Morvan : en quelques semaines, le village de Dun-les-Places a perdu ses deux restaurants historiques

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En 2015, Dun-les-Places faisait figure d’exception. Dans un contexte où beaucoup de petits villages perdaient des commerces, lui en rouvrait. Depuis deux mois, la situation est tout autre. Les deux restaurants historiques viennent de fermer coup sur coup.

Dun-les-Places, village de 350 habitants niché au cœur du Morvan, très prisé des touristes en été. Jusqu’à l’automne dernier, on pouvait aussi évoquer les 4 commerces pérennes du village : une boulangerie, une épicerie multi-services et 2 restaurants. Il n’en fallait pas plus pour garantir à Dun-les Places une place d’exception dans le paysage morvandiau, et même bourguignon de façon plus générale.

Cela s’explique en partie par les choix de l’équipe municipale, prête à mettre la main au porte-monnaie : rénovation et rachat de l’épicerie au début des années 2010, financement d’un nouveau four à pain pour la réouverture d’une boulangerie en 2015. Ici, les opérations financières ont toujours fonctionné pour le maintien des commerces de proximité.  

Premier coup dur en novembre dernier  

Mais début novembre, cette spirale vertueuse a cessé avec Le Mont-Velin. « C’était un bar-restaurant historique dans le village, tenu pendant près de 30 ans par la même personne, raconte Roman Charles, le premier adjoint. Le gérant n’a jamais trouvé de repreneur au moment de prendre sa retraite, alors il a mis ses locaux en vente. »

  

Légitimement, la mairie s’imagine en faire l’acquisition pour permettre un jour à quelqu’un d’autre de s’y installer. « On a fait une offre de 105 000 euros qui n’a jamais été retenue. C’est un particulier qui l’a racheté 110 000 euros la semaine d’après, pour en faire une habitation privative, déplore l’élu. Nous n’avons même pas été prévenus de la surenchère et c’est bien dommage. On s’attendait vraiment à ce que notre offre soit retenue pour conserver le restaurant, insiste celui qui est natif du village. »   

Une page se tourne avec Le Mont-Velin. Mais c’est la fin de l’Auberge ensoleillée qui plonge tout le village de Dun-les-place dans un grand désarroi.  

« Nous venons de perdre une institution dans le village. C’est un grand vide désormais »

Roman Charles, premier adjoint de Dun-les-Places

C’était une pension de famille, devenue une adresse incontournable. L’Auberge Ensoleillée figure sur tous les guides touristiques du Morvan, grâce notamment à son histoire familiale. Depuis 150 ans, les femmes Blandin en étaient gérantes de mères en filles. Pourtant, après Danièle, à la tête du restaurant depuis 1976, il n’y aura plus rien.  

Une dernière date symbolique  

« Mon chef cuisinier a quitté Dun-les-Places pour des raisons personnelles, et moi à 78 ans, je me sentais prête à continuer le service, mais pas de reprendre les cuisines, raconte la gérante. J’ai un fils, Henri, qui a déjà plus de 50 ans, et j’ai bien senti que lui non plus, cela ne l’intéressait pas. Alors nous avons trouvé la date symbolique du 24 décembre pour servir une dernière fois nos clients. Cela a été très éprouvant, j’avais la gorge serrée, les larmes aux yeux, poursuit Danièle. »  

Pour ce restaurant non plus, la mairie n’a pas pu jouer les repreneurs. «On parle là d’une vente à 450 000 euros. Cela nous fend le cœur, mais ce n’est plus possible pour la mairie de ce positionner sur de telles sommes, témoigne Roman Charles. Nous venons de perdre une institution dans le village. C’est un grand vide désormais. L’Auberge Ensoleillée drainait énormément de touristes et apportait beaucoup de vie à Dun-les-Places, insiste l’adjoint au maire. »    

"Le téléphone sonne encore chaque jour pour des réservations. Je pourrais facilement faire des midis à 30 couverts encore !"

Danièle Blandin, gérante et propriétaire de l'Auberge Ensoleillée

Depuis la nouvelle année, Danièle Blandin s’autorise un peu de repos. « On ferme toujours en janvier, alors je ne réalise pas encore. J’en profite pour m’occuper de moi, et de passer du temps avec mon mari, confie-t-elle. Mais le téléphone sonne encore tous les jours, pour des réservations, cela me fend le cœur. Vu le nombre d’appels chaque jour, je pourrais encore me faire des midis à 30 couverts, facile ! Il y avait tous les ouvriers des alentours qui venaient chez nous le midi, où vont-ils désormais ? Il n’y a plus aucun va-et-vient de voiture, le village est devenu triste. C’était l’histoire de ma famille, mais aussi de pleins d’amis que je me suis fait au fil des années. Et tout s’arrête net…. Heureusement, j’ai eu beaucoup de témoignages d’amour et d’affection, et des fleurs de partout ! », nuance la morvandelle.      

Des stocks de marchandises à écouler du congélateur  

Le bâtiment est encore en vente actuellement. Un choix de raison, pour éviter que la bâtisse ne tombe en décrépitude avec la fin du restaurant. Mais Danièle n’a pas complètement dit son dernier mot : « Je garde encore mon statut de restauratrice pour les chambres d’hôtes, et je me dis qu’avec un peu d’énergie je peux relancer la demi-pension. Il y a encore tellement de rôtis, de bœuf bourguignon et de tête de veaux dans le congélateur ! Il faudra bien que j’arrive à écouler mon stock de marchandises un jour !, s’amuse-t-elle. S’il n’y a plus rien pour manger dans le village, il n’y aura plus de touristes, c’est impensable. Je me laisse le temps de la réflexion, mais d’ici fin février, on ne sait jamais…. » .   

Bien sûr, cette situation resterait provisoire. « Je ne ferai que de la petite restauration. Mais toujours traditionnelle et familiale, comme on a toujours su faire, analyse Danièle Blandin. Et dès qu’un acheteur se fait connaître, je vends, et là, ce sera vraiment la fin » conclut-elle.