Afghanistan : entretien avec le Rennais Ashmat Froz, ami d’enfance du commandant Massoud

Depuis dimanche, l’aéroport de Kaboul est pris d’assaut par des ressortissants étrangers et des milliers d’Afghans tentant de fuir leur pays tombé aux mains des talibans. Une situation catastrophique pour le Rennais Ashmat Froz, partagé entre la Bretagne et l’Afghanistan.

Ashmat Froz est un ami d’enfance du commandant Massoud. Avec son association "Darah Afghanistan", il a misé sur l’avenir et développé un réseau d’éducation au nord de Kaboul. Aujourd’hui, pour cet architecte, tout s’écroule. Nous l’avons rencontré à Rennes.

Kaboul est tombé aux mains des talibans, vous avez sur place des amis, de la famille. Que vous disent-ils de la situation actuellement ?

Malheureusement Kaboul est tombé, l’histoire se répète. On est choqués, on ne sait pas quoi faire. J’ai eu des nouvelles avant-hier (samedi 14 août), un peu moins hier (15 août) et presque pas aujourd’hui. Désormais, les talibans ont le contrôle de Kaboul. Ils coupent tous les systèmes de communication y compris les téléphones, les réseaux sociaux.

En Bretagne, nous avons invité des musiciens, des artistes à plusieurs reprises. Aujourd’hui, ces artistes et musiciens sont des cibles. Ils ont peur, ils nous envoient des messages. Ils demandent de l’aide. Ils disent que les talibans vont détruire leurs instruments. Ils nous disent "on a collaboré avec les français, ils le savent, si vous ne venez pas nous sauver, ils vont nous tuer". Tout le monde veut partir de Kaboul, surtout les femmes. Ils nous demandent de les rapatrier en France.

Kaboul aujourd’hui, ce sont des gens qui tentent de s’enfuit à tout prix ?

Il y a une partie qui quitte Kaboul vers la campagne, d’autres sont terrés chez eux. Certains avaient des visas, avaient l’espoir de partir dans un pays tiers, surtout en Occident. Eux sont actuellement à l’aéroport. Des milliers de soldats américains contrôlent l’aéroport de Kaboul. Tout le monde croit, y compris les afghans, que l’on peut, sans passeport ni visa, monter dans un avion et partir. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

Votre association "Darah Afghanistan" finance, depuis plusieurs années, des écoles pour donner l’accès à l’éducation. Ce projet est menacé aujourd’hui ?

Il est complètement menacé. Après le départ des talibans en septembre 2001, nous nous sommes dit que nous avions un pays à reconstruire. Et la base de la reconstruction, c’est l’éducation. L’éducation passe par l’école. Nous avons commencé à construire 10 écoles, 2500 élèves et 150 enseignants étaient dans nos écoles.

Nous avions un problème de logement, on transportait les instituteurs de Kaboul à Istalif (à 29 km de Kaboul) depuis 10 ans. C’était encore le cas la semaine dernière, depuis deux jours ça s’est arrêté.  Je pourrais dire que 20 ans de travail tombent à l’eau. Aujourd’hui, nous nous sentns démunis, car si nous envoyons de l’argent, nous ne savons pas où va aller l’argent, car les banques sont fermées. On a de l’espoir que peut-être il y aura une pression de la communauté internationale, forte, sur le Pakistan.  

Vous étiez un compagnon de route du commandant Massoud. Voir les talibans aujourd’hui au pouvoir à nouveau, quel est votre sentiment ?

Je suis assommé. J’ai du mal à le croire, j’ai l’impression de rêver. On ne pensait pas que Kaboul tomberait aussi vite. Que l’armée américaine ou la politique américaine puisse abandonner si rapidement l’Afghanistan qu’elle a soutenu pendant vingt ans, on ne comprend pas ce départ précipité et on ne comprend pas par quels moyens et par quels réseaux les talibans ont réussi à entrer en Afghanistan. Derrière tout ça, ce ne sont pas les talibans qui sont entrés en Afghanistan, c’est le Pakistan qui est entré en Afghanistan. Aujourd’hui, les talibans sont guidés, financés, armés par le service secret pakistanais.

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