Yonne : un bulletin municipal transformé en tract complotiste suscite la polémique à Saint-Valérien

Dans le dernier numéro du bulletin municipal de Saint-Valérien, l'édito de Jérôme Cordier suscite la polémique. Maire depuis 2014, il évoque l'assassinat de Samuel Paty, le traitement médiatique du Covid-19 ou l'insécurité. Des propos qui font vivement réagir opposition, habitants et anciens élus.

Polémique à Saint-Valérien après la publication d'un texte du Maire dans le bulletin municipal.
Polémique à Saint-Valérien après la publication d'un texte du Maire dans le bulletin municipal.

Depuis sa publication dans la "gazette officielle de Saint-Valérien", l'édito du maire (SE) de la commune, Jérôme Cordier, a suscité ces derniers jours de nombreuses réactions et déclenché les foudres de l'opposition. 

Dans ce texte d'une quarantaine de lignes intitulé "Billet d'humeur, 2020 la terrible, J'ai mal à ma France", le maire de la petite commune de 1600 habitants évoque d'abord l'assassinat de Samuel Paty, ce professeur d'histoire égorgé par un assaillant à l'arme blanche à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines en octobre dernier. "La journée d'hommage national à la mémoire de Samuel Paty a été ternie par une pléthore d'"incidents", peut-on lire dans le texte. Le maire ajoute "qu'il serait temps pour chacun de prendre conscience de ce qui est en train de se passer car la séparatisme communautaire avance àtrès grands pas, mettant à mal notre France et nos traditions millénaires."

L'élu s'attaque également dans son éditorial au traitement médiatique de l'épidémie du coronavirus, à "l'Etat et son bras armé l'AFP Agence France Press", qui selon lui, "gèrent la crise en inondant la totalité des médias mainstream." Dans un autre passage, le maire Saint-Valérien critique l'action du gouvernement, "en train de tuer l'économie nationale, de saigner nos retraités, de serrer le cou à la classe moyenne."

Avant de conclure sur cette phrase : "Pour 2021, prenez de bonnes résolutions, soyez curieux, informez-vous auprès d'autres médias que les chaînes de télévision et des radios biberonnées aux subventions. Faites-vous votre opinion sur ce qui est en train de se passer." 

Des habitants surpris et choqués

Posté sur Facebook, le texte suscite plusieurs commentaires choqués et surpris d'habitants de Saint-Valérien. Philippe Brideron commente "Je n’y ai vu qu’un tract politique au service d’un parti. Et je ne crois pas que cela soit représentatif de la liste à laquelle j’ai donné ma voix. Sinon je me suis trompé."

Une autre habitante de Saint-Valérien se dit surprise par cette gazette et ne mâche pas ses mots dans ses commentaires. "Je ne sais pas ce qui est le plus choquant. Est-ce le contenu de cette "gazette" ou le fait que vous en soyez fier. Vous l'appelez la gazette officielle de Saint-Valerien ? Je dirai plutôt la gazette officielle d'extrême droite avec un zeste de paranoïa complotiste."

 

Des propos très politiques, et teintés de complotisme, qui ont provoqué également de vives réactions et notamment la "stupéfaction" de l'opposition à l'image d'Érick Jouhannet. "C’est clairement une tribune politique nationale émaillée de propos complotistes d’extrême droite. Cela n’a rien à faire dans un bulletin municipal qui devrait être plutôt rassembleur et encourageant pour la population."

Cela ressemble plus à un tract électoral qu’à un éditorial de journal municipal."

Jean-Pierre Goupillon, ancien maire de Saint-Valérien

Un sentiment partagé par d'anciens maires de la commune à l'image de Jean-Pierre Commun qui y est allé de son commentaire sur Facebook, "J'ai mal à mon village". Un avis partagé également par Jean-Pierre Goupillon. Selon cet ancien maire de la commune, ce texte est "déplacé". "Utiliser le journal municipal pour les faire-valoir quand ce n’est pas une période électorale me semble exagéré. Cela ressemble plus à un tract électoral qu’à un éditorial de journal municipal." Selon lui, le rôle du maire devrait être de rassembler et non de diviser. "Les éléments dans cet éditorial sont plutôt diviseurs que rassembleurs". 

C'est peu fréquent, voire inexistant, qu'un maire utilise son édito pour développer ses idées politiques."

Henri de Raincourt, ancien sénateur, ancien ministre et ancien maire de Saint-Valérien

Ancien sénateur, ancien ministre et ancien maire de la commune pendant 24 ans, Henri de Raincourt réagit à cette polémique. Selon lui, ce genre de texte n'a rien à faire dans un bulletin municipal. "Je pense que l'on doit plus se concentrer sur ce qui concerne l'activité municipale et ne pas utiliser cet éditorial pour en faire une tribune politique aussi légitime soit-elle. On a le droit de penser ce que l'on veut mais ce n'est pas le bon support. C'est peu fréquent, voire inexistant, qu'un maire utilise son édito pour développer ses idées politiques." 

L'ancien maire connaît très bien Jérôme Cordier. Henri de Raincourt était élu conseiller municipal sur la liste du maire en 2014 lors de son premier mandat. "C'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup de considération." Il se dit aujourd'hui surpris par l'utilisation de l'édito mais pas par sa ligne politique dans le texte. "Elle est constante depuis déjà longtemps. C'est quelqu'un qui fait part de ses opinions."

Sur les rumeurs qui le disent proche de l’extrême droite, Jérôme Cordier réitèrait sa position "sans étiquette" en mars 2020 à nos confrères de l'Yonne Républicaine même si sa commune a accueilli une réunion publique du Front national en 2016 en présence de Marion Maréchal-Le Pen

Ce texte reflète ce que tout le monde pense mais que personne n'ose dire."

Claudine Pasquier, 2ème adjointe au maire.

Contacté par France 3 Bourgogne, Jérôme Cordier reste pour le moment injoignable. Il ne souhaite visiblement pas réagir pour le moment aux réactions et à la polémique que suscite ce texte. Une polémique qu'a du mal à comprendre Claudine Pasquier. Selon la 2ème adjointe au maire, "ce texte reflète ce que tout le monde pense mais que personne n'ose dire."

Ce bulletin a été selon elle, validé et lu par l'ensemble de l'équipe de la majorité avant sa publication. Elle reconnait "peut-être" que le bulletin municipal n'était pas le bon support mais "il est fait". 

 

 

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