En Bretagne, il pleut tout le temps... Les Bretons sont tous alcooliques... Ce sont des ploucs, ils sont chauvins... La liste des clichés qui ont la vie dure, est longue. Nous en avons retenus quelques-uns. Petit tour d'horizon.

 

Cliché N°1 : En Bretagne, il pleut tout le temps


C’est bien connu, en Bretagne, il pleut. Et bien oui...

Mais en fait, pas tant que ça. Au risque d’en décevoir quelques uns, la Bretagne n’est pas la championne toute catégorie, loin de là. Par exemple, la Bretagne n’est pas la région la plus humide de France. C'est le Pays Basque, avec 1 450 mm de précipitations par an sur la région de Biarritz, contre 1210 mm à Brest et 694 mm à Rennes.

Et si l’on regarde le nombre de jours de pluie par an. Et bien là, le gagnant, c’est vrai, c’est… Brest, avec 159 jours de pluie par an, contre 53 à Marseille et 140 jours à Biarritz.


Il peut y avoir plusieurs types de météo dans une même journée

 

Didier Chaumont / © France 3
Didier Chaumont / © France 3


Pour en avoir le cœur net, nous avons posé quelques questions à un spécialiste, Didier Chaumont, présentateur Météo sur France 3. Il explique de manière très objective, qu' "il peut y avoir plusieurs types de météo dans une même journée (...) il y a des micro climats".
Il annonce souvent des perturbations qui arrivent par l'Ouest, bon donc par la Bretagne... mais, surtout l'hiver. 

 
Cliché n°1 : Il pleut toujours en Bretagne
Interviews : -Didier Chaumont, présentateur météo sur France 3 -Nadine Cloître, vendeuse au Comptoir de la Mer de Saint-Quay-Portrieux -Pascale Floryn, propriétaire du magasin Rennes sous la pluie  - Reportage : S.Salliou, F.Leroy, J.Gasparutto, V.Surrault, H.Notat, C.Gougeon


Si les Bretons savent qu'il pleut un peu en Bretagne, il ne faut pas croire qu'ils vivent constamment en ciré jaune! Ca, c'est faux.

Même si toute bonne boutique de mode, installée sur la côte, détient son stock de cirés jaunes... c'est pour les Parisiens, dixit Nadine, la vendeuse du Comptoir à Saint-Quay-Portrieux, dans les Côtes d'Armor. 
 


 

Cliché n°2 : Les Bretons sont des ploucs


Encore un cliché qui colle à la peau des Bretons. Longtemps, ils ont été considérés comme des arriérés, des retardés. Il y a quelques années, un futur président de la république les a même qualifiés d’illettrés. Pourquoi le mot plouc est-il lié aux Bretons ? Ce terme si péjoratif appartient-il au passé? Nous avons posé ces questions à Jean Rohou, homme de lettres originaire du Finistère, qui a publié "Fils de ploucs" il y a quelques années.

Au XIXe siècle, des paysans bretons viennent tenter leur chance à Paris, ils sont environ 200.000 Bretons sont installés dans la capitale à la veille de la Première Guerre mondiale. Et quand on leur demande d’où ils viennent, avec leur accent si fort et si reconnaissable, ils répondent toujours qu'ils viennent d'une communes qui commence par "plou-quelque chose", Plouvara, Ploumagoar, Ploumanac'h, Plougonver, Ploudalmézeau, Plouha, Ploudaniel, Plounéventer... Selon Jean Rohou, lui même originaire de Plougourvest (29), il y aurait plus de 125 communes commençant par Plou ou plo. Ce préfixe veut dire la population, exemple Plougastel : "la population qui vit auprès du château".

Ce terme de "plouc" date de 1880 alors qu'aucune commune ne commence par Plouc, souligne Jean Rohou, qui parle alors d'une marque de mépris envers ces Bretons.

Depuis, ce terme insultant est passé dans le langage courant et ne désigne plus les Bretons. Car aujourd'hui, selon Jean Rohou, les choses ont évolué et l'image des Bretons a considérablement évolué.
 

Les Bretons sont les plus reconnus de tous les Francais


Dans les années 60, Morvan Lebesque avait écrit un livre : "comment peut-on être breton?", aujourd'hui, quand je dis que je suis Breton, on me répond : comment peut-on ne pas être breton?"

 

L'effet Bécassine


A l’époque Bécassine, la petite bonne ignorante et maladroite, n’a pas arrangé le cliché breton. Cette brave paysanne bretonne, a vu le jour en 1905. Elle était inspirée d’une véritable bonne qui avait quitté la Bretagne pour venir travailler dans une famille bourgeoise à Paris.
113 ans plus tard, elle revient sur les écrans et crée à nouveau la polémique.

 
© Kenzo Tribouillard / AFP
© Kenzo Tribouillard / AFP


En 1939 déjà, la sortie d’un film avait créé la polémique, le président du Conseil, Édouard Daladier, avait même dû céder face à la pression bretonne et interdire le film. Il sera finalement projeté en 1989 à Douarnenez et ne provoquera plus aucune réaction hostile.
Aujourd’hui, quelques régionalistes bretons appellent au boycott du film et sont les seuls à trouver des points communs entre Bécassine et les Bretonnes.

 
Cliché N°2 : les Bretons sont des ploucs
Interviews : -Jean Rohou, auteur de "Fils de ploucs" -Danielle Bisgambiglia -Yvette Le Magoarou  - Reportage : S.Salliou, F.Leroy, G.Bron, F.Malésieux, V.Surrault, A.Jégou, H.Notat



Elles, n’avaient rien à voir avec Bécassine, comme Dan ar Braz, elles n’étaient pas sa cousine. Ces Bretonnes parties travailler à Paris. Nous en avons rencontrées du côté de Guingamp dans les Côtes d'Armor. Danielle avait 21 ans quand elle a quitté Guingamp pour Paris, elle voulait voir autre chose. Yvette en avait 29. Elle, venait d’une famille nombreuse de Pont Melvez. Toutes passent désormais une retraite paisible après avoir beaucoup aimé leur vie à Paris.

 

Cliché N°3 : les Bretons sont chauvins


Les Bretons sont chauvins? Y aurait-il un brin de vérité dans tout ça? C’est vrai qu’ils sont conscients d’habiter une belle région. Dans les sondages, près de 90% des Bretons disent aimer leur région. D’ailleurs, ils aiment afficher leur identité bretonne, à l’arrière de leur voiture, sur les vêtements. Et que dire du drapeau régional qui flotte aussi un peu partout, dans les stades, dans les défilés ou les festivals.

L'atelier Le Mée, une entreprise spécialisée dans la fabrication de drapeaux, près de Rennes a même fabriqué le plus grand drapeau breton, du monde. Il fait 45,75 mètres de long sur 30,5 mètres de large.

Le drapeau pèse 200 kg, il sera hissé lors d’un festival dans le Finistère, cet été. 

 
Cliché N°3 : les Bretons sont chauvins
Interviews : -Marjorie Peizert, Couturière - Atelier Le Mée -Vincent de Lambert, Directeur général Atelier Le Mée -Maylis Pilliaudin, co-créateur de Breizh Club -Didier Le Corre, directeur de publication de Bretons  - Reportage : S.Salliou, F.Leroy, V.Surrault, C.Gougeon, H.Notat, H.Tiercelin



Pour Didier Le Corre, directeur de publication de Bretons,  les Bretons sont surtout susceptibles. Ils n'aiment pas beaucoup qu'on se moque de leurs travers. "Ils manquent un peu d'humour sur eux-mêmes". Quant au succès de son magazine qui existe depuis 2005, il ne l'explique pas par le chauvinisme des Bretons, mais par le fait qu'ils sont curieux de leur histoire, une histoire qu'on ne leur a pas transmise: "ils ont envie de savoir qui ils sont"
 

La marque Bretagne


Par ailleurs, la Bretagne fait vendre, elle serait presque une marque à part entière. Dans cet atelier du centre ville de Rennes, pas de gwen ha du, mais d’autres images à forte identité bretonne. Maeliz et Mathias ont lancé il y a deux ans, une marque de vêtements, Breizh Club. Ils surfent sur la vague de la culture bretonne, qu’ils ont complètement revisitée.

Le concept plaît, Maeliz et Mathias viennent d’ouvrir leur deuxième boutique et sont distribués dans une vingtaine de magasins en Bretagne. 

Les marques naissantes comme Breizh club sont nombreuses sur le marché de la mode à la bretonne. Elles doivent se faire une place face à quelques mastodontes, comme A l’aise Breizh ou Armorlux.

 
Maylis Pilliaudin et Mathias Luco, créateurs de Breizh Club / © S.Salliou
Maylis Pilliaudin et Mathias Luco, créateurs de Breizh Club / © S.Salliou

 

Cliché n°4 : La Bretagne est une terre de bistrots


En 30 ans, la Bretagne a perdu les 2/3 de ses débits de boissons. Il en reste moins de 3500. Des établissements qui sont restés dans leur jus depuis des décennies, ils ouvrent souvent tous les jours et ont leurs habitués. Comme celui de Jean, à Le Cours, dans le Morbihan. Il s'appelle "Chez Jean", tout simplement. Si vous passez devant, il est fort à parier que vous ne vous arrêterez pas, parce que vous ne saurez pas que vous venez de passer devant l'un des plus typiques bistrots de Bretagne. 
 
Chez Jean, l'un des bistrots les plus typiques de Bretagne, on ne voit plus très bien la licence IV... Pourtant, le bar est ouvert, il est à Le Cours (56) / © S.Salliou
Chez Jean, l'un des bistrots les plus typiques de Bretagne, on ne voit plus très bien la licence IV... Pourtant, le bar est ouvert, il est à Le Cours (56) / © S.Salliou

D’autres bistrots se sont totalement réinventés. Ils ont d’ailleurs parfois repris les recettes qui ont fait les belles heures des bistrots d’Antan. C'est le cas de Chez Lulu à Larré dans le Morbihan ou au Saint-Germain en plein centre-ville de Rennes.

 
Cliché N°4 : la Bretagne est une terre de bistrots
Interviews : -Didier, client de Chez Lulu -Laëtitia Le Mauff, propriétaire du café Chez Lulu -Vincent Letoqueux, propriétaire du café Chez Lulu -Jean-Louis Serre, propriétaire du café Le Saint-Germain -Maxime et Richard, clients du Saint-Germain -Pascal Le Liboux, Co-auteur de "Bistrot Breizh" - Reportage : S.Salliou, F.Leroy, V.Surrault, H.Notat, C.Gougeon, H.Tiercelin