Captures accidentelles de dauphins : les répulsifs acoustiques, la bonne solution ?

Ce jeune dauphin commun avait été trouvé échoué sur la plage de Port-Fontaine près du petit port de Lomener en 2018 / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
Ce jeune dauphin commun avait été trouvé échoué sur la plage de Port-Fontaine près du petit port de Lomener en 2018 / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

Les répulsifs acoustiques prévus pour éviter les captures accidentelles de dauphins doivent entrer en vigueur en 2020 selon le gouvernement. L'organisation Sea Sheperd alerte sur les effets de ces répulsifs tout comme l'observatoire Pelagis.

Par E.C avec AFP


Le gouvernement a adopté un plan de protection des cétacés, prévoyant notamment l'installation de répulsifs acoustiques sur les filets de pêche pour éviter que les dauphins se prennent dedans. Cette mesure a été adoptée dans le cadre d'un "plan national de protection des cétacés" lors d'un comité interministériel de la mer réuni lundi et entrera en vigueur "dès l'année prochaine", précise Matignon dans un communiqué.
 

"Les engins de pêche devront être munis de dispositifs de dissuasion acoustique pour éviter les captures accidentelles dans le Golfe de Gascogne", indique le texte. Des centaines de dauphins et marsouins s'échouent chaque année sur les côtes françaises, dont 70% à 80% présentent selon les spécialistes des lésions compatibles avec une prise dans des filets de pêche.

L'installation de "pingers", dispositifs acoustiques pour les tenir éloignés, a drastiquement réduit lors de tests ces prises accidentelles, sans incidence sur celles de poissons. Par ailleurs, le plan prévoit également une interdiction "d'approcher les cétacés à moins de 100 mètres dans les zones protégées". Un pinger vaut 300 euros, il en faut plusieurs par bateau. 


Un dispositif à nuancer, attention à la dégradation du milieu


Dans un communiqué, Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France et Responsable de l'Opération Dolphin Bycatch tempère les effets de ces répulsifs et souligne plussieurs bémols. Le premier, une pollution sonore qui pourrait envahir les océans,. "Mis bout à bout, ce sont des milliers de kilomètres de filets qui sont déployés chaque jour dans le Golfe de Gascogne. S'il s'agit de tous les équiper en répulsifs acoustiques, la pollution sonore de cette partie d'océan deviendra intenable pour toute la vie marine."

Elle ajoute que le dispositif pourrait perturber les habitudes des dauphins et leur bassin d'alimentation. "Par ailleurs, les dauphins évoluent dans cette zone pour une raison simple, ils cherchent à se nourrir. Les répulsifs acoustiques ne sont ni plus ni moins qu'un moyen d'éloigner les dauphins de leur zone de nourrissage pour nous laisser le loisir de prendre tout le poisson. En faisant cela, nous compromettons encore davantage leurs chances de survie."

L'outil magique dans un écosystème ça n'existe pas (Willy Dabin, ingénieur d'études à l'Observatoire Pelagis)

L'Observatoire Pelagis nuance également l'utilisation des répulsifs. "Il n'y a pas d'outils miracles. Il faudrait avoir une observation constante des pêcheries, où et comment ça se passe. À partir de là on pourrait prendre les décisions les plus adaptées" souligne Willy Dabin. Il ajoute : "Il faut se méfier de la pollution sonore et de la dégradation du milieu que cela peut entraîner pour les espèces." Pour lui, la solution doit être être le fruit d'une coopération avec les pêcheurs. "On n'est pas là pour empêcher leur travail" précise-t-il. 

Selon Sea Sheperd, 2019 bat tous les records de dauphins tués depuis 30 ans.
 

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