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Méthanisation: l'espoir déçu des agriculteurs bretons

© © Philippe Huguen/AFP Photos
© © Philippe Huguen/AFP Photos

Faible rentabilité, contraintes: la méthanisation est loin de tenir ses promesses auprès d'agriculteurs qui espéraient arrondir leurs fins de mois et lutter contre le changement climatique en transformant fumiers et lisiers en énergie. Exemples en Bretagne

Par Sylvaine Salliou (avec AFP)

"C'est très coûteux en maintenance. C'est une mauvaise surprise", constate Daniel Lamoureux, éleveur de porcs près de Rennes. En 2012, il a investi un million d'euros (dont 25% de subventions) dans un méthaniseur. Abrité sous un dôme vert accolé à la ferme, le "digesteur" transforme les effluents d'élevage en biogaz, qui sera revendu sous forme d'électricité. La ferme fournit la consommation de près de 400 maisons.

Pour l'instant, "ça soulage un peu la trésorerie", pas plus, reconnaît M. Lamoureux, qui cherchait un revenu complémentaire, faute de pouvoir agrandir son élevage porcin
en raison de la réglementation environnementale. La méthanisation agricole est pour l'instant confidentielle en France, avec 180 unités, selon le ministère de l'Agriculture, qui incite à en construire un millier d'ici à 2020.

Des machines très chères

Pour l'heure, "60% des projets n'aboutissent pas", selon Alain Guillaume, président de l'Association des agriculteurs méthaniseurs. Parmi les déboires rencontrés, la coûteuse adaptation des machines, importées d'Allemagne, où elles ne sont pas alimentées comme en France. A eux seuls, fumier ou lisier ne suffisent pas à produire du biogaz. Il faut rajouter de la matière végétale. Les Allemands mettent du maïs, pratique interdite en France pour ne pas concurrencer l'alimentation. Les agriculteurs français rajoutent des
déchets organiques: tontes de pelouse, déchets de cantines scolaires ou de l'industrie agroalimentaire. Facile au début, la récupération de ces matières premières l'est moins aujourd'hui, car aujourd'hui les industriels les vendent. 

Situation ubuesque

En outre, la méthanisation peut se révéler très chronophage. "Il faut s'en occuper à plein temps, on a dû embaucher quelqu'un, ce n'était pas prévu", explique Alain Guillaume.
Quant au tarif de rachat de l'électricité, fixé à 20 cts du kilowatt/heure, il est trop bas pour atteindre une vraie rentabilité, estime-t-il, alors que l'investissement est souvent "le plus gros que fait l'agriculteur dans sa carrière" . D'après une étude de la Confédération paysanne sur 30 exploitations, "seules 5-6 dégagent des résultats, toutes les autres ont des dettes énormes", explique Georges Baroni, membre du syndicat fondé par José Bové. La situation devient parfois ubuesque pour les agriculteurs confrontés à un surplus de "digestat", le résidu obtenu après la méthanisation, qui peut servir d'engrais.

"On s'est fait avoir"

Ainsi, Alain Guillaume, pourtant président de l'Association des agriculteurs méthaniseurs, a été forcé de renoncer à ses 3.000 porcs pour vivre uniquement de la méthanisation.
Il utilise désormais le lisier qu'il récupère chez ses voisins éleveurs. A cause des limitations très strictes sur les épandages en Bretagne, il ne pouvait pas l'utiliser sur ses terres, mais pas non plus le vendre. Car le digestat est considéré comme un déchet et non comme du compost, à moins de se lancer dans une longue procédure d'homologation.
"Il a fallu faire un choix. Comme les 2 millions d'euros investis dans le méthaniseur n'étaient pas encore amortis, on a arrêté l'élevage. On s'est fait avoir", déplore-t-il.

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