le-Saunier. Le point sur ces entreprises en difficulté.
 

L'entreprise SKF à Lons-le-Saunier a annoncé la suppression de 123 postes.
L'entreprise SKF à Lons-le-Saunier a annoncé la suppression de 123 postes. © Philippe Trias/MAXPPP

LMT-Belin risque la fermeture à Lavancia-Epercy

À Lavancia-Epercy, plus de 80 postes sont menacés de suppression chez LMT-Belin, entreprise spécialisée dans la fabrication d’outillages coupant. En janvier dernier, le groupe allemand Leitz Metalworking Technologie – propriétaire de l’entreprise – a annoncé sa "désolidarisation de l’unité de production". Depuis les salariés sont dans l’attente. L’activité de l’entreprise va être délocalisée sur le site allemand du groupe et l’usine du Jura risque la fermeture.

"Aucune annonce n’a été faite depuis janvier" regrette Céline Mottet, gestionnaire du personnel à Lavancia. "Tout le monde attend le verdict, mais les salariés ont tenu bon jusqu’à aujourd’hui. Malgré le contexte, ils sont là, et ils pourront sortir la tête haute". "Les salariés sont pressés d’en finir" explique de son côté Richard Dhivers, secrétaire départemental de la CGT : "Les Allemands veulent vendre les locaux donc la fermeture est quasi-actée. Il n’y a même pas eu de bataille pour la sauvegarde de l’emploi sur ce site".


SKF à Lons-le-Saunier : 123 postes menacés


L'équipementier industriel suédois SKF a annoncé mardi 15 septembre lors d’un conseil social et économique,  la suppression de 123 postes de travail sur les 347 du site de Lons-le-Saunier. 13 postes seront créés. L’usine paie de plein fouet la chute du trafic aérien lié à la crise sanitaire du coronavirus.

Pour Pascal Loureiro, délégué syndical du site, l’annonce de la centaine de suppressions de postes n’est pas vraiment une surprise. La CGT s'attendait à de mauvaises nouvelles car "depuis le crise de la Covid, on a noté une baisse d'activité de 40% du chiffres d'affaires" explique le syndicaliste. 

Le site SKF de Lons-le-Saunier travaille pour Airbus, Safran, Dassault, les équipementiers de l'aéronautique. 40% des pièces aéronautiques produites sont destinées à l'exportation. La santé économique du secteur de l’aéronautique a été complètement bouleversée par la crise du covid-19 et par l'arrêt, puis la réduction des vols dans le monde entier. En France, le groupe international SKF emploie plus de 3.000 personnes sur plusieurs sites, dont 347 dans le Jura.Direction et partenaires sociaux discuteront lors d’une réunion d’information-consultation prévue le 22 septembre. La fin de la négociation est fixée au 22 décembre.

 
SKF va supprimer des postes à Lons-le-Saunier
Reportage Jeanne Meyer et Florence Petit. Avec : Pascal Loureiro Délégué CGT du site SKF de Lons le Saunier Brice Comment Directeur du site SKF de Lons le Saunier Richard Dhivers Secrétaire général CGT Jura


30 licenciements chez l’Amy (Morez)

À Morez, le lunetier l’Amy connaît aussi des heures très difficiles. La direction a officialisé mardi 8 septembre, 60 licenciements, dont la moitié sur le site du haut-Jura. Avec 35% de chiffre d’affaire en moins en 2019 et des comptes dans le rouge, l’entreprise avait été placée en redressement judiciaire au début du mois de juin, à sa demande.

Le lunetier cherche un repreneur mais les salariés disent n’avoir que très peu d’espoir. "Personnellement je n’y crois plus" s’alarme une employée arrivée il y a trois ans de l’usine Logo, autre lunetier qui a dû fermer ses portes en 2016, "Je ne vois pas comment la situation pourrait s’améliorer", ajoute-t-elle sous couvert d’anonymat. La période de redressement judiciaire doit se terminer en fin à la fin du mois de novembre. En attendant, les salariés sont rémunérés par l’organisme de garantie des salaires (AGS).  *
 

"Personnellement, je n'y crois plus. Je ne vois pas comment la situation pourrait s'améliorer"

Une salariée anonyme de l'Amy, à Morez

 

Damparis : Jacob Delafon va fermer


Près de Dole, 151 emplois s'apprêtent à disparaître. Le groupe américain Kohler a confirmé mardi 15 septembre se séparer de son site jurassien de Damparis. L’usine Jacob Delafon produit des sanitaires et vasques haut de gamme. Le site avait été créé en 1899. Le groupe américain justifie cette fermeture par une "surcapacité chronique" du site, des coûts de production nettement supérieurs à ceux de son usine de Tanger au Maroc, et de l'impact négatif de la crise sanitaire sur l'activité.
Ce qui nous fait mal, c’est que c’était le berceau de la marque Jacob Delafon et il va disparaître” explique Olivier Drut, délégué CFE-CGC du site de Damparis. 

“On sait très bien que les locaux de Damparis sont vétustes, ils sont situés à 200 mètres de l’usine Solvay, classée en risque Seveso 2. Personne ne rachètera. C’est la fin, et elle intervient dans un bassin dolois déjà sinistré” ajoutait début septembre l’élu du personnel. Le député LR du Jura, Jean-Marie Sermier a écrit au ministre de l'Économie Bruno Le maire. “La décision du groupe Kohler est d’autant plus incompréhensible qu’il a investi en 2015 plus de 2 millions d’euros, avec des accompagnements public, dans une machine de type “four tunnel” qui assure une certaine productivité” écrit l’élu jurassien.“Dans le cadre du plan de relance, nous devons nous mobiliser pour le sauvetage de cette usine, car elle répond au mouvement du made in France et à l’objectif de relocalisation prôné par le gouvernement après la crise sanitaire du covid” ajoute Jean-Marie Sermier.


Inquiétude chez MBF à Saint-Claude


À Saint-Claude, la CGT se dit attentive à l’évolution de la situation de l’usine MBF, spécialisée dans l’aluminium et dans la fabrique de pièces de moteur pour l’automobile. "Nous avons quelques inquiétudes. Pour le moment mais nous restons vigilants compte tenu de la conjoncture actuelle et des difficultés du secteur automobile d’avant Covid" explique Nail Yalcin, responsable de l’union locale. A la mairie, le maire Jean-Louis Millet explique que l’entreprise ne lui a pas fait part de difficultés qui pourraient conduire à des suppressions d’emplois. “On est toujours préoccupé bien sûr par l’évolution des marchés, mais MBF a le potentiel, pour recruter, aller de l’avant et se développer” estime le maire de la ville du Haut-Jura. 
 
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