Erquy : huit pêcheurs en garde à vue sur fond de tensions autour du parc éolien en baie de Saint-Brieuc

Vendredi 14 mai, la tension est montée d'un cran entre pêcheurs et porteurs du projet de parc éolien en baie de Saint-Brieuc. Un barbecue a dégénéré, à proximité du chantier mené par RTE, devant la plage de Caroual. La gendarmerie est intervenue. Depuis, huit pêcheurs ont été placés en garde à vue.

Ce vendredi matin, des pêcheurs de la baie de Saint-Brieuc sont venus apporter pains au chocolat et croissants à leurs confrères placés en garde à vue à la gendarmerie de Guingamp (Côtes d'Armor).
Ce vendredi matin, des pêcheurs de la baie de Saint-Brieuc sont venus apporter pains au chocolat et croissants à leurs confrères placés en garde à vue à la gendarmerie de Guingamp (Côtes d'Armor). © D.R.

"On est révoltés. Je ne comprends pas les proportions que cela prend." Ce vendredi matin, Aurélie Conort est bouleversée. La compagne de Jonathan Thomas vient d'apprendre que son conjoint allait être déféré devant le parquet de Saint-Brieuc cet après-midi. "Je trouve ça complètement dingue..."

Jonathan Thomas, patron pêcheur du Fury Breizh basé à Saint-Quay Portrieux et sept autres pêcheurs de la baie de Saint-Brieuc ont été placés en garde à vue, hier, jeudi 20 mai. Six jours exactement après un barbecue qui a dégénéré, à Erquy.
 


Un barbecue qui dégénère

Ce jour-là, profitant du pont de l'Ascension, une vingtaine de personnes se sont retrouvées pour déjeuner dans le jardin d'un pêcheur. Son terrain est situé tout près du chantier du futur parc éolien offshore, devant la plage de Caroual, à Erquy. "Le but, c'était vraiment de se retrouver, mais du côté de RTE des salariés et un huissier nous observaient, raconte Aurélie. Pendant plusieurs heures, le ton a monté. Il faut dire que les rancoeurs s'accumulent depuis des semaines..."

Les deux camps s'opposent depuis des mois autour du projet d'installation de 62 éoliennes dans la baie de Saint-Brieuc.

Un des pêcheurs finit par lancer "symboliquement" une fusée de détresse "pour montrer qu'il n'était pas content." Les voisins, des salariés de RTE (Réseau de transport d'électricité) préviennent la gendarmerie. Durant leur intervention, les autres pêcheurs s'interposent. "La gendarmerie a usé de gaz lacrymogène, un des pêcheurs a eu le nez cassé..." Celui qui a lancé la fusée de détresse a été placé le jour-même en garde à vue. Il fait depuis l’objet d’une ordonnance pénale pour « divulgation d’information fausse de nature à provoquer l’intervention de secours ». 

Les autres, n'ont été interpellés de six jours plus tard. "C'est ça qu'on ne comprend pas... poursuit Aurélie Conort. Pourquoi avoir attendu ?"


"Ils veulent nous diviser"

De son côté, RTE parle d'actes de malveillance. Le portail qui ferme l'entrée du site, aurait, selon l'entreprise, été forcé : "Réseau de transport d'électricité a porté plainte le samedi 15 mai pour intrusion sur la base-vie du chantier et pour menaces proférées à l'encontre de RTE."

En baie de Saint-Brieuc, cette interpellation six jours après les faits, choque. "Certes il y a eu quelques débordements, mais ce n'est pas une raison d'embarquer tout le monde... Ils veulent nous diviser, nous empêcher de manifester notre mécontentement" explique Nicolas Eouzan, pêcheur lui aussi de Saint-Quay-Portrieux.

Avec d'autres confrères, Nicolas est allé déposer pains au chocolat et croissants aux pêcheurs placés en garde à vue à la gendarmerie de Guingamp. "On veut montrer notre soutien aux collègues. On veut aussi montrer que ce n'est pas en arrêtant nos fortes têtes, que les autres vont se taire !"


Au moins trois des huit pêcheurs placés en garde à vue jeudi soir, seront déférés devant le parquet du Tribunal de Grande Instance de Saint-Brieuc vendredi après-midi. TGI qui confirme qu' "un dénouement va avoir lieu cet après-midi."

 

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