Hervé Berville, député LREM des Côtes d’Armor : "C’est la croissance qui redonnera du pouvoir d’ achat !"

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Écrit par Robin Durand

Elu à 27 ans, Hervé Berville est un des benjamins de l’Assemblée Nationale. Le député costarmoricain, qui incarne l’aile gauche de la majorité présidentielle, recevra début février, Jean Castex dans sa circonscription de Dinan. En cette année électorale, un double défi s’impose à lui : expliquer sur le terrain la politique du gouvernement, mais aussi faire remonter à Paris les préoccupations du quotidien. Entretien.

Le pouvoir d’achat et la vie chère sont désormais les thèmes majeurs de l’élection présidentielle. Plutôt que des mesures très ciblées comme la réévaluation de l’indice des frais kilométriques, ne faut-il pas aujourd’hui exiger l’augmentation des salaires comme le réclament les syndicats ? 

Des discussions doivent avoir lieu, branche par branche, mais la réponse aux inquiétudes pour le pouvoir d’achat, c’est la croissance, c’est l’emploi, c’est l’activité ! Je rappelle qu’en Bretagne, le chômage est désormais sous la barre des 7%. Nous avons aussi augmenté la prime d’activité, baissé l’impôt sur le revenu et supprimé la taxe d’habitation. D’après les calculs de l’Insee, en 5 ans, le pouvoir d’achat des français a augmenté de 7%. Mais il faut aussi des mesures ponctuelles comme le chèque énergie.

La grande distribution prend également des initiatives pour contrer la vie chère. Par exemple, le groupe Leclerc a mis dans ses rayons de la viande de porc à moins de 2 euros le kilo. "Pratiques intolérables" estime le monde agricole. Vous partagez leur colère ?

Oui. Ce que fait la grande distribution est déplorable. Il ne faut pas confondre combat pour le pouvoir d’achat des consommateurs et combat contre les agriculteurs. L’agriculture ne doit pas être la variable d’ajustement des grands groupes. Nous devons appliquer de manière très stricte les lois Egalim. Elles permettent désormais d’intégrer dans les négociations commerciales, les coûts de production dans les prix payés aux agriculteurs. Le ministère de l’Agriculture a annoncé un multiplication par quatre des contrôles et des sanctions financières, plus lourdes pour ceux qui ne jouent pas le jeu.

Ces derniers jours, à Brest, des quartiers ont été le théâtre de violences. Des transports en commun ont été visés par des tirs de mortiers d’artifice. Cela révèle t-il l’impuissance de la force publique ? Faut-il envisager des opérations coup de poing avec l’armée comme le propose la candidate LR Valérie Pécresse ?

Ce sont des propositions démagogiques qui ne sont pas en phase avec la réalité. La réalité, c’est que la force publique est sur le terrain puisque cet embrasement à Brest fait suite à une opération de police qui visait à démanteler un point de deal. Nous avons renforcé la présence policière. Nous avons remis des policiers et des gendarmes là où le gouvernement auquel appartenait Valérie Pécresse en a retiré. En France, cela correspond à 10 000 postes supplémentaires, dont plus de 600 pour la Bretagne.

Mais d’après les sondages, une large majorité de français jugent le bilan d’Emmanuel Macron en matière de sécurité négatif ?

On peut toujours faire mieux, mais c’est le point faible de beaucoup de gouvernements sortants. Il faut toujours remettre l’ouvrage sur le métier.

La Bretagne est une région qui compte beaucoup d’étudiants. Vont-ils devoir payer plus cher leur inscription à l’Université ? C’est ce qu’a laissé entrevoir Emmanuel Macron lors de la dernière conférence des présidents d’universités

Non, le chef de l’ Etat n’a jamais dit qu’il augmenterait les frais de scolarité. L’ère des réseaux sociaux et des campagnes électorales n’autorise pas à dire n’importe quoi. Quand j’entends Valérie Pécresse dire qu’elle ne prendra jamais ce type de mesure, elle a augmenté les frais d’inscriptions quand elle était ministre de l’Enseignement supérieur. Quand Yannick Jadot dit qu’Emmanuel Macron est un Président anti-jeunes, il devrait un peu plus bosser ses dossiers. Nous avons baissé drastiquement les frais de sécurité sociale des étudiants. Ils sont passés de 217 à 90 euros. Nous avons instauré le repas universitaire à un euro. Nous avons doublé les aides aux étudiants les plus précaires. Et nous avons augmenté de 700 millions d’euros les crédits pour la recherche.

La campagne présidentielle et ses rituels, notamment la course aux parrainages. Les préfectures adressent actuellement les formulaires aux 42 000 élus (Conseilleurs régionaux, départementaux, maires et parlementaires) qui peuvent être sollicités. A qui donnerez vous votre parrainage ?

A Emmanuel Macron, s’il est candidat.

Marine Le Pen ou Eric Zemmour, deux autres candidats, auront sans doute leurs 500 parrainages mais péniblement. Est-ce normal quand on représente une partie non négligeable des électeurs ? Faut il revoir les règles notamment comme le propose Pierre Breteau, le maire de Saint-Grégoire et permettre à tous les conseillers municipaux de donner un parrainage ?

C’est toujours un peu la même rengaine, le même refrain. Ecoutez, si un candidat qui vise la fonction suprême n’est pas capable de réunir 500 signatures, il doit se poser des questions.

Votre circonscription, celle de Dinan, va peut être battre un record. C’est une des circonscriptions de France qui a reçu le plus de ministres : six en moins de deux ans. Amélie de Montchalin, la Ministre de la Fonction publique était chez vous la semaine dernière. Vous accueillerez Jean Castex, le Premier Ministre début février. Ces déplacements servent vraiment à quelque chose ?

J’ai proposé à Jean Castex de venir à Matignon, une petite commune de notre circonscription. C’est un clin d’œil, mais oui ces visites sont utiles. D’abord cela permet de faire avancer des dossiers. Julien Denormandie, le Ministre de l’Agriculture est venu en décembre. Il y avait le dossier du castrage des porcelets très important pour nos éleveurs. Sa venue a permis d’accélérer la mise en place des décrets. Ca permet aussi de faire passer les messages du terrain. C’est bien d’avoir des ministres car ils repartent à Paris avec de bonnes idées, mais aussi avec les difficultés du quotidien.

Vous avez récemment déclaré dans Ouest-France "La politique au sens noble du terme, c’est le temps long". Ca veut donc dire que vous souhaitez inscrire votre action dans la durée ? Vous serez donc candidat à votre réélection en juin prochain pour les Législatives ?

Chaque chose en son temps, même si ma réponse penche plutôt pour le oui. On ne met pas les charrues avant les bœufs et franchement, ce n’est pas le sujet qui empêche actuellement les Costarmoricains et les Bretons de dormir.

Le temps long c’est aussi l’après-Macron. Un nouveau parti "Horizons" émerge dans la majorité présidentielle. Edouard Philippe est aujourd’hui la personnalité politique préférée des Français. C’est lui l’avenir ?

Ouh La !  Si on arrive à voir à six mois ou un an c’est déjà pas mal ! Edouard Philippe a été un excellent Premier ministre. J’ai aimé travailler avec lui. Dans 5 ans, on se revoit et ce sera peut être un autre sujet !

"Dimanche en Politique" avec Hervé Berville, une émission à revoir sur France.tv