Commerce international : la Chine et la France signent un accord sur les exportations de porc

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Écrit par Séverine Breton

"La Chine accepte le principe du zonage" viennent d’annoncer les ministres de l’agriculture et de l’économie. Si un cas de peste porcine africaine venait à se déclarer en France, seule la région impactée devrait cesser tout commerce avec la Chine. Une bonne nouvelle pour les éleveurs bretons.

Pour les éleveurs de porcs, ces derniers mois, les bonnes nouvelles ne sont pas fréquentes. Entre la baisse des cours et la hausse des matières premières, le moral est au gris foncé. L’annonce d’un protocole trouvé avec la Chine met un peu de baume au cœur à la profession.  

L’accord sur la reconnaissance du zonage et de la compartimentation a été signé ce 13 décembre par le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, et les ministres chinois concernés.

La filière porcine bretonne réclamait ce geste depuis deux ans.

En novembre 2019, à l’occasion de son déplacement en Chine, le président de la République Emmanuel Macron avait plaidé en faveur d'un accord auprès du président de la République populaire de Chine Xi Jinping.

Jusqu’ici, si un cas de Peste Porcine Africaine était découvert dans un élevage à Mulhouse, la Chine fermait ses portes à tous les porcs produits dans l’hexagone sans se préoccuper de savoir que 972 kilomètres séparent Mulhouse des Côtes d’Armor.

Dorénavant, seule la zone concernée par le cas de PPA devra cesser ses exportations." Il va y avoir des négociations pour déterminer la taille des zones, le nombre d’élevages dans chaque zone etc " explique Patrice Drillet, le président de la Cooperl, "mais ça veut dire que les chinois nous font confiance, et c’est très très important. " 

La compartimentation comme autre planche de salut

"Même s’il devait y avoir un cas en Bretagne, avec la compartimentation, une filière qui pourrait prouver que toute sa chaine de production se fait avec du porc indemne de la PPA pourrait continuer à travailler avec la Chine",  poursuit Patrice Drillet. "On espère évidemment que cela n'arrivera jamais, mais c'est rassurant."  

"Cet accord est le premier de ce genre à être signé par la Chine au bénéfice d’un pays de l’Union Européenne. Il illustre la maturité du système de surveillance sanitaire français", se félicite Julien Denormandie. Bruno Le Maire souhaite que "cet accord sécurise les exportations de nos producteurs de porcs. C’est donc une garantie décisive pour les prix et pour la prospérité de nos agriculteurs."

La Cooperl satisfaite

"En 2020, la Cooperl avait exporté 70 000 tonnes de porc en Chine. En 2021, 85 000 tonnes. C’est un volume conséquent" confirme Patrice Drillet. Et tout ce qui est vendu est vendu ! "

Car l’élevage de porc chinois, un temps décimé par la PPA est en train de se remettre sur pied. Sur les 6 premiers mois de l’année, les exportations françaises vers la Chine étaient en hausse de 27%. Depuis cet automne, elles sont en chute libre, - 46 % entre septembre 2020 et septembre 2021.  

 

1,24 euro du kilo 

L’accord est effectif dès aujourd’hui. Les éleveurs espèrent qu’ils vont permettre aux prix de remonter un peu. A la dernière cotation au Marché du Porc Breton, le kilo s’est vendu 1,24 euro. Sur 11 mois, les prix plafonnent à 1,34 euro. Contre 1,40 en 2020 et 1,48 en 2019.

"Il faut que les entreprises et les abattoirs se servent de cet accord pour exporter nos produits", interpelle Didier Lucas, le président de la Chambre d'Agriculture des Côtes d'Armor. "Les chinois nous disent, vous faites du bon boulot, il faut que nos cochons aillent là-bas et que ça fasse remonter les prix parce qu'ici, la situation est catastrophique."

Un marché mondial compliqué

"Pendant que la France signe un accord avec la Chine, l'Espagne, elle, a perdu les agréments pour de ses 14 abattoirs. Le marché chinois s'est presque fermé pour elle, alors, elle nous envoie ses animaux", explique Didier Lucas. "L'Espagne, ajoute-t-il, produit aujourd'hui 60 millions de porcs et en exporte la moitié, le calcul est simple, c'est 30 millions de cochons qui arrivent sur le marché européen et qui font dégringoler nos prix." 

"Les élevages se retrouvent dans des situations compliquées, pas à cause d'un manque de technicité ou quoi que ce soit, mais à cause d'un manque de prix. On perd en moyenne 30 euros par porc ! ", s'alarme l'éleveur.

La viande de porc est la viande la plus consommée en Chine, 39 kilos par an et par habitants. Le pays produit à lui seul la moitié des cochons du monde. 

Maintenant que l'accord est signé, les éleveurs bretons aimeraient qu'ils en achètent juste un peu plus chez nous.