Réchauffement climatique : comment ne pas sombrer dans l’éco-anxiété ?

Etre éco-responsable, c’est vivre avec une autre surchauffe climatique : celle du cerveau ! Installée à Joigny dans l’Yonne, la journaliste Laure Noualhat nous livre dans la série documentaire "Carbonisés" le témoignage d’habitants que le réchauffement climatique tourmente.

Tout le monde en parle et tout le monde s’en revendique : l’écologie. Pourtant elle est le royaume de la mauvaise nouvelle et notre météo intérieure n’est plus au beau fixe. On appelle cela l’éco-anxiété, la solastalgie, la dépression verte, le burn-out bio.

Le monde est devenu une vaste étuve et les scientifiques prévoient 7 degrés supplémentaires à la fin du siècle. C’est le genre de nouvelles qui mitraillent le cerveau et crament les neurones.

A Joigny, petite ville de l’Yonne, les tourments écologiques sont également au cœur des discussions des habitants. Adolescentes, élus, militants… tous s’engagent dans la lutte à leur manière. Car tout le monde ne voit pas la "bonne conduite éco-responsable" avec le même œil.  Agir ou pas ? Comment ? Seul ou à plusieurs ? Comment garder la tête froide quand ses voisins n’ont pas le même rapport à l’écologie ?

Solastalgie, éco-anxiété, qu'est-ce que c'est ?

l'éco-anxiété ou solastalgie se traduisent par un sentiment d’angoisse intense face à la dégradation de l'environnement. la solastalgie est un état plus intense et renvoie vers une notion de douleur. elle est vécue au présent alors que l’éco-anxiété est une peur par anticipation.

C’est le cas de Massimo, arrivé à Joigny après un burn-out bio.

A 30 ans je cochais toutes les cases : être propriétaire, être en couple, avoir un bon salaire…aujourd’hui, tout ça m’angoisse, c’est pas du tout ce que je souhaite pour moi.

Massimo

 

Sans renier son passé, il se pose désormais mille questions sur toutes ses actions comme après avoir reçu un petit pichet artisanal qu’il avait commandé sur internet. Dans le colis, l’objet est cassé. Se pose alors pour lui la question de quoi faire : le jeter ? Le recoller ? Si oui, avec quelle colle ? Une colle produite comment ? Où ? Avec quels ingrédients ? … J’ai l’impression d’être un bipolaire climatique et ça devient invalidant.

C’est la même sensation qu’il ressent devant un hypermarché : impossible pour lui de franchir l’entrée. Devant ces magasins Il est submergé par la rage, la colère, la tristesse et l’envie de disparaitre.

Echapper à l'éco-anxiété par l'action

L’action est le meilleur anxiolytique contre l’éco-anxiété.
Du haut de leurs 14 ans, Mathilde, Jade, Augustine et leurs camarades sont fans de Greta Thunberg. Elles aimeraient changer le monde… mais c’est compliqué ! C’est à nous d’en parler car c’est nous qui allons vivre ce dérèglement climatique constate l’une des adolescentes. Pour elles, la mobilisation doit être mondiale. Même dans un collège de petite ville comme Joigny, faire entendre sa voix est aussi important que dans une grande ville comme Paris. Le groupe d’ados décide de mettre en place des actions concrètes afin de participer à la lutte contre le réchauffement climatique.
Elles planifient une journée de "grève du climat" au sein de leur établissement scolaire, rencontrent le maire de Joigny afin de mettre en place un Waste walking (marche de nettoyage des déchets) dans la ville et embarquer avec elles de nombreux citoyens.

La mise en œuvre de petites actions réalistes peut souvent se heurter à des obstacles.

A Joigny, le volume des déchets a diminué de moitié et la municipalité a installé des composteurs collectifs dans la vieille ville. Massimo, un "grand professionnel du déchet" en est responsable. La tâche lui incombe d’expliquer aux riverains sceptiques le bien-fondé de ces composteurs et leur utilisation.
Un riverain l’interpelle Ça sent très mauvais, ce n’est plus possible, ça pue, je ne peux plus ouvrir mes fenêtres ! Très calme, Massimo pense que ceux qui ont la vue sur ces composteurs ont des hallucinations olfactives mais reste ouvert au dialogue.
Faire le tri entre le réel et le ressenti est capital pour canaliser ces points de crispation et changer les habitudes prend du temps et requière beaucoup de pédagogie.

Un changement de vie radical pour apprivoiser ses peurs

Il y a quelques années, Coraline et Jocelyn ont commencé également à être tourmentés. Ils participaient à des rallyes amateurs, possédaient 3 voitures et vivaient avec leurs 3 enfants dans une grande maison. Un jour, ils prennent un virage à 180° : ils vendent tout et s’installent dans une tiny house (micromaison) de 17 mètres carré. Ils aménagent un grand potager afin de produire leurs propres légumes. Toute la famille est mise à contribution pour planter pommes de terre, tomates, haricots...

C’est la partie alimentaire qui me fait le plus peur : comment nourrir mes enfants ?

Coraline

 

Le couple s'aperçoit très vite que c’est compliqué d’être autonome au niveau alimentaire. Difficile sans réfrigérateur surtout avec tous les produits frais comme la viande ou les laitages.
Difficile également d’abandonner l’achat de certains aliments. Quand il est un peu engagé, notre cerveau lutte en permanence contre les envies, les habitudes, la pression sociale ou les pulsions consuméristes. Quelquefois, il craque complètement !  Je suis obligée de retourner en grande surface pour certains produits comme les sardines ou pour la fameuse pâte à tartiner  avoue Coraline.

Pour Jocelyn, leur nouveau mode de vie est un atout pour les années à venir. La pandémie du coronavirus le conforte dans l’idée que quand il y a récession on est obligé de se restreindre… Et s’il y a récession, on est déjà habitué, on a un peu d’avance par rapport aux autres. 
Gagner en autonomie c’est savourer chaque jour l’ivresse de l’action concrète.

 La résilience, un combat politique

Pour Ludivine et Sullivan la transition écologique est une histoire très sérieuse.

On doit pouvoir affronter ses peurs et s’engager à fond… On a fait le choix des Valeurs plutôt que de la valeur financière.

Ludivine

 

Ils vivent tous deux très sobrement, une manière pour eux de travailler leur résilience.
La prise de conscience des risques et de certaines échéances leur fait renoncer à beaucoup de choses, notamment à avoir des enfants.  Je n’assumerai pas de faire un enfant en me disant « je le savais », et pourtant j’en ai envie…c’est dur ! confie la jeune femme.

Le jeune couple a créé l’association Resiliere, un collectif associatif ayant pour but de mettre en place et d’accompagner la résilience collective dans les territoires. Cette association mutualise les outils, les moyens autour de projets concrets tels que la Réserve Communale de Sécurité Civile, les Plans Communaux de Sauvegarde (PCS) … 

Rentrer en résistance avec son corps

Eric Lenoir, paysagiste et auteur se désole devant une partie de la forêt de Joigny complétement ratiboisée. C’est le résultat d’une politique de monoculture d’épicéas. Cette essence montagnarde implantée en plaine est atteinte par le scolyte, un parasite classique chez ces résineux. Il y a ceux qui disent « time is money », il faut produire vite et de l’autre côté tout s’aggrave…je n’ai jamais vu autant d’arbres mourir été après été, c’est délirant !

Devant cette forêt dévastée, Eric est triste et en colère.

Il ne nous reste quoi comme arme ? Notre corps…c’est-à-dire faire une grève de la faim.

Eric

 

 

L’urgence climatique se faisant de plus en plus pressante, les stratégies écologistes gagnent en radicalité.
C’est ce que l'eurodéputé Pierre Larrouturou a fait le 28 octobre 2020.  Alors qu'il est rapporteur du budget pour le Parlement européen, il fait une grève de la faim pour alerter sur les risques d'un refus par le Conseil européen d'une taxe de 0,1% sur les transactions financières dans l'Union européenne, votée par le Parlement à une large majorité. Reprenant linitiative de l’eurodéputé, Eric Lenoir a rejoint le collectif de 140 personnes dans cette résistance en participant également à une grève de la faim qui a duré 22 jours pour lui. Un mouvement suivi par Pascale qui conclue Moi si je dois mourir, je veux mourir vivante et debout !

Impuissance et découragement font partie des émotions à combattre constamment surtout que sur le front du climat et de la biodiversité la situation empire d’années en années. Tout mettre dans la balance ou avancer à petits pas, quel que soit les tactiques des éco-anxieux et des tourmentés de l’environnement, chacun refroidi son cerveau à sa façon !

Carbonisés, une série documentaire réalisée par Laure Noualhat et Christophe Kilian
Production : Point du jour – Les films du balibari

Dates de diffusions des épisodes :
• Episode 1 : dimanche 24 octobre à 10h40
• Episode 2 : dimanche 31 octobre à 10h40
• Episode 3 : dimanche 7 novembre à 10h40
• Episode 4 : dimanche 14 novembre à 10h40
• Episode 5 : dimanche 21 novembre à 10h40

A (re)voir sur France.tv

 


 


 


 

 

 

 

 

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