Scandale Orpea : "on a laissé la privatisation se développer trop longtemps", dénonce le président de la Nièvre

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Écrit par Gaël Simon

Dans une tribune publiée dans le journal Libération ce lundi 31 janvier, le président du conseil de la Nièvre, Fabien Bazin, plaide pour la création d'une autorité régionale chargée de contrôler les maisons de retraite privées. Interview.

Alors que Brigitte Bourguignon, la ministre déléguée chargée de l'Autonomie, a reçu ce mardi 1er février les dirigeants du groupe Orpéa, mis en cause pour maltraitances envers les résidents de ses Ehpad dans le livre-enquête Les Fossoyeurs, le président du conseil de la Nièvre, Fabien Bazin appelle à mettre fin à ce qu'il nomme la "marchandisation du grand âge".

Dans une tribune co-signée avec le maire de Lormes Christian Paul et publiée ce lundi 31 janvier dans le journal Libération, l'élu PS dénonce la politique de l'État et la multiplication des établissements privés lucratifs. En 2018, les centres publics représentent seulement 40 % de l'offre en France. Le secteur privé à multiplié sa part par 4 depuis 1980.

"La puissance publique a depuis trop longtemps laissé se développer la privatisation de l’accompagnement et des soins portés à nos aînés. L’enfermement, la dégradation de la vie quotidienne, une forme même de perte de citoyenneté, en sont les conséquences", écrit alors Fabien Bazin. Ce mardi 1er février, le président du conseil de la Nièvre revient sur cette tribune et évoque les enjeux de la prise en charge des personnes âgées dépendantes. 

Pourquoi avez-vous écrit cette tribune publiée ce lundi dans le journal Libération ?

Fabien Bazin : Le scandale est terrible. C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité que 4 à 5 générations cohabitent. Quand on découvre la tarification et la maltraitance organisée dans ces établissements à but lucratif, il ne faut pas mettre la poussière sous le tapis. Les pouvoirs publics ne se sont pas mobilisés sur cette question comme ils auraient dû le faire. 

Ce n'est en effet pas quelque-chose que l'on découvre pourtant...

Non, mais de manière aussi documentée et précise, c'est quand même stupéfiant. On a laissé trop longtemps se développer la privatisation. Ces établissements à but lucratif se multiplient depuis le début des années 1980. L'offre publique se réduit. On ne peut pas continuer à laisser prospérer des financiers qui se rétribuent sur les personnes âgées dans des proportions considérables avec un service dégradé, des personnels qui ne peuvent pas faire correctement leur métier. Tout cela appelle une prise de conscience qui aurait dû intervenir il y a plusieurs années. On fait semblant de découvrir des problématiques que l'on connaissait. 

En tant que président du conseil départemental de la Nièvre, vous êtes confronté aux faits dénoncés dans Les Fossoyeurs ? 

On est confronté à la réalité de l'âge. Heureusement, on n'a pas connaissance d'établissements de ce type-là qui ont plutôt vocation à s'installer dans les zones urbaines. On travaille sur le concept de maison de retraite du futur. Il faut mobiliser les réseaux citoyens si on veut être dans la bienveillance et l'accompagnement. 

Vous proposez quelques solutions pour régler ce soucis, parmi lesquelles la création d'une autorité administrative régionale et indépendante.

On ne peut pas laisser ce secteur sans régulation. Des gens doivent contrôler la qualité du service, le coût, la nature des prestations, le bien-être des résidents et des travailleurs. Et puis, il faut qu'à l'intérieur des établissements et des groupes qui les dirigent, on puisse instaurer un contrôle citoyen, comme dans les Ehpad publiques. Des élus locaux, des représentants des résidents, des familles peuvent être associés pour éviter ce type de dérives.

Cette autorité régionale, ce ne serait pas ajouter une couche administrative en plus ? Ce n'est pas complexifier les choses ?

Dans notre pays, à chaque fois qu'on dit le mot 'administration', on a l'impression qu'on rajoute. On a le mythe du mille-feuilles des collectivités locales. Quand on emploie les mots 'administratif' ou 'contrôle', ce n'est pas forcément de la suradministration. Là, c'est totalement justifié au regard des dérives constatées. On ne peut pas rester sans rien faire. Oui, il faut contrôler, il faut mettre des moyens. On est tous concernés par cette question du grand âge.

Ce mardi 1er février, l'exécutif annonce des contrôles dans les établissements du groupe Orpea ainsi que l'ouverture d'une enquête administrative et d'une enquête financière. C'est une réponse suffisante selon vous ?

C'est une réponse bien tardive et qui n'est certainement pas concertée. Il faut avancer vite et fort. Il faut le faire de manière globale. On attendait une loi sur le risque lié à la dépendance qui n'a toujours pas été produite. On est toujours sur la loi sur le vieillissement de 2015, bien trop lointaine maintenant. On est loin de l'objectif un pour un, c'est-à-dire un travailleur à temps plein pour une personne qui réside dans un établissement. La question de l'âge n'a pas été traitée depuis 5 ans et on en voit les conséquences.