Bibliothèque vagabonde avec Tanguy Viel: "J'ai besoin que mes livres soient en prise avec la société".

L'auteur né à Brest publie son 8ème roman "La fille qu'on appelle"(Ed. de minuit). Ce roman, déjà remarqué par le jury du Goncourt, plonge le lecteur dans les complexités de la question du consentement. Une fable politique, aux accents de polar, dans le décor d'une célèbre ville bretonne.

Dès la première page du nouveau roman de Tanguy Viel, "La fille qu'on appelle" (Editions de Minuit)  le décor est posé: la terrasse de l'Univers, le château devenu hôtel de ville, et la mer qui deux fois par jour attaque les pierres chargées d'histoire... Entre les lignes, difficile de ne pas reconnaître Saint-Malo.

Saint-Malo, une ville kafkaïenne

Pourtant l'auteur ne nomme jamais la cité corsaire. "L'histoire relève en partie du fait divers, donc je ne voulais pas assigner certaines personnalités malouines alors que ce n'était pas d'elles dont il était question et que ça reste une fiction."

Mais cela faisait pourtant longtemps que la ville l'inspirait et qu'il rêvait d'y installer un de ses romans. "C'est une ville qui est très théâtrale dans sa façon de disposer sa vieille ville, son casino car c'est un élement important du roman, son front de mer... Tout ça est très stylisé. C'est une ville un peu kafkaienne avec ses remparts, son dehors, son dedans, sa mer qui est là et qui surveille tout ce qui se passe."

 

 

Une histoire imprégnée de l'air du temps

Un décor idéal pour servir de cadre à une intrigue assez simple qui entraîne le lecteur dans les méandres de l'emprise, de la prédation sexuelle. Laura jeune fille de 20 ans est reçue par le maire censé lui donner un coup de pouce afin de trouver un logement. C'est son père, ancien boxeur de renom en pleine renaissance, devenu chauffeur de l'édile qui avait décroché ce rendez-vous décisif et qui se refermera comme un piège sur sa fille. En filigrane, le thème du consentement qui s'est imposé à l'écrivain à la lecture de nombreux témoignages.

"Au départ, je voulais faire un roman sur la boxe et ce roman était très emprunt d'images liées au cinéma et au bout d'un moment alors que je travaillais cela, il y avait quelque chose qui n'était pas assez incarné, ce qui est paradoxal pour la boxe. Je voyais bien que j'étais dans les limbes de l'imaginaire de Raging Bull, de Rocky. J'avais besoin à un moment de quelque chose qui m'ancre dans le présent et à ce moment là, j'ai rencontré la question du consentement à travers son exposition médiatique des 5-6 dernières années et tous les scandales qui ont pu irradier autour de ça." 

La littérature et son effet "loupe"

Dans cette histoire, pas de brutalité, pas de violence... Tout se joue lors de la première rencontre de la jeune femme et du maire dans son bureau. Une scène où chaque silence, chaque mouvement semblent disséqués, afin que le lecteur puisse saisir l'instant où tout bascule... une dizaine de pages pour une dizaine de minutes, comme un moment vécu en temps réel...

"C'est l'héritage de la littérature psychologique. Il y a à la fois un côté balzacien dans la façon d'essayer de raconter une histoire et de faire une aquarelle des moeurs, mais pour rentrer dans le détail de chaque scène, il me fallait des outils plus psychologiques, je pense à des auteurs comme Proust. Il fallait rentrer dans l'inframince, le moléculaire de ce qui se passe entre deux êtres, qui ne passe pas par le langage." explique Tanguy Viel.  "C'est très difficile de saisir le moment clé. Il faut être à l'intérieur de chaque microdétail, prendre le temps et ne pas avoir peur de la longueur."

Une fable politique peut-être bientôt "Goncourisée"?

Comme le dit Laura aux enquêteurs de police qui l'interrogent, "Dans un monde normal, on n'aurait jamais dû se rencontrer... dans un monde où chacun reste à sa place." Attentif déjà dans ses précédents romans aux questions d'aliénation, Tanguy Viel l'explore pour la première avec ce personnage féminin, dans ce roman aux allures de fable politique.

"J'aime beaucoup le mot fable et j'y ai beaucoup pensé en écrivant ce livre, à cause de la simplicité de l'intrigue, c'est un livre qui va assez droit, et puis qui s'appuie sur un rapport de force très ambivalent entre les personnages. Dans la fable, il y a quand même une morale."

Une fable qui a séduit les jurys du Goncourt et du Goncourt des lycéens qui ont choisi "La fille qu'on appelle". Pression ou satisfaction? "C'est une pression au sens où le problème à partir du moment où ils vous mettent sur la liste, forcément il y a une part de vous qui se dit ça va peut être arriver. Le problème c'est qu'il y en a 15 de trop!" s'amuse Tanguy Viel.

" J'ai besoin de vendre des livres parce que j'essaie de vivre de ça, c'est en ce sens que j'espère qu'un prix ne peut être que la cerise sur le gateau, que le livre marche déjà quand même indépendamment des prix." Réponse le 3 novembre.

 

 

Le livre fétiche de Tanguy Viel

 

 

"J'ai amené un grand classique qu'est Le Château de Franz Kafka. Un livre qui a été important à l'époque où je l'ai lu vers 20 ans, qui l'est encore aujourd'hui, dont je me sens proche et auquel j'ai pensé aussi en écrivant mon dernier livre. J'ai failli amener Proust qui est l'auteur que j'admire le plus et que je lis le plus, mais c'est pas moi Proust, alors que Kafka, c'est moi. Il y a un effet de miroir. Chez Kafka, il y a toujours ce sentiment désarmé, désarmant de pouvoir s'identifier à des personnages qui n'y arriveront pas, tout simplement. Le Château, c'est très simple, c'est l'histoire de quelqu'un qui essaye d'aller vers ce château, censé allé prendre la mesure de ce château, puisqu'il est arpenteur et pendant les 400 pages, il ne va faire que des rencontres qui vont l'éloigner. Pour moi c'est surtout la figure de désespoir d'un narrateur qui bute contre tous les murs, sans cesse."

 

Le tiroir des jeunes lecteurs

 

 

« Kookie à l’école » de la brestoise Marion Cocklico. Un livre très coloré et surtout à manipuler, avec des petites portes à ouvrir, des personnages à déplacer… Bref, un livre dont les jeunes lecteurs seront aussi les acteurs ! C’est chez Fleurus.

La rentrée a aussi inspiré la costarmoricaine Orianne Lallemand. Son célèbre loup n’a jamais été à l’école et bien sûr cela lui manque.… Mais au delà du tableau, des élèves, qu’est ce que l’école idéale ?  Réponse avec cet album illustré par Eléonore Thuillier et publié chez Auzou « Le loup qui voulait aller à l’école. »

Et un dernier titre dans la collection « ça sert à quoi » de la rennaise Sophie Bellier, chez Fleurus, où l’on retrouve le petit singe Paulo qui prépare à l’école un spectacle sur les émotions. L’occasion pour lui grâce à ses copains, sa famille ou sa maîtresse d’identifier tout ce qu’il ressent. « Les émotions ça sert à quoi » un livre pour les petits.

 

Le tiroir du libraire

 

 

Sylvie Decouvelaere de la Librairie La petite marchande de prose à Montfort sur Meu (35) a choisi La maison des Hollandais d'Ann Patchett (Actes Sud)

"Un très beau roman, un très gros roman qui raconte l'histoire d'un frère et d'une soeur qui habite dans une magnifique maison, cette maison des Hollandais qui donne son titre au livre et qui vont traverser la vie à deux avec courage. Ils sontvraiment secoués car en plus leur maman est partie, a quitté cette maison quand ils sont tous petits. Et ils vont vivre sans elle. C'est très beau, très puissant. Et ce qui ressort de ce livre, c'est vraiment l'amour qui les unit et qui les aide à traverser toute leur vie."

 

 

Le tiroir des rendez-vous avec Livre et lecture en Bretagne

 

Le salon Livr’à Vannes se tiendra du 24 au 26 septembre 2021 sur l’esplanade du port, sous la présidence de Michel Bussi. Parmi les 200 auteurs annoncés, nombreux furent les invités de la Bibliothèque vagabonde ou de la Cabine de pages. Parmi lesquels  Irene Frain, laurent Gounelle, Stéphanie Janicot, Hervé Bellec, ou Sophie Tal men!

Autre rendez-vous, le 26 septembre, Pré en bulles pour les amateurs de bandes dessinee. Et c’est en Ille-et-Vilaine, à Bedée justement. Expos, spectacles, rencontres et dédicaces au programme. Avec notamment Pascal Jousselin et son Imbattable.

Et enfin, Sémaphore, le festival de la parole poétique se tiendra du 1 au 3 octobre à Quimperlé avec des hommages à Léonard Cohen et Grahmmevallright.

 

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