Clément Méric: ouverture d'une information judiciaire pour “homicide volontaire”

Le jeune militant d'extrême-gauche a été violemment agressé à Paris. Il est décédé jeudi. / © DR
Le jeune militant d'extrême-gauche a été violemment agressé à Paris. Il est décédé jeudi. / © DR

Une information judiciaire pour "homicide volontaire" visant le principal suspect, Esteban, vient d'être ouverte dans l'enquête sur la mort du jeune militant d'extrême gauche, Clément Méric, a annoncé le procureur de Paris, François Molins. Matignon a lancé une procédure de dissolution des JNR.

Par Krystel Veillard avec l'AFP

Information judiciaire pour homicide volontaire

Le parquet a requis le placement en détention provisoire de quatre des cinq personnes déférées, vendredi soir au parquet de Paris dans le cadre de l'enquête sur la mort du jeune militant d'extrême gauche Clément Méric, qui a fait descendre des milliers de personnes dans la rue.
Ces cinq personnes de 19 à 32 ans, dont une femme, gravitant dans les milieux d'extrême droite, ont été présentées ce samedi à un juge d'instruction.
Un homme de 37 ans avait été libéré en milieu de journée. Deux autres, dont une femme de 22 ans et un homme de 27 ans, ont été relâchés dans l'après-midi. 


Des coups mortels

Le décès de Clément Méric est dû aux coups qu'il a reçus au visage, pas à sa chute, a déclaré le procureur. Selon les premiers résultats de l'autopsie, Clément Méric est donc décédé des suites de plusieurs coups qui lui ont été portés, et non du choc provoqué par sa chute sur un plot métallique. Il n'est pas démontré en l'état des investigations que les coups aient été portés avec un coup de poing américain, comme cela avait pu être évoqué.


Dissolution des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR)

Jean-Marc Ayrault a lancé samedi la procédure de dissolution du groupuscule d'extrême droite Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) sur la base d'éléments antérieurs et "plus larges" que la rixe au cours de laquelle Clément Méric a trouvé la mort. Le Premier ministre a demandé samedi au ministre de l'Intérieur Manuel Valls "d'engager immédiatement" une procédure en vue de la dissolution du groupuscule. Or, les cinq personnes mises en cause dans le décès de Clément Méric, dont l'auteur présumé des coups mortels, ne sont pas membres des JNR. Ce sont des sympathisants du groupuscule Troisième voie, créé en 2010, dont les JNR constituent une sorte de service d'ordre. 
"On est sur les JNR au-delà de ce qui s'est passé" mardi, a expliqué un conseiller de M. Ayrault. "Les conditions, très restrictives, pour engager une procédure contradictoire de dissolution sont réunies". Des éléments de renseignement laissent notamment penser, que les JNR, qui compteraient entre vingt et trente membres, étaient en passe de constituer un "groupe de combat", ce qui ouvre la voie à une éventuelle dissolution. C'est le ministère de l'Intérieur qui va piloter cette procédure contradictoire, avant un éventuel décret de dissolution du chef de l'Etat présenté en Conseil des ministres.
Concernant Troisième voie, le gouvernement poursuit "l'examen des conditions dans lesquelles ce groupe, comme d'autres, pourraient faire l'objet de la même procédure".


JNR et Troisième Voie

Selon une source policière, plusieurs des suspects déférés sont connus comme proches du groupuscule Troisième Voie et de son service d'ordre, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), dont le leader, Serge Ayoub, a nié toute implication dans cette affaire.
M. Ayoub, 48 ans, alias "Batskin", figure de la mouvance skinhead française, a été entendu pendant deux heures par la police vendredi après-midi dans un commissariat
du XVIIème arrondissement de Paris. A sa sortie, il a affirmé que les personnes interpellées "ne faisaient pas partie des JNR".
L'un des auteurs présumés des faits, un skinhead de 20 ans, né à Cadix en Espagne, avait été interpellé jeudi en banlieue parisienne, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). "Tout le monde le connaissait avec son crâne rasé, ses blousons en cuir, ses treillis et ses tatouages, mais à part ça, il n'était pas connu pour des faits de délinquance",
déclarait vendredi à son propos le maire d'une commune de l'Aisne où il a grandi.
Interrogé sur les raisons qui ont poussé les personnes impliquées dans la bagarre à l'appeler pendant la nuit suivant les faits, Serge Ayoub a répondu: "Il faudra leur demander". Dès jeudi matin, M. Ayoub avait livré une version très détaillée de la bagarre, expliquant que les militants d'extrême droite sur les lieux du drame "n'avaient qu'une seule envie, de s'en aller"

La police compte sur l'interrogatoire des suspects, sur l'audition de témoins et l'exploitation de la vidéosurveillance, ainsi que sur l'autopsie de la victime, pratiquée vendredi matin, pour établir les responsabilités dans l'altercation survenue mercredi à la sortie d'une vente privée de vêtements de marques entre deux groupes de jeunes, les uns d'extrême droite, les autres d'extrême gauche.


Des rassemblements en hommage au jeune homme

Etudiant à Sciences Po originaire de Brest, militant antifasciste ("antifa") engagé et membre du syndicat Solidaires, Clément Méric avait été transporté mercredi soir à l'hôpital dans un "état désespéré". Son décès a été annoncé jeudi.
Rapidement, des rassemblements étaient organisés en hommage au jeune homme, tandis que la classe politique condamnait unanimement cette agression qui, d'emblée, pour le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, portait "la marque de l'extrême droite". Dans la soirée, plus de 15.000 personnes ont manifesté, à Paris comme en province, aux cris de "Clément, Clément, antifa!", "No pasaran!" ou "pas de fascistes dans nos quartiers, pas de quartier pour les fascistes".
Interrogé vendredi matin sur RMC, Manuel Valls a répété que des groupuscules d'extrême droite seraient "sans doute dissous" car, a-t-il dit, la République doit s'attaquer
aux idées nauséabondes qui nous rappellent les pires heures de notre histoire"
.
Première annonce officielle de ce type depuis la mort de Clément Méric, les autorités ont interdit vendredi un rassemblement prévu samedi à Toulouse par les Jeunesses nationalistes, organisation d'extrême droite distincte des JNR de Serge Ayoub. La préfecture de Haute-Garonne a fait valoir les "risques importants de trouble à l'ordre public".

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