Bibliothèque Vagabonde avec Bastien Vivès: "Corto Maltese n'est pas un héros, c'est un mythe."

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Écrit par Nathalie Rossignol
Bastien Vivès, invité de la Bibliothèque Vagabonde
Bastien Vivès, invité de la Bibliothèque Vagabonde © P.Queyroux FTV

Attaché au Morbihan où vit une partie de sa famille, l'auteur de la BD "Une soeur" qui se déroulait l'été en Bretagne a choisi cette fois d'illustrer une nouvelle aventure du célèbre Corto Maltese de Pratt. Rencontre dans le cadre du Couvent des Jacobins à Rennes avec cette figure du neuvième art.

Avec ses cheveux longs, ses lunettes, son imper et ses baskets, on pourrait lui donner très facilement au moins dix ans de moins...Un air juvénile certes, mais une carrière déjà  remplie d'albums très remarqués et souvent primés... Nouveau défi relevé pour Bastien Vivès et son compère Martin Quenehen: s'attaquer à un monument de la BD: Corto Maltese. Leur album Océan noir (Castermann) vient de sortir. Cette aventure entraîne le marin aventurier du Japon aux montagnes d'Amérique du Sud...

Avant que ce projet voit le jour, que représentait Corto Maltese pour vous ?

Pour être tout à fait honnête, j'avais ouvert des aventures de Corto Maltese quand j'étais petit, j'étais passionné de dessins, j'avais bien aimé le dessin, mais c'était un peu trop adulte, j'avais du mal à me plonger dans les histoires et puis j'ai redécouvert Corto Maltese lorsque j'étais adulte et c'est aussi lorsque j'ai découvert Manara que je suis arrivé sur Pratt. Tout d'un coup, cela m'a passionné surtout la manière qu'il a de faire parler les personnages entre eux. C'est vraiment toute la force de Pratt au delà de son dessin.

Vous qui avez été remarqué grâce à vos univers singuliers, comment naît l’envie de se réapproprier un personnage existant, un monument de la BD ? Y’avait il de l’appréhension ?

Il y a de l'appréhension mais il y a surtout de l'excitation. Il y a l'idée de devoir élever sonniveau de dessin, élever sa manière de raconter, sans vouloir singer l'oeuvre de Pratt. C'est un défi.

Quelles sont les contraintes qui s’imposent à vous au moment de le réinventer ? Y-a-t-il des incontournables ?

Il faut se dire qu'il y a quelques ingrédients par lesquels il faut peut être passer mais rien n'est obligatoire et  lui aussi a dessiné ces aventures à une période donnée, avec des codes qui étaient propres à cette période et nous on est en 2021, et 'est évident qu'il y a des choses sur lesquelles on a un autre regard, une autre approche et le tout est d'arriver à prendre ce qui a été fait avant  l'amener tranquillement vers ce qui a aujourd'hui, sans copier les solutions sur lesquelles est arrivé Pratt, les solutions graphiques ou les solutions narratives et d'y amener notre personnalité, nos solutions à nous. C'est vraiment un exercice d'équilibriste.

Corto Maltese a connu déjà trois resurrections avec Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero. Mais vous avez innové, car cette nouvelle aventure ne se déroule pas dans la première moitié du XXème siècle, comme dans les précédents albums, mais en 2001… Pourquoi avoir fait voyager le personnage dans le temps ?

Sans ça, ça n'aurait pas été intéressant pour moi de raconter ces histoires parce que Pratt l'a déjà très bien fait et j'avais besoin que le personnage soit plus proche de nous et surtout de se dire que Corto Maltese n'est pas un héros, c'est un mythe et qu'il peut traverser le temps comme ça. 

Qu’est ce que vous pensez lui avoir apporté qui vous soit propre ?

J'ai apporté une pointe de féminité, car c'est ce qui se retrouve aussi dans mon travail. J'ai remis l'accent sur le désir. Il y avait déjà beaucoup de poésie dans le dessin de Pratt mais dans la narration, j'ai ramené aussi beaucoup de poésie, plus au niveau des attitudes, au niveau des scènes. Je pense que ce sont des petits détails. on a changé un peu sa manière de s'habiller, juste une parqua et une casquette, c'est parce qu'on est dans les années 2000, il allait pas garder son même costume. Je lui ai un peu éclairci les yeux, avant il avait un regard très sombre.

Est-ce une expérience unique ou auriez-vous l'envie de la renouveler ?

On y réfléchit. On s'est vraiment régalé sur ce premier tome et c'est sûr qu'avec un personnage comme ça on voudrait en raconter des tonnes!

 

 

Le grimoire des confidences

Tablette numérique ou crayon?

Pour les BD, quand j'ai besoin de raconter une grosse histoire avec plein de personnages et tout, la tablette numérique. Le numérique me permet de revenir, si je dois repasser sur des planches et faire des modifications tout le temps. pour la mise en scène, le numérique c'est le meilleur. Après depuis quelques années, je reviens un peu plus au dessin traditionnel.

Noir et Blanc ou couleur?

Corto Maltese, j'ai mis des gris parce que pour moi dans la mise en scène, j'ai besoin de l'indication de la lumière. Elle va me permettre de créer la temporalité, de créer les moments de journée. Cela m'aide énormément dans la mis en scène. La couleur je n'en ai pas besoin. J'ai pris le choix de faire mes albums en Noir et blanc pour les albums assez importants. Après quand j'ai des albums plus faibles, j'aimerai bien aller dans la couleur mais pour l'instant, j'ai l'impression que la couleur ne veut pas trop de moi.

Homme ou Femme

J'aime beaucoup les femmes et j'aime beaucoup les dessiner, j'ai beaucoup de désir quand je dessine les femmes. Mais avec Corto Maltese, c'était très intéressant de pouvoir dessiner un homme sur lequel j'allais pouvoir plaquer du désir, du fantasme.

 

  

 

Le livre fétiche de Bastien Vivès: un chef d'oeuvre de la BD

 

Un été indien de Milo Manara et Hugo Pratt (Castermann)

"C'est un livre qui est un tournant dans ma bédéphilie, et même ma carrière. C'est tout d'un coup un album qui m'a fait comprendre qu'on pouvait faire passer des émotion extrémement fortes en bandes dessinées et pas simplement faire un peu ricaner et un peu attrister sur les choses ou d'avoir un petit haut le coeur, mais vraiment d'être porté par un souffle épique, une grande aventure, des personnags hauts en couleur qui ont tous une personnalité folle, les hommes, le femmes, absolument incroyable. Je pense que c'est un des chefs d'oeuvre de la bande dessinée."

Le tiroir des libraires

 

Grande couronne de Salomé Kiner (Christian Bourgeois éditeur)

Solveig Touzé de la librairie "la Nuit des Temps" à Rennes vient de recevoir le prix spécial des libraires de l'année, décerné par le magazine Livre Hebdo.

Elle nous confie son coup de coeur pour ce livre Grande couronne de Salomé Kiner (Christian Bourgeois éditeur).

"C'est un excellent premier roman qui nous entraîne à la fin des années 90 dans une banlieue pavillonnaire parisienne avec une jeune adolescente prête à tout pour être remarquée, être un peu à la mode au moment où sa famille se délite. Le style vif et ascéré de l'autrice permet de saisir toute la gravité de cette période adolescente sans jamais tomber dans le tragique. C'est un roman qui m'a enchanté par sa plume vive, son style et ce personnage d'dolescente auquel on s'attache énormément."

 

Le tiroir des jeunes lecteurs

 

Et commençons avec le tout dernier tome  de « Lucien et les mystérieux phénomènes » intitulé « Sorcières ». Les finistériens de cœur Delphine Le Lay et Alexis Horellou ont imaginé une troisième aventure pour le petit Lucien et ses copains… Toujours du suspense, mais cette fois l’écologie n’est pas au cœur de l’histoire, plutôt la question de l’égalité homme-femme… avec de magnifiques  dessins. C’est publié chez Castermann.

Gwenola Morizur est aussi finistèrienne, elle s’est fait connaître avec Bleu pétrole, cette BD publiée au label Grand Angle. Une fiction en hommage à son grand-père Alphonse Arzel, maire de Ploudalmézeau au moment du naufrage de l’Amoco Cadiz.

Son album « Nos embellies», toujours chez le même éditeur, croise le destin de 4 personnalités un peu déboussolées qui vont ensemble retrouver un sens à leur vie, dans les paysages enneigés du massif central. Beaucoup d’émotions dans cette lecture destinée aux ados et à leurs parents bien sûr. Avec les dessins de Marie Duvoisin.

Et enfin, une aventure Des spectaculaires, cette petite troupe de saltimbanques reconvertis en justicier dans le Paris des années 1900. Le tome 5 « Contre les brigades du Pitre » vient de paraître, aux Editions Rue de sèvre. Au scénario, le fougérien Régis Hautière et au dessin Arnaud Poitevin.

 

La 4ème de couverture

 

 

Mariam Sheik Fareed est morbihainaise et auteur d'un premier roman "Le syndrome de l'accent étranger" (Editions Philippe Rey). 

"Désiré immigré, balayeur à Paris trouve un jour par hasard dans le métro un sac, dans le sac un ordinateur, dans l'ordinateur le début d'une histoire. Il va tellementêtre happé par cette histoire qu'il va demander au propriétaire de lui donner la suite de l'histoire en échange du fait qu'il lui rende son bien. l'auteur va se piquer au jeu et c'est finalement par leur relation épistolaire que le roman va se construire de Paris à l'Ile Maurice"

 

Les rendez-vous avec Livre et Lecture en Bretagne

Tout d’abord, puisque nous parlions BD, notez bien que le festival malouin Quai des Bulles débute dans 15 jours du 29 octobre au 1er novembre, une quarantième édition avec bien sûr de très nombreux invités et notamment une expo sur l’univers des Spectaculaires, BD dont nous parlions il y a un instant.

Pendant ce premier WE de novembre se tiendra aussi le Festival du livre de Carhaix, 32 ème édition consacrée à la poésie avec le dessinateur de presse Nono en président d’honneur.

Et puis du 18 au 21 novembre, RDV pour la 37ème édition du salon du livre jeunesse de Fougères, des lectures pour les plus jeunes, des ateliers avec les illustrateurs et 35 invités. Entrée gratuite !

 

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

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Faites-vous entendre ! France 3 Régions s'associe à la consultation Ma France 2022, initiée par France Bleu sur la plateforme Make.org. Le but ? Vous permettre de peser dans le débat démocratique en mettant vos idées les plus plébiscitées au centre de la campagne présidentielle.