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Le dernier voyage de Jean-Luc Blain, grand reporter et figure de l'île de Groix

Jean-Luc Blain, groisillon de toujours / © PHOTOPQR/LE TELEGRAMME
Jean-Luc Blain, groisillon de toujours / © PHOTOPQR/LE TELEGRAMME

Jean-Luc Blain est décédé jeudi après-midi au terme d'une longue maladie qui a fini par l'emporter. Le fondateur du Festival du Film Insulaire de Groix et ancien grand reporter de France Inter, TF1 et RFO quitte son "caillou" qu'il a rejoint il y a une quinzaine d'année après une vie de voyages.

Par Stéphane Grammont

Jean-Luc Blain avait maigri, mais n'était pas devenu méconnaissable. Toujours une lueur dans les yeux, toujours un projet, et cette capacité de vous emmener au bout du monde. Quelquefois sans quitter l'île de Groix. Au rez-de-chaussée de son dernier refuge qu'il partageait avec Geneviève, retapé de ses mains comme toutes les maisons qu'il a habité, la web-radio de la mer l'attendait pour ouvrir l'antenne.

Après avoir ouvert Radio-France Mayenne, ce "baroudeur des ondes" a créé sur France Inter une émission qui a marqué une génération. Et créé un ton qui fait encore la différence sur la radio publique. Pour Passerelle, il a parcouru le monde en alternance avec sa femme, Dominique Agnielle. "Pendant dix ans on s'est laissé des mots sur le frigo", racontait-il à l'envie aux étudiants du Centre de Formation des Journalistes où il a enseigné. Avant de s'embarquer avec leur fils de deux ans, Kévin, pour un tour du monde sur Imagine, un plan Langevin aménagé et gréé sur les bords de Seine.

Les grands reportages pour TF1 dans le sillage, Jean-Luc et Dominique ont passé le canal de Panama, la chanson de Jonh Lennon à fond dans le cockpit. Devant l'étrave, les Galapagos, quelques reportages pour Thalassa ou Reportages, les Marquises et à nouveau un projet de radio. "Faites chauffer l'atoll" avait titré Télérama, avant la mise en onde de cette improbable radio, à grand renfort d'amis et de marquisiens emportés par l'audace de ce couple arrivé en voilier à peine un an auparavant.

Cette route l'emmène en Nouvelle-Calédonie pour l'affaire de la grotte d'Ouvéa, en Colombie pour "Qui a tué Chico Mendès" ("Je suis passé à une voix du Prix Albert Londres!"), en Afghanistan. D'abord un micro à la main, laissant la part belle à l'ambiance, au commentaire enregistré sur le vif. Des images plein la radio. Ensuite encombré d'une équipe de télévision.

Pour ses documentaires, Jean-Luc se foutra bien de ce que fait le caméraman. Il les a choisi en amitié. Il laisse faire. Il faut juste aller vite. 

La seule chose qui m’intéresse véritablement, c’est la rencontre avec les gens


Il ne goûtait pas particulièrement de ces mots un peu convenus. Il préférait plus volontiers l'humour, un poil de provocation, et ses formules. ("Celui-là, quand tu lui serres la main, tu recomptes tes doigts"). Il n'empêche, s'il fallait courir derrière Jean-Luc, c'est bien parce qu'il avait un appétit de gens, d'histoires, d'humain. Pour ensuite raconter, raconter, raconter.

Jean-Luc a fini par construire son histoire plutôt que raconter celle des autres. Les deux ans et demi sur Imagine, les quelques années aux Marquises, n'étaient qu'une étape. Son histoire, c'est l'île de Groix.

Entre deux chantiers -toujours ce besoin de se construire quelque chose- il pose sur un coin de table les bases du festival du film insulaire, le FIFIG. Il y aura bien sûr une radio éphémère, créé comme il se doit à l'arrachée avec les copains. Il y aura les Marquises, la première année, et ce tiki qui surplombe toujours Port-Lay. Il y aura ces affiches reconnaissables entre toutes, ces îles devenues cousines, ces documentaires dénichés on ne sait où.

L'été dernier, pour la 13ème édition, l'Irlande était l'île invitée. Dans une volonté de transmettre, Jean-Luc avait passé la main en 2009. On avait programmé son reportage radio de 1987 sur Belfast dans la salle du cinéma des Familles. La famille était là. Il lâchera quelques larmes. 

Jean-Luc n'a pas réussi à se retaper. Il reposera sur le caillou, bien sûr. On lui rendra un dernier hommage samedi à 14h30. Il pourrait y avoir pas mal de monde. 

Dans le doute j'ai réservé mon passage.

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