Attentats à Bamako : une famille bretonne face aux incertitudes autour du procès au Mali

En mars 2015, Fabien Guyomard perdait la vie lors d'un attentat à Bamako au Mali. Le procès s'ouvre le 27 octobre, peut-être sans le principal accusé, Fawaz Ould Ahmeida. Il aurait fait partie des détenus échangés début octobre par les autorités maliennes contre quatre otages, dont Sophie Pétronin. 

En mars 2015, un policier malien bloque la rue près du restaurant La Terrasse où a eu lieu un attentat provoquant la mort de cinq personnes dont un Belge et un Français
En mars 2015, un policier malien bloque la rue près du restaurant La Terrasse où a eu lieu un attentat provoquant la mort de cinq personnes dont un Belge et un Français © HABIBOU KOUYATE / AFP
Principal accusé dans le procès des attentats du Radisson Blu et de la Terrasse à Bamako, le Mauritanien "Ibrahim 10" est un acteur majeur du jihad sahélien, proche de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, qui a fait ses armes dans le désert du Sahara avant de sévir dans toute l'Afrique de l'Ouest.


Pour une famille française endeuillée, les incertitudes autour du procès


Un doute subsiste sur sa présence au procès qui s'ouvre mardi 27 octobre (à 10 h, heure française), dans la capitale malienne, dont il est l'un des trois accusés, le plus important. Selon des informations non confirmées officiellement, il pourrait avoir fait partie des détenus échangés début octobre par les autorités maliennes contre quatre otages, dont la Française Sophie Pétronin et l'homme politique malien Soumaïla Cissé.

Parmi les victimes de l'attentat à Bamako se trouvait un Français, Fabien Guyomard, avec des attaches en Côtes d'Armor. Ce trentenaire habitait au Mali depuis 2007 et travaillait à ICMS Africa, une société américaine spécialisée dans la construction de luxe.

Ses parents qui vivent à Binic attendent beaucoup de ce procès et "souhaitent pour le moment rester en retrait"
confie Sophia Seco, directrice générale de la FENVAC (Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs). La FENVAC qui accompagne la famille a tenté d'en savoir plus sur la présence ou non du principal accusé. Elle a adressé des demandes à la chancellerie ou auprès du centre de crise et de soutien du Ministère des Affaires étrangères, sans aucun retour. 

Sophia Seco évoque une autre incertitude, celle de la possibilité de la télétransmission de ce procès. Normalement prévue entre les deux pays et malgré les "efforts des autorités françaises", elle n'est aujourd'hui pas garantie. Les parents de Fabien Guyomard doivent en effet suivre les débats grâce à une visioconférence, depuis Paris. Là encore, aucune explication n'a été fournie. 

"On ne saura rien avant l'ouverture du procès demain" dit-elle. 
 

Qui est "Ibrahim 10" de son vrai nom Fawaz Ould Ahmed (ou Ahmeida) ?


Cet homme au physique de colosse né à Nouakchott à la fin des années 1970 a commencé sa vie dans le commerce. Il s'est radicalisé après l'intervention américaine en Irak en 2003, "comme cela a été le cas pour beaucoup de jeunes au Sahel à cette époque", explique le journaliste Lemine Ould Salem, auteur d'un livre sur Mokhtar Belmokhtar.

En 2006, "Ibrahim 10" rejoint les camps d'entraînement du chef jihadiste algérien dans le Sahara, selon des documents de l'enquête, couverts par le secret d'instruction et consultés par l'AFP. Après une formation au maniement des armes, il participe fin 2008 à l'enlèvement de deux diplomates canadiens au Niger. Un coup d'éclat qui sera hautement apprécié" par sa hiérarchie. Ibrahim 10 est "félicité" par les grands noms du jihad régional ; il prend de l'importance.

"Par la suite, j'ai été désigné par le Vieux (surnom qu'il donne à Belmokhtar) pour faire des va-et-vient entre lui et le Burkina Faso" de Blaise Compaoré, à l'époque médiateur dans la libération d'otages au Sahel, dira-t-il lors de son audition par les autorités maliennes après son arrestation en 2016.

Aux enquêteurs, "Ibrahim 10" dit avoir été au Sénégal en 2011, en repérage pour un projet d'attentat finalement annulé contre l'ambassade d'Israël, puis s'être installé en Côte d'Ivoire en 2012, où il épouse une Ivoirienne et devient père de famille.

Il est arrêté quelques mois plus tard en possession d'armes. Jugé et condamné en 2013 à Abidjan à 10 ans de prison ferme, il sera libéré après 10 mois, "sans doute après avoir parlé", selon une source judiciaire malienne. 


L'attentat de Bamako


Il rend alors visite à Belmokhtar en 2014 en Libye, puis rentre au Mali, "via le Tchad et le Niger", ramenant avec lui des explosifs, des sandales et un iPad pour ses coreligionnaires. Il reste quelque temps dans le désert, selon ses dires. Puis il descend à Bamako, où il commet le 6 mars 2015 l'un de ses principaux faits d'armes : dans la nuit, il entre dans un restaurant de la capitale, La Terrasse, sort de son sac un fusil d'assaut et tue cinq personnes, selon les enquêteurs.

L'homme s'évanouit ensuite dans la nature, mais refait parler de lui quelque mois plus tard. Successivement, un hôtel est attaqué à Sévaré en août (centre), puis l'hôtel Radisson Blu de Bamako, en novembre. Dans les deux cas, "Ibrahim 10" n'aurait pas été présent mais se serait occupé de leur organisation: recrutement des assaillants, repérage, location de véhicules, armes... Le 21 avril 2016, la sécurité d'Etat malienne l'arrête à Bamako ; il croupissait depuis dans ses gêoles. 

 
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