Confinement : "Mangez du poisson, c'est le seul moyen de soutenir la pêche", s'alarment les professionnels de la mer

"On traverse crise sur crise", "2020, une année catastrophe". Au Guilvinec ou à Lorient, le moral de la filière pêche est au plus bas. A l'image des cours du poisson et des crustacés. La  fermeture des cantines et des restaurants a fait chuter les cours et les ventes des produits de la mer. 

Bateaux sur le port du Guilvinec ce mardi matin. En ces temps moroses, où la pêche ne s'écoule pas, les bateaux rentrent mais ne repartent pas en mer.
Bateaux sur le port du Guilvinec ce mardi matin. En ces temps moroses, où la pêche ne s'écoule pas, les bateaux rentrent mais ne repartent pas en mer. © Muriel Le Morvan

Après des mois de mauvais temps cet hiver, clouant à quai les bateaux, et avant les complications sur les zones de pêche quand le Brexit aura oeuvré, la filière halieutique traverse une crise inattendue et singulière.
Jeudi, Edouard Philippe annonçait la fermeture des écoles et donc des cantines scolaires. Dimanche, c'était au tour des restaurants. Résultat : les débouchés pour les produits de la pêche fondent comme neige au soleil.
Ce mardi matin, Jean-Paul Solaro, président de la société de la société d'économie mixte (SEM), Keroman, gestionnaire du port de Lorient, estimait, selon nos confrères du Télégramme, la chute du volume des ventes entre 30 et 40%. Le prix de la lotte, lui, est passé de sept à quatre euros le kilo, ce mardi au lendemain de l'annonce présidentielle de confinement.

 
Des langoustines à la criée du Guilvinec (Finistère) ce mardi. Faute d'acheteur, leur prix a été divisé par deux, passant de 13€ à 6.80 le kilo.
Des langoustines à la criée du Guilvinec (Finistère) ce mardi. Faute d'acheteur, leur prix a été divisé par deux, passant de 13€ à 6.80 le kilo. © Muriel Le Morvan. Mars 2020

 

Soit on maintient l'activité, soit on s'écroule, s'alarme un salarié de la SEM qui souhaite rester anonyme.

 

Et pour maintenir l'activité, il faut continuer à approvisionner le marché français pour ne pas laisser encore plus de place à la concurrence étrangère. 
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La pêche également en confinement : inquiétude de la profession
 

Au Guilvinec, même dépit, même angoisse
 

Pourtant au Guilvinec, les bateaux rentrent et ne repartiront pas avant la fin du confinement. Inutile de pêcher à perte.

On est rentrés au bout de quatre jours car le poisson ne se vend pas, témoigne Tony Campion, patron pêcheur. Même si on n'a pas de salaire, on préfère ça plutôt que jeter dix tonnes de poisson.


Les bateaux encore en mer sont rappelés à terre. Les retours s'égraineront jusqu'au retour des derniers hauturiers prévu en fin de semaine.
 

Les grandes surfaces et les consommateurs appelés au secours

 

A terre, les esprits s'affolent pour trouver des soutions et sauver le secteur. L'organisation de producteurs "Pêcheurs de Bretagne", qui habituellement rachète les invendus à des prix minima, se voit dans l'obligation d'arrêter cette pratique. Sa trésorerie ne lui permet pas de juguler une telle crise.
Ce lundi, jour de l'annonce du confinement, s'est tenue une cellule de crise au port de pêche de Keroman, à Lorient, en présence du préfet. Le but était bien sûr d'ébaucher des solutions pour sauver la filière pêche.
L'aide des grandes surfaces a été sollicitée. Il faudra d'abord convaincre les clients de ne pas acheter que des nouilles et du riz. Et de se tourner vers les poissons en rayon frais pour continuer à acheter des espèces qui ne peuvent pas être vendues en barquette (c'est le cas de la lotte ou de la raie). Autre piste envisagée : actionner  les mesures d’indemnisation provenant de l'Union européenne, envisagées au moment du Brexit.
 

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