Agriculture : comment sont formés les exploitants de demain ?

Ce samedi 22 février s'ouvre le Salon International de l'Agriculture à Paris, rendez-vous privilégié des différents producteurs de France. Aujourd'hui, de nombreux jeunes se lancent dans ce domaine, et les manières d'enseigner l'agriculture ont bien évolué depuis des décennies.

Au lycée Théodore Monod du Rheu, les élèves s'initient à de nouvelles pratiques, comme ici à la géobiologie.
Au lycée Théodore Monod du Rheu, les élèves s'initient à de nouvelles pratiques, comme ici à la géobiologie. © France Télévisions

Chaque année, environ 700 000 personnes se rendent Porte de Versailles à Paris pour le Salon de l'Agriculture. Parmi les exposants, de nombreux jeunes viennent y participer. Qu'ils soient encore étudiants ou de nouveaux chefs d'exploitation, ils ont décidé de faire carrière dans l'agriculture.

Pourtant, le secteur primaire a fortement évolué depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le travail s'est mécanisé, les exploitations se sont agrandies, la production s'est décuplée... Mais face aux enjeux climatiques du XXIe siècle et les difficultés socio-économiques du secteur, l'enseignement de l'agriculture a dû se renouveler.
 

Des études de plus en plus qualifiées


En Bretagne, 15 850 élèves et étudiants du cycle court (BTSA) ont intégré les établissements d'enseignement agricole à la rentrée 2018. Ils étaient 472 jeunes aidés par l'Etat à s'installer dans la région la même année ; 540 dans les Pays-de-la-Loire.

Contrairement à leurs parents, les futurs agriculteurs suivent de nos jours une formation plus complète. Pour devenir chef d'exploitation, il faut passer un BTS Analyse, Conduite et Stratégie de l'Entreprise agricole (ACSE). Les cours dispensés ne concernent plus seulement les techniques : les étudiants apprenent la gestion, la comptabilité et le développement d'une véritable entreprise.

Par exemple, "je leur demande de refaire l'itinéraire technique chez leur maître de stage pour avoir un exemple vraiment concret, explique Caroline Flandrin, professeure d'agronomie au lycée Théodore Monod, au Rheu près de Rennes. L'idée c'est d'apprendre à changer quelques interventions sur le sol pour arriver au même résultat final."
Les étudiants en 2e année de BTS verront ainsi que "ces techniques moins lourdes sur les sols leur permettront de faire des économies dans leur budget et que le processus sera moins polluant sur l'écosystème."
 

Agro-écologie


Le lycée Théodore Monod met un point d'orgue à apprendre à ses élèves une agriculture plus respectueuse de l'environnement. Dans sa maquette, il promeut l'agro-écologie. Un travail en élevage ou cultures en accord avec les principes de développement durable. L'agro-écologie dépend de quatre leviers : économique, sociétal, écologique et agronomique. Le but : trouver l'équilibre parfait entre ces paramètres.

Cette dynamique est dans l'ère du temps. Le nombre d'exploitations converties en bio ou en passe de le devenir est en constante augmentation.
 

La part du bio dans nos régions en 2019.
La part du bio dans nos régions en 2019. © C. Bélard


Le développement des nouvelles techniques agricoles est soutenu par l'Institut national de la recherche agronomique. Il produit continuellement des études et des travaux de recherche, notamment par le biais de ses Agrocampus, qui proposent des formations d'ingénierie dans le domaine.
 

"Restaurer la biodiversité"


À l'Agrocampus de Rennes, Guénola Pérès est maître de conférence en écologie des sols. Elle a longuement travailler sur le rôle primordial des vers de terre dans la biodiversité des sols. Ses travaux ont été réalisés en lien avec les agriculteurs.

Ces lombrics représentent 70% de la biomasse de tous les écosystèmes des zones tempérées, donc la France. Malheureusement, le recours à une agriculture intensive a fait drastiquement chuter leur nombre. Alors qu'en 1950, on recensait deux tonnes de vers par hectare, il n’y en aurait pas plus de 200 kg aujourd'hui.

"Tous les résultats qu'on obtient viennent nourrir les enseignements qu'on va donner à nos futurs ingénieurs. On va leur expliquer quelles sont les pratiques agricoles vont être les plus favorables pour restaurer ou augmenter la biodiversité, explique-t-elle. Aussi, nos travaux peuvent permettre de donner des arguments aux agriculteurs qui souhaitent évoluer et changer leurs pratiques."

Selon elle, l'agriculture doit "raisonner ses méthodes, comme ne pas arroser ses cultures mais les remplacer par des variétés moins consommatrices d'eau. Nous devons trouver l'équilibre. S'il est utopique de penser renouveler complètement l'agriculture car elle doit nourrir la planète, il faut pouvoir répondre à la croissance démographique, tout en prenant en considération un avenir durable pour la planète."
 


 

Une dynamique internationale


La chercheuse dirige le Master Agroecology au sein de l'Agrocampus. Cette formation en effectifs resserés dispense ses cours entièrement dans la langue de Molière. Une manière d'internationaliser l'ingénierie en agronomie, d'autant que sur les treize étudiants, cinq viennent de l'étranger comme du Chili ou de Finlande.

Victor Frichot est étudiant dans ce master. Pour lui, "il y a de plus en plus d'effors qui sont faits pour accéler la transition écologique, même s'il n'est pas assez rapide". Il estime que le futur de l'agronomie se fera "en interaction avec les agriculteurs, nous pouvons apporter nos connaissances scientifiques pour fournir des pratiques innovantes".

En fin de master, ces étudiants partiront six mois en stage auprès d'associations, entreprises ou chambres d'agriculture pour appliquer cette agriculture de demain.
 

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