"J'ai 23 000 euros de dettes" : son refuge pour animaux en péril, il va se mettre en grève de la faim

Le Ranch de l’espoir a besoin d’aide. Ce refuge pour animaux maltraités, basé à Villefranche-Saint-Phal (Yonne), fonctionne sans subvention. Plus d’une centaine d’animaux y sont soignés, mais aujourd'hui, les dettes s'accumulent. Son gérant lance un cri d'alerte. 

Malgré de gros soucis de santé, Nicolas Demajean a décidé de faire une grève de la faim pour alerter sur la situation de son refuge.
Malgré de gros soucis de santé, Nicolas Demajean a décidé de faire une grève de la faim pour alerter sur la situation de son refuge. © France 3 Bourgogne

Le confinement n’a pas les mêmes conséquences pour toutes les associations. Si beaucoup peuvent se mettre en sommeil, certaines doivent maintenir leur activité car elle est essentielle. C’est le cas de l'association le Ranch de l’Espoir, un refuge pour animaux situé à Villefranche-Saint-Phal, commune de Charny-Orée-de-Puisaye (Yonne).

Aujourd'hui, Nicolas Demajean, son président, se bat pour la sauver car depuis quelques mois, son refuge est en péril. Depuis l'arrivée du Covid, il fait face à de grosses difficultés financières. A compter de lundi, Nicolas jouera même sa dernière carte, une grève de la faim pour essayer d'alerter sur sa situation. "A partir de lundi, je ne vais plus m'alimenter. J’arrête tout pour essayer de faire bouger l’Etat. C’est triste d’en arriver là."

L'oeuvre d'un passionné

Le Ranch de l’espoir est une association créée en août 2015 par cet ancien assitant médico-légal. Mais un sérieux accident du travail et de graves complications l'obligent à quitter son  emploi. Il décide alors de changer de voie et d’accueillir des animaux à son domicile d'abord en Centre-Val de Loire. "Depuis la création depuis 2015, c’est sur mes deniers personnels. J’ai investi près de 177 000 euros dans le refuge. J’ai tout vidé mes livrets A pour le construire" précise Nicolas. 

Puis en septembre 2018, il décide d'installer Le Ranch de l'espoir dans une ferme située à Villefranche-Saint-Phal, dans l'est du département de l'Yonne. 

Le Ranch de l’espoir porte bien son nom. Ici, Nicolas Demajean, ses deux salariés ainsi qu'une quarantaine de bénévoles travaillent à donner une seconde vie à des animaux domestiques et de ferme abandonnés, voire martyrisés par l’homme.

Actuellement, l'association accueille plus d'une centaine d'animaux. "On a des chiens, des chats, des animaux de ferme, des cochons, des chèvres, des brebis, des béliers des boucs, des ânes, des poneys, des mules, et même quelques volailles" détaille Nicolas. "Et on a beaucoup de chats errants qui sont déposés sauvagement devant les portes du refuge."

L'association le Ranch de l'espoir compte deux salariés et une quarantaine de bénévoles pour s'occuper de la centaines d'animaux accueillis au refuge.
L'association le Ranch de l'espoir compte deux salariés et une quarantaine de bénévoles pour s'occuper de la centaines d'animaux accueillis au refuge. © France 3 Bourgogne

Près de 23 000 euros de dettes

Mais pour s'occuper de ces animaux, il faut bien sûr du temps, beaucoup de temps, mais surtout de l'argent. L'autre combat de Nicolas, c’est donc de trouver chaque année l'argent pour les frais vétérinaires et la nourriture. Sans subvention, l’association a aussi besoin de dons pour l’achat de matériel. Mais aujourd'hui, la situation du refuge est devenue critique car, malgré la charge de travail qui ne désemplit pas, l'investissemnt des bénévoles et quelques dons, les difficultés financières s'accumulent pour cette association. 

En raison des attaques survenues sur deux poneys du refuge l'été dernier, l'association a dû faire installer une vingtaine de caméras pour surveiller et protéger ses animaux. Mais cela représente aujourd'hui un coût trop important à supporter. "Il a fallu que j’investisse dans des caméras de vidéosurveillance .Cela m’a coûté 17 000 euros" précise Nicolas. "Sauf qu'aujourd'hui il y a des retards de paiement. Mais comme mes animaux sont dans les prés, il faut qu’ils soient surveillés 24h/24h." 

 

Mon refuge aujourd'hui, il est en péril. Je ne peux pas tout payer."

Nicolas Demajean, président du Ranch de l'espoir

Sans aides, ni subventions, ni de l'Etat, ni de la mairie, il doit endossser aujourd'hui en grande partie les charges de fonctionnement de son refuge. "Je suis à 23 000 euros de dettes aujourd’hui," témoigne Nicolas. "Mon refuge aujourd'hui, il est en péril. Je ne peux pas tout payer. J'ai lancé des appels. Ma secrétaire appelle tous les jours la mairie. Et là, on a reçu un mail que les subventions ne serait pas votées avant fin mai ou au mois de juin." Même s'il a pu compter sur quelques dons de particuliers ou des dons de nourriture grâce à un partenariat avec une grande enseigne, l'association est encore loin du compte. 

Seule subsiste la pension d’invalidité du président (souffrant d’un cancer et de diabète), qu’il reverse presque intégralement à l’association alors même qu'il doit faire face à toutes les charges du refuge, les charges patronales, les salaires de ses deux salariés. "Je reçois 2200 € par mois mais je me garde même pas 10 euros pour vivre," témoigne Nicolas. 

Une augmentation des abandons 

Les dettes s'accumulent alors que la demande explose depuis le début du Covid. Et depuis la mise en place du confinement, le Ranch de l’espoir ne peut plus accueillir le public ni faire adopter d’animaux. Il continue de s’occuper de ses pensionnaires mais manque de ressources. "On a beaucoup d’abandons. Depuis le confinement, c’est catastrophique" déplore Nicolas. "Aujourd’hui c’est très compliqué car depuis le premier confinement, on perd de l’argent tous les jours. On a très peu d’adoptions. avant le Covid, on en avait entre 5 et 6. Aujourd'hui, on n'en a plus que 2 ou 3."

Un appel à l'aide et aux dons

Depuis quelques mois, avec l'aide de ses bénévoles, il a donc décidé de lancer une cagnotte solidaire en ligne sur plusieurs plate-formes sur internet dont Leetchi et Cotizup. "Cela fait déjà trois mois qu’on a lancé un appel aux dons. On a relancé il y a deux jours. Mais on vit une crise actuelle pas facile donc les gens n'ont plus de sous à donner.

Il espère dans un premier temps réussir à réunir 3 000 euros afin de rembourser des frais de vétérinaires. "Aujourd’hui, avec les portées depuis le mois de janvier, on doit 3976 euros aux vétérinaires. Si on ne solde pas à la fin du mois, cela veut dire que mon refuge est en péril. Donc si j’ai un animal qui est malade, on n'aura pas d'argent pour le faire soigner."

A travers sa grève de la faim, Nicolas espère que cela fera bouger les choses. L’association espère que la fin du confinement permettra le retour du public et des adoptions. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
solidarité société économie animaux nature