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Le 16 mars 78, l'Amoco-Cadiz s'échoue sur les rochers de Portsall avec 220 000 tonnes de pétrole dans les soutes. La marée noire du siècle peut commencer. Pour les Bretons, ce n'est malheureusement ni la première couche, ni la dernière. Avant, il y avait eu le Torrey Canyon, l'Olympic Bravery, Le Boehlen. Après, il y aura le Gino, le Tanio, l'Erika.

Itinéraires Bretagne revient sur ces pollutions qui ont marqué l'histoire de la région. Rappel des faits, témoignages, éclairages de Sophie Bahé, directrice de Vigipol, pour comprendre ce qui au fil des catastrophes a changé en terme de prévention, de prise en charge des marées noires, si des enseignements ont été tirés, ou pas. Avec en bonus, sur chaque numéro, une chanson inspirée par chacune des marées noires. 

Le Torrey Canyon 1967


Le 10 avril 1967, sur son bateau, le Cachalot, Roger Daniel s’en va traquer l’oursin en face de Perros Guirrec. "Tout à coup, raconte le pêcheur breton, la mer est devenue marron. C’était du pétrole". C’est la première marée noire de l’histoire. Elle a commencé trois semaines plus tôt au large des Cornouailles anglaises. Le pétrolier s’appelle le Torrey Canyon. 

Sur la route du Pays de Galles où il doit décharger ses 120 000 tonnes de pétrole, le Tanker battant pavillon libérien décide prendre un raccourci. Une très mauvaise idée. À l’Ouest des Îles Sorlingues, le passage est truffé de cailloux, et le Torrey Canyon va s’empaler sur les rochers. 

C'est la fin du voyage. Les flancs du pétrolier sont éventrés, la cargaison s’échappe, le brut s’en va souiller la côte. Une telle catastrophe, personne n’a jamais vu ça. Rien n’est prévu pour y faire face. Les Anglais sont pris au dépourvu. Trois semaines plus tard, la marée noire débarque en Bretagne. Les Français ne vont pas faire beaucoup mieux.

 

L’Amoco-Cadiz 1978


Au matin du 17 mars 78, les habitants de Portsall sont réveillés par une forte odeur de mazout. Dans chaque maison, on pense à une panne de chaudière. Mais bientôt la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. La veille au soir, dans la tempête, après une avarie de gouvernail au nord d’Ouessant, un pétrolier s’est brisé sur les rochers en face du port. Le brut s’échappe des soutes. La plus grande marée noire du siècle a commencé. L’Amoco-Cadiz en route pour Rotterdam transportait 220 000 tonnes de pétrole. Bientôt, 300 km de littoral sont touchés, l’écosystème est saccagé, l’économie paralysée.

David contre Goliath, quatorze ans de procédure


Cette fois-ci, contrairement à ce qui s’était passé en 1967 après le Torrey Canyon, les élus des communes sinistrées vont se rassembler, se battre pour être dédommagés et faire payer le pollueur. Non pas le capitaine du bateau mais la compagnie Amoco, le donneur d’ordre, qui en toute connaissance de cause et par souci de rentabilité a fait naviguer un pétrolier qui n’en était pas à sa première avarie de gouvernail et qui allait droit à la catastrophe.

Après 14 années de procédure, et un procès fleuve à Chicago, les élus bretons emmenés par le maire de Portsall Alphonse Arzel obtiennent la condamnation de la Compagnie Amoco et 230 millions de francs. C’est moins qu’espéré mais c’est déjà ça. L’État français rajoutera 100 millions. L'entêtement des Bretons a payé.

 

Le Tanio 1980


Le 7 Mars 1980 dans la tempête, Le Tanio se casse en deux au large de l’île de Batz. Il était en route pour l’Italie avec 26 000 tonnes de fuel n°2. La partie avant du pétrolier maltais sombre avec huit hommes à bord, le reste de l’équipage est hélitreuillé, la partie arrière remorquée dans des conditions difficiles jusqu’au Havre par l’Abeille Languedoc.

Mais dans le naufrage, une partie de la cargaison s’est échappée des cuves. La catastrophe est beaucoup moins importante que celle de l’Amoco, mais plusieurs milliers de tonnes vont une nouvelle fois venir souiller la Côte de Granit rose. L’économie, l'environnement sont à nouveau touchés. Des colonies entières d’oiseaux de la réserve des Sept Îles sont décimées.

Comme en 78, la population se révolte, manifeste. La marée noire du Tanio va donner un nouvel élan et de nouveaux arguments aux élus bretons du Syndicat mixte qui depuis la catastrophe de l’Amoco se battent pour être dédommagés et faire payer les pollueurs.

 

L’Erika 1999


Noël 1999. La veille du réveillon, les premières nappes touchent le Finistère sud, et bientôt Groix, Belle-Ile etc… Onze jours plus tôt, dans les eaux internationales au sud de Penmarc’h, l’Erika s’est brisé en deux dans la tempête. Arrivée à la rescousse de son rail d’Ouessant, l’Abeille Flandres le remorqueur ne réussit malgré tous ses efforts qu’à limiter la casse. Les deux parties du pétrolier sombrent et 20 000 tonnes de fuel finissent dans la nature. Jusqu’à l’Ile d’Yeu, il y aura 400 km de littoral saccagé. 

Un bateau poubelle rongé par la rouille


"L’Erika était un bateau poubelle, rongé par la rouille. Un pétrolier low-cost construit au japon pour ne durer que 15 ans… il en avait 25. Il avait été rafistolé !". C’est Jean Pierre Beurier qui parle. Professeur de droit maritime, il habite Piriac près du Croisic, Il a vécu de près la marée noire et suivi les 13 années de procédure, le combat des collectivités, des associations, jusqu’aux condamnations définitives de l’affréteur, la société Total. La catastrophe de l’Erika, explique Jean-Pierre Beurier, aura permis malgré tout de faire avancer le droit. Avec notamment la reconnaissance du préjudice écologique.