Disparues de l'Yonne : la série "La conspiration du silence" revient sur l'un des plus grands fiascos judiciaires français

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Écrit par Nathalie Zanzola .

Pendant 30 ans, l’actualité de l'Yonne a été traversée par des affaires retentissantes : Emile Louis, Claude Dunand, Christian Jambert, Michel Fourniret. Retour sur l'omerta qui a recouvert le département pendant tant d’années sur l’affaire des disparues de l’Yonne.

La saison 1 de "La conspiration du silence" revisite les affaires de disparitions et de mœurs qui ont frappé le département de l’Yonne des années 70 jusqu’au début des années 90.

Comment ce petit territoire rural a pu devenir le terrain de jeu de tueurs en série ou criminels en tout genre, comme Emile Louis et Michel Fourniret ? 

Près de 50 ans après les premières disparitions de jeunes filles, "La conspiration du silence" retrace aujourd’hui l’intégralité de ces affaires criminelles, replacées dans le contexte de l’époque et analysées grâce au recul du temps qui s’est écoulé.

La phrase d’Albert Einstein "Le monde est trop dangereux pour qu'on y vive, non à cause des gens qui font le mal, mais à cause de ceux qui les laissent faire sans bouger" illustre parfaitement cette série de 8 épisodes et ponctue le début de chaque épisode.

L’affaire des disparues de l’Yonne

Entre 1975 et 1979, plusieurs jeunes filles disparaissent dans la région d’Auxerre sans laisser de traces.

Ce sont des jeunes filles de la DDASS, orphelines ou arrachées à leurs parents à la naissance pour les protéger de l’alcool, de la violence, des mauvais traitements. Certaines souffrent de léger handicap mental.

Elles sont placées sous la responsabilité et la protection de l’Etat via les services de la Direction des Affaires Sanitaires et Sociales.

Elles disparaissent pourtant dans l’indifférence générale ou presque.

Parce qu’elles sont des "filles de la DDASS", des fugueuses, qu’elles ne sont pas filles d’avocat, d’architecte ou de chirurgien, personne ne se préoccupe de leurs disparitions. A part leurs nourrices et parfois les membres éparpillés de leur famille quand elles en avaient une.

En 1984 éclate une autre affaire qui va faire l’effet d’une bombe dans le chef-lieu de l’Yonne.

Dans les années 80, Claude Dunand installe dans le pavillon qu’il occupe avec son épouse à Appoigny, un club privé très fermé, où les clients peuvent venir torturer à loisirs les jeunes filles qu’il avait enlevées.

L’une de ses victimes ayant pu s’évader de chez lui pour raconter son histoire à la police, il est arrêté, puis curieusement relâché pour vice de procédure. L’instruction se poursuit et 5 ans plus tard, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Il reste silencieux quant à son carnet d’adresses et un seul de ses clients est poursuivi. Les autres ne seront jamais identifiés.

Coïncidence ou conséquence de son silence, Claude Dunand est libéré après seulement 13 ans de prison. C’est unique dans les annales des condamnations à perpétuité

On ne sait toujours pas aujourd'hui combien de jeunes filles ont été victimes de ces tortures.

En 1987, 1988 et 1989, trois autres jeunes femmes disparaissent ou sont assassinées dans des conditions mystérieuses dans les alentours d’Auxerre. A chaque fois, la justice classe rapidement les dossiers sans trouver les coupables.

 C’est au total près d’une vingtaine de jeunes femmes qui disparaissent "mystérieusement" sans laisser de trace dans le département de l’Yonne.

Il faut attendre 1996 et l’émission de télévision "Perdu de vue" pour que l’une des pires affaires criminelles que la France ait connue soit enfin révélée au grand jour.

On découvre alors que depuis 12 ans, un gendarme opiniâtre, Christian Jambert, soupçonne depuis longtemps un chauffeur de car de la région, Emile Louis.

 Il faudra encore attendre une dizaine d’années pour que le chauffeur de car soit arrêté, qu’il avoue 7 meurtres et qu’il soit condamné en 2004 à la réclusion criminelle à perpétuité.

Entre temps, le gendarme Jambert, véritable héros pour les familles de victimes, est retrouvé "suicidé" de deux balles dans la tête, dans des circonstances si étranges que ses enfants continuent à se battre pour découvrir la vérité. 

Le poids du silence

Pendant très longtemps, beaucoup de personnes ont préféré regarder ailleurs.

Cette complicité passive, cette négligence coupable, a permis à de nombreux prédateurs de venir "se servir" dans le vivier de l’Yonne.

A l’exemple de Michel Fourniret qui commence à sévir dans l’Yonne en 1987, jusqu’au début des années 2000. 

On saura 20 ans plus tard que des témoignages n’ont pas été entendus. Témoignages qui, si la justice avait fait son travail, auraient pu mener à son arrestation. Le parcours sanglant de Fourniret se serait arrêté bien avant, et des vies auraient été sauvées…"

Vincent Hérissé, réalisateur

Selon le réalisateur Thierry Fournet, c’est également l’autoritarisme et la liberté de mœurs qui régnaient au sein des établissements médico-sociaux, la compromission de certains notables, l’incompétence, voire la corruption qui ont pesé dans cette inertie judiciaire.

Beaucoup ont tout fait pour que rien ne se sache, sous prétexte de leur crainte que toutes ces affaires "salissent le département". Les élus et les notables ont préféré défendre l’image du département plutôt que celle des filles...

Vincent Hérissé, réalisateur

Corinne Herrmann est la première avocate à s’être intéressée de près aux disparues de l’Yonne. Pierre Monnoir, lui, est embarqué dans cette histoire lorsqu’il essaye de placer son frère handicapé mental dans l’un des centres médico-sociaux d’Auxerre.

Avec le gendarme Christian Jambert, ils ont longtemps été les seuls à chercher à découvrir la vérité.

De nombreuses zones d’ombres subsistent encore

Bien des mystères restent inexpliqués aujourd’hui et certaines de ces affaires sont bien loin d’être élucidées !

Thierry Fournet, réalisateur

Les 7 "disparues de l’Yonne", dont les meurtres ont été avoués par Emile Louis, ne sont pas les seules. D’autres "jeunes filles de la DDASS" ont été victimes d’autres tortionnaires et tous n’ont pas été identifiés par la police, ni condamnés par la justice.

Elles restent des victimes inconnues, enterrées sous X dans des petits cimetières de campagne.

La génèse de la série

Thierry Fournet et Vincent Hérissé, les réalisateurs de "La conspiration du silence" ont enquêté pendant plus de 20 ans sur ces affaires.

Les arrestations, les découvertes de corps, les procès… ce travail de terrain  leur a permis d’accumuler des heures d’archives, de témoignages, de documents inédits.

Avec les témoignages de plusieurs personnes qui ont, elles aussi, passé une bonne partie de leurs vies à étudier ou enquêter sur toutes ces affaires, ils mettent en lumière la souffrance des victimes survivantes ou des familles de toutes celles qui n’ont jamais réapparu.

…au-delà des crimes et de leurs auteurs, l’intention de notre série est de comprendre les circonstances qui les ont rendus possible.

Thierry Fournet, réalisateur

Découvrez l’interview du réalisateur Thierry Fournet par Elsa Bezin

durée de la vidéo : 06min 07
Interview de Thierry Fournet, réalisateur de la série "La conspiration du silence" ©France 3 Bourgogne

♦ La Conspiration du silence - Saison 1, une série écrite et réalisée par Vincent Hérissé et Thierry Fournet

Coproduction :  AMDA Production / France 3 Bourgogne-Franche-Comté

♦ Découvrez gratuitement et en intégralité les épisodes de la saison 1 en prime sur la plateforme france.tv le mardi 22 novembre 

♦ Diffusion mercredi 23 novembre dès 21h sur France 3 Bourgogne et France 3 Franche-Comté des 8 épisodes ainsi que d’un débat animé par Elsa Bezin avec ses invités :

  • Pierre Monnoir, lanceur d’alerte
  • Jean-Paul Bazelaire, ancien magistrat
  • Didier Seban, avocat
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