Emmanuel Macron à Belfort : déjà des "réactions", avant même son arrivée

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Le président de la République est à Belfort ce jeudi 10 février. EDF a annoncé le rachat à GE des turbines Aradelle fabriquées à Belfort et Emmanuel Macron en profite pour présenter son plan de relance du nucléaire. Les oppositions, de la gauche de la gauche au Rassemblement National en passant par EELV, réagissent.

Quand il était ministre de l’Économie du président François Hollande, Emmanuel Macron avait choisi le groupe américain General Electric plutôt que l’Allemand Siemens pour le rachat de la branche nucléaire d’Alstom. GE promettait la création d’un millier d’emplois. Il n’en a rien été, 800 ont même été supprimés. Ce qui explique, en partie, ces commentaires acides sur la visite du chef de l’État à Belfort. Ainsi, bien évidemment, que la proximité de l’élection présidentielle qui aura lieu dans deux mois. 

On commence à Belfort, à gauche

Bastien Faudot, de GRS (Gauche Républicaine et Socialiste), conseiller départemental du Territoire de Belfort et ancienne tête de liste malheureuse aux dernières régionales, parle d’une « double opération de rachat ».

Dans un communiqué, il assène : « Avec le rachat des turbines nucléaires par EDF qui lui fournit l’occasion de venir faire campagne à Belfort, Emmanuel Macron pense racheter ses propres fautes. Car nous n’avons pas oublié à Belfort qu’il fut en 2015 le grand liquidateur d’Alstom avec la vente à General Electric, avec la complicité des LR, tant au plan local avec Damien Meslot, qu'au plan national avec Jérôme Pécresse, alors dirigeant de GE France, qui a mis en œuvre 800 licenciements. »

L’élu terrifortain insiste : « (...) l’enjeu pour Belfort et pour la France, c’est d’abord de reconstituer un grand acteur de l’énergie. Il faut donc une stratégie globale au service d’une ambition industrielle pour le pays, en développant l’énergie nucléaire dont la France a besoin, à la fois pour son indépendance et pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ».

Toujours à Belfort, à droite

Cédric Perrin, sénateur Les Républicains du Territoire de Belfort, a publié une tribune dans Le Monde. Lui et les autres élus LR du département avaient soutenu l’option General Electric lors de la vente de la branche énergie d’Alstom. Voici comment il voit la venue du président de la République à Belfort : « Comme le criminel qui revient sur les lieux de son forfait » et « La braderie de ce qui était un fleuron industriel français à un acteur étranger, qui n’aura au final jamais tenu ses promesses. »

Le parlementaire s’en prend à la stratégie d’Emmanuel Macron sur le nucléaire : « La politique énergétique d’Emmanuel Macron a été marquée par l’inconstance et les renoncements ». Il ne croit pas qu’Emmanuel Macron ait fait le choix du nucléaire de manière définitive : « La récente conversion du président-pas-encore-candidat au nucléaire interroge autant qu’elle inquiète. Après les promesses mirobolantes de l’ "Airbus des batteries" (sic) et du tout-hydrogène, le locataire de l’Elysée s’est pris de passion pour les petits réacteurs modulables, désavouant par là ses nombreux ministres écologistes qui, de Nicolas Hulot à Barbara Pompili, n’ont jamais caché leur dégoût idéologique pour le nucléaire ».

Le sénateur se montre très sceptique : « Nul ne sait combien de temps durera cette inclination ; longtemps espérons-le, tant ces nouveaux modèles de réacteurs représentent un enjeu essentiel pour l’avenir de l’énergie en France et dans le monde. Toutefois, s’il en va de ceux-ci comme du reste, la faiblesse des investissements consacrés, la volonté de dissoudre l’excellence française dans les atermoiements européens et l’absence de suivi politique des dossiers auront raison de cette conversion ».

Au Sénat, il a même déclaré cette semaine qu'il craignait que « cette relance soudaine du nucléaire français ne soit que du cynisme électoral d’un Président en campagne ».   

Du côté du Rassemblement National

 Même tonalité « anti-Macron » dans le texte publié par Julien Odoul, président du groupe Rassemblement National à la région Bourgogne – Franche-Comté : « 7 ans après sa venue le 28 mai 2015, Emmanuel Macron est de retour, ce jeudi, sur les lieux de son crime industriel, de cette trahison d’Etat, commis chez Alstom à Belfort ».

L’élu RN poursuit : « À quelques semaines de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron vient à Belfort pour faire oublier ce carnage social et industriel dont il est l’un des principaux responsables… » Concernant la politique énergétique de la France, il se félicite que « la filière nucléaire repasse sous pavillon français ».

Il fustige tout de même le choix d’Emmanuel Macron : « Le résultat : destructions d’emplois à Belfort, fermeture de Fessenheim, soutien massif aux fausses énergies vertes comme l’éolien et le gaz. Il faut mettre fin à ce régime de collusion de l’Etat macroniste avec les intérêts financiers ».

L'élu régional conclut avec un appel à voter pour la candidate RN : « Avec Marine le Pen, nous aurons une vraie politique de protection de notre industrie et de réindustrialisation au profit de l’emploi et du pouvoir d’achat des Français ».

Et pour les anti-nucléaires de toujours...

Du côté des écologistes, pas de surprise : ils sont opposés au nucléaire, une « industrie nucléaire est très dangereuse et nous conduit à une impasse ». Voici ce que dit le communiqué d’EELV de Bourgogne – Franche-Comté, signé par les porte-paroles à la région, et intitulé « Le candidat Emmanuel Macron vient parader ce jeudi à Belfort sur un projet nucléaire mortifère ».

Ils rappellent que « l’EPR de Flamanville a 10 ans de retard et coûte 17 milliards, que les déchets sont dangereux, que nous ne produisons pas d’uranium donc que nous ne sommes pas autonomes pour le nucléaire non plus, que cette industrie est très coûteuse…»

Le communiqué se termine ainsi : « (...) la gestion calamiteuse de l’énergie nucléaire autant que la stratégie industrielle conduite par M. le Président de la République confirment nos inquiétudes. EELV ne peut se satisfaire de cette mascarade. Le nucléaire n’est pas la solution pour le climat. La lutte contre le changement climatique passe par la fin du gaspillage énergétique, le développement des énergies renouvelables décentralisées, la rénovation thermique du bâti, les mobilités actives. Tous ces domaines sont en plus réellement pourvoyeurs d’emplois. »