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Un an après, le miracle de la LGV a-t-il eu lieu ?

Une architecture ambitieuse pour de l'immobilier de bureau dans le quartier de la gare de Rennes / © Séverine Breton
Une architecture ambitieuse pour de l'immobilier de bureau dans le quartier de la gare de Rennes / © Séverine Breton

C’était il y a 1 an, tout juste, le 2 juillet 2017. Un départ en fanfare de la gare de Montparnasse. Le 1er TGV qui allait mettre la Bretagne à 1 h 30 de Paris quittait le quai. On parlait déjà de miracle économique. Mais qu’en est-il vraiment ?

Par SG avec Séverine Breton

Ha, si Rennes était à 1 h 30 de Paris ! Durant longtemps, élus, chefs d’entreprise et agents immobiliers rêvaient éveillé : la LGV était programmée.

Les entreprises allaient quitter un Paris, cher et pollué, pour venir s’installer ici où il fait si bon vivre. La mer, les huîtres, les crêpes, le chouchen.

Ils viendraient, avec leur petite famille, achèteraient des jolies maisons de granit avec des hortensias sous les fenêtres.

Et puis les touristes profiteraient de l’aubaine. Le vendredi soir, ils enfileraient leurs marinières et se précipiteraient sur les plages bretonnes, les vagues les plus proches de la capitale.

L’emploi, l’immobilier. Et derrière, les écoles, les commerces. Tout le monde allait en profiter.

Un an plus tard, qu’en est-il vraiment ?



Hassan Triqui dirige Secure Ic. Une start-up spécialisée dans la sécurisation des objets connectés du Web. Ses bureaux sont à Rennes, mais aussi à Paris, Singapour, ou Tokyo.

Il a pris le train entre la Bretagne et Paris pendant des années. « Aujourd’hui, c’est terrible, je n’ai plus le temps de travailler dans le train » raconte-t-il. « Quand on arrive à Montparnasse, je me dis déjà ??? Plus le temps non plus de lézarder, de prendre un café. »

Blague à part, Hassan Triqui explique que la LGV a changé sa façon de travailler. Quand il doit faire un aller-retour à Paris, il n’hésite plus. N’essaye plus de l’amortir en multipliant les rendez-vous. « Je pars même pour des demi-journées » explique-t-il.

Pour les cadres, c’est juste le bonheur. Et ces allers-retours dans la journée sont aussi moins couteux, c’est autant de nuits d’hôtel de moins à payer.

Mieux vaut être riche et bien portant, que pauvre et malade dit d’ailleurs le dicton. Mieux vaut être à 1 h 30 de la capitale, qu’à 4 ou 5 h.

Mais, si Paris devient la banlieue de Rennes, la Bretagne reste la Bretagne. Quand Secure Ic cherche à recruter des perles rares, la start-up se heurte toujours à la même difficulté : allez savoir pourquoi les jeunes ingénieurs en Informatique préfèrent les joies de la capitale au ciré jaune !

Quand l’immobilier va…


Autour de la gare de Rennes, des milliers de m2 de bureaux sont en construction.

Difficile d’avoir des chiffres, mais il se murmure que les clients n’ont pas encore adopté la très grande vitesse d’achat.

Guy Baudelle, professeur de géographie à l’université de Rennes 2, participe aux travaux de l’observatoire de l’impact de la LGV. Et il constate que pour l’économie, la Grande vitesse ça aide… Quand tout va bien !

« En général, quand une ville est en forme, la LGV amplifie son dynamisme, mais on n’a jamais vu une ligne à grande vitesse inverser une tendance d’une ville "déprimée" » explique-t-il.

Alors les familles qui quittent tout pour venir vivre en Bretagne, il y en a peut-être quelques-unes. Mais ce qui est certain, c’est qu’elles ne remplissent pas le TGV de 7 h 35.

Les prix de l’immobilier rennais ont cependant continué de grimper. + 4,2 % sur 12 mois pour les appartements anciens, + 3,1 % pour les maisons anciennes.

Dans la capitale bretonne et sa périphérie, 2 790 biens immobiliers ont été vendus l’an passé.

Mais c’est sur le littoral que les hausses sont les plus spectaculaires.

Les châteaux de sable et les bains de mer sont désormais à 2 h de la capitale. Du côté de St Malo, en 5 ans, le prix des maisons anciennes a augmenté de 41 % à St Lunaire, de 23 % à Dinard, 10 % à St Malo.

Dans la baie de St Brieuc, les résidences secondaires se vendent bien mieux. À Binic, Etables sur Mer, Saint-Quay-Portrieux, ou Erquy, les prix des petites maisons de pêcheurs aux volets bleus, comme ceux des jolies villas de bord de mer ont grimpé de 18 %.

Mais pour Nicolas Bosquet, notaire à Etables, il n’y a pas de miracle LGV. La conjoncture économique, les faibles taux d’intérêts bancaires expliquent sans doute davantage la hausse que la vitesse des trains, analyse-t-il.

Ici des grimaces, ailleurs des sourires.


La ligne à grande vitesse ne fait pas que des heureux. Pendant qu’ici, les prix s’envolent, ailleurs, ils dégringolent.

La LGV a mis Laval à 1h12 de la capitale. 15 liaisons quotidiennes sont assurées. La fréquentation des TGV a progressé de 20 %... La gare de Laval voit passer 22 % de voyageurs de plus qu’il y a un an.

Mais là où tout n’était que calme, on ne goûte guère cette arrivée soudaine et bruyante de la grande vitesse.

Armelle et Alain Guiter habitent à Ballée en Mayenne, à quelques dizaines de mètres de la voie ferrée. Quand le train passe à plus de 200 km/h, le son résonne dans toute leur maison. « On nous avait promis que cela ne ferait pas plus de bruit qu’une machine à laver », racontent-ils, « on ne pourra jamais s’habituer à ça ! »

Les 3,5 milliards d’euros d’investissement de cette Ligne à Grande Vitesse auront-ils un impact sur le développement de nos régions ? Dans 50 ans, historiens, géographes nous le diront. Peut-être.

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