La société bretonne ne sort pas indemne du conflit. Il y a bien sûr les morts au combat, 130 000 soldats sur les 600 000 Bretons mobilisés. La langue bretonne et la religion perdent du terrain. La première Guerre Mondiale marque aussi une rupture dans l'histoire de la revendication bretonne.
Avec la Grand Guerre, la Bretagne marque son entrée dans le XXème siècle. Le conflit a bouleversé la région à plusieurs niveaux. D'abord, il y a la langue. Les poilus de Basse-Bretagne, qui parlaient breton tous les jours, utilisent le français dans les tranchées. En revenant, ils délaissent la langue bretonne, dont l’usage a déjà commencé à baisser progressivement.
L'Eglise perd de son influence, les femmes s'émancipent
La guerre a eu un effet néfaste sur la pratique religieuse. Au front, peu de messes sont organisées, les curés manquent. Alors que les hommes regagnent l'arrière, ils constatent que leurs femmes ont changé et ont acquis une certaine indépendance.Il y a aussi l’accélération de l’exode. La Grande Guerre incite les jeunes à partir. Tous ces paysans ont vu des fermes modernes, avec le chauffage, l’électricité, l’eau courante, et ne veulent plus vivre dans des conditions d’inconfort.
Les prémices du mouvement indépendantiste breton
En 1919, des jeunes fondent le GRB, groupe régionaliste breton, dont le régionalisme fait vite place à un nationalisme affirmé. Pour la plupart anciens combattants, ils accusent la France d’avoir saigné la Bretagne. En 1931, les autonomistes se divisent entre fédéralistes, plutôt à gauche, et les nationalistes. Ces derniers se retrouvent sous la bannière du PNB, le parti nationaliste breton.L'affaire du soldat Laurent
Originaire de Mellionnec, dans les Côtes d’Armor, ce poilu est blessé sur le front le 2 octobre. Le doigt arraché, son capitaine l’envoie au poste de secours où le médecin le soupçonne d’automutilation. Le soldat Laurent passe en conseil de guerre, est condamné à mort et fusillé le 19 octobre.En 1934, sous la pression de la commune de Mellionnec, la préfecture réhabilite le soldat. Une cérémonie a lieu le 19 août 1934. Les nationalistes ne veulent pas laisser passer l’occasion de souligner l’exemple de ce soldat breton tué par la France, pour l’exemple. Aujourd'hui encore, les avis divergent sur cette histoire.
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B. Le Vaillant, M. Tregouet, T. Descamps / avec Chantal Rio, archives municipales de Brest - Roger Laouenan, historien - Marie-José Fercoq, maire de Mellionnec - Christian Perron, auteur d'une pièce de théâtre sur l"histoire de François Laurent