L'Inde, immense pays surpeuplé en lutte contre le Covid-19... Des Francs-Comtois nous racontent

Alors que la variant indien a été détecté sur le sol français, la situation sanitaire actuelle est toujours extrêmement préoccupante en Inde, en raison du Covid-19. C'est en tout cas ce que nous rapportent des Francs-Comtois très liés à ce pays, et dont certains vivent sur place. Détails. 

Le variant dit « indien », le B.1.617, est apparu en octobre à Nagpur, dans le centre de l’Inde.
Le variant dit « indien », le B.1.617, est apparu en octobre à Nagpur, dans le centre de l’Inde. © Arun SANKAR / AFP

Après avoir été touché une première fois par une vague épidémique de coronavirus plutôt maîtrisée, l'Inde, deuxième pays le plus peuplé au monde avec plus d'1 milliard 300 millions d'habitants, est en proie à une deuxième vague très violente. Plusieurs rassemblements religieux d'ampleur ont eu lieu ces dernières semaines, comme la célèbre fête d'Holi, pourtant officiellement interdite dans de nombreux états. Des élections ont également eu lieu. Parrallèlement, un variant dit "indien", le B.1.617, a été détecté. Il est soupçonné d'être plus contagieux que les souches précédentes du coronavirus.

Ce variant vient d'être découvert en France, comme l'ont confirmé les autorités sanitaires jeudi 29 avril. Trois cas ont été repérés dans le Lot-et-Garonne et les Bouches-du-Rhône. Ces personnes revenaient d'Inde. D'autres cas suspectés sont en cours d'investigation, dont une personne hospitalisée à Bordeaux.

Récemment, la barre de 200 000 morts a été atteinte en Inde et le nombre de contaminations explose. Si la proportion de décès liés au Covid-19 / population reste inférieure à celle de la France et d'autres pays d'Europe, les conditions d'accès aux soins sont extrêmement préoccupantes et inégales, dans un pays marqué par de très fortes disparités économiques. 

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La situation est très difficile, notamment dans les plus grandes villes du pays, comme ici à New Delhi où les stocks d'oxygène sont trop faibles.
La situation est très difficile, notamment dans les plus grandes villes du pays, comme ici à New Delhi où les stocks d'oxygène sont trop faibles. © Prakash SINGH / AFP

Trois Francs-Comtois très attachés à ce pays nous racontent la situation sur place.

"Le système de santé est complètement débordé"

Christian Guillemot, fondateur de l’association Amitiés Franco Indiennes de Franche-Comté (AFIFC), nous explique : "Le système hospitalier indien fonctionne à peu près bien en temps normal, mais en situation d'épidémie il est complètement débordé. Le nôtre a déjà du mal, alors le leur craque littéralement."

Et de s'interroger : "Est-ce que tous les morts du Covid-19 sont bien répertoriés en Inde ? Je ne sais pas... Il y a une grosse partie de la population qui est pauvre et la sécurité sociale n'existe pas. Certains doivent sûrement mourir chez eux". 

Le Franc-Comtois est en contact très régulier avec Ravi, un professeur de français indien qu'il considère comme son fils. Il vit du côté de Jaipur, capitale de l’État indien du Rajasthan, région située au nord-ouest de l'Inde. "Son papa a déclaré une forme relativement sévère du Covid-19, malgré une dose de vaccination. On leur conseille d'acheter un appareil respiratoire, mais cela coûte cher et il y a une pénurie. Toute la famille a été testée positive il y a dix jours" détaille Christian Guillemot.

"Ça devient très difficile partout"

Dans ce pays immense et très peuplé, la campagne de vaccination peine à décoller, alors que l'Inde reste le premier producteur de vaccins au monde. Le pays souffre d’une pénurie de doses et le taux de couverture vaccinale est bien trop faible. Pour Marie-Claire Kénil, présidente de l’association AFIFC, cette situation est très préoccupante.

Originaire de Pondichéry, ancienne colonie française située au sud de l'Inde, cette gynécologue à l'hôpital de Trévenans a de la famille sur place. "C’était au départ critique dans les grandes villes, c’est-à-dire Bombay et Delhi. Mais maintenant ça s’étend et ça devient difficile partout. C’est pratiquement impossible d’éviter les transhumances, en fonction des différents confinements, d'un état à l'autre" nous explique-t-elle. 

"Dans notre village, personne ne panique"

L'inde est un très grand pays. D'un état à l'autre et surtout d'une ville à un village, la situation peut s'avérer bien différente. C'est ce que nous rapporte Isabelle Kumar, une Franc-Comtoise installée à Alika, un village situé à 2 km de Purî, au bord du Golfe du Bengale. Elle et son mari indien vivent dans une maison à la campagne depuis 6 ans. 

Isabelle, Franc-Comtoise expatriée en Inde, et son mari.
Isabelle, Franc-Comtoise expatriée en Inde, et son mari.

"Dans notre village, les gens n'y croient pas vraiment. Très très peu portent un masque. Beaucoup disaient que le Covid avait quitté Purî, que le Dieu Jagannath nous protégeait... Aujourd'hui, tout le monde a vu les images de Delhi, il n'y a pas d'oxygène pour les particuliers. Les masques reviennent un peu, souvent sous le menton, mais personne ne panique, pas du tout" nous confie-t-elle.

Là-bas, un couvre-feu est instauré à 21h et un confinement est en cours le week-end. De plus, les magasins ont obligation de fermer à 14h, depuis le 29 avril. 

Je ne sais pas si le fait d'avoir été épargné au début joue en notre défaveur. A t'on cru trop vite qu'on avait gagné ? Peut-être... L'Inde avait réagi très vite, en confinant rapidement lors de la première vague... Comment maintenir sous contrôle ces immenses villes ?

Isabelle, Franc-Comtoise en Inde

Ces derniers jours, 900 000 doses de vaccin sont arrivées à Purî, comme le précise la retraitée de 64 ans. Au premier mai, toutes les personnes de 18 ans et plus pourront recevoir le vaccin en Inde.

Photo prise par Isabelle, Franc-Comtoise vivant à l'est de l'Inde.
Photo prise par Isabelle, Franc-Comtoise vivant à l'est de l'Inde.

Et de conclure : "Il faudra du temps pour vacciner tout le monde. Enfin, on ne vaccinera jamais tout le monde. Pour cela, il faudrait aller dans chaque village et vacciner sur place. Nous habitons à deux kms de Purî, beaucoup ici n'y sont jamais allés, n'ont jamais vu la mer, alors... Aller dans un centre de vaccination..."

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