Mon rond-point dans ta gueule, l’histoire des gilets jaunes en bande dessinée

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Écrit par Séverine Breton
Une bande dessinée sur le mouvement des Gilets jaunes des Côtes d'Armor.
Une bande dessinée sur le mouvement des Gilets jaunes des Côtes d'Armor. © S. Kérion

En novembre 2018, sur les ronds-points des Côtes d’Armor et d’ailleurs, des milliers de personnes ont commencé à se rassembler, à discuter pour imaginer des lendemains qui chantent un peu plus juste. Sandrine Kérion s’est jointe au mouvement. De ses rencontres avec les gilets jaunes et ce combat, elle a fait une bande dessinée : Mon rond-point dans ta gueule ! Sa BD sort au moment où les gilets jaunes ressortent.

Sandrine Kérion s’est dit qu’il se passait quelque chose quand elle a vu que des gens qui ne manifestaient jamais étaient cette fois descendus dans la rue.

Elle-même se reconnaissait pour la première fois dans un mouvement social. Alors, la jeune costarmoricaine a enfilé son gilet jaune. Elle a participé aux rassemblements sur les ronds-points. Elle y a rencontré des gens, discuté.

L'espoir en jaune fluo

"En novembre 2018, évoque-t-elle, il y avait une forme d’enthousiasme. On se disait que quelque chose était possible, que les choses allaient pouvoir changer.   Je me suis aperçue que c’était des gens, comme moi, dont on ne parlait jamais, des gens qui n’intéressaient personne. Alors qu’en fait, ils représentent la majorité des habitants. Ceux que pendant la crise du Covid, on a appelé les premières lignes, les aides-soignantes, les salariés de l’agroalimentaire, les routiers, les agents de sécurité.  C’est eux qui font tourner le pays. " 

Sandrine a noté que souvent, on parlait à la place des gens, qu’on interprétait leurs gestes, leurs propos, leur colère. Dans les reportages dans les journaux ou à la télé, ils n’avaient que quelques phrases. "Sur les plateaux télé, quand certaines personnes parlaient de nous, on se sentait méprisés, humiliés. Je voulais laisser les personnes s’exprimer avec leurs mots, leur donner la parole et leur laisser le temps de développer leur pensée."

Un travail de collecte des colères 

Sandrine s’est invitée chez les gilets jaunes qu’elle avait croisés ici où là. Pendant des heures parfois, à plusieurs reprises, elle est allée écouter. "C’était important de comprendre leurs parcours, leurs valeurs, leurs revendications. Je voulais faire un état des lieux de la situation analyse-t-elle. Il fallait pour cela prendre du recul. "

Sandrine sait écrire, sait dessiner. Elle a décidé de faire de l’aventure humaine et sociale des gilets jaunes une bande dessinée. Elle a retranscrit ses entretiens avec une quinzaine de gilets jaunes pour essayer d’en retirer l’essentiel. Dans une bulle, dans une case, les grands discours n’ont pas leur place, alors Sandrine a cherché les mots, les expressions qui résumaient chacun de ses personnages. Au fur et à mesure de l’avancée des pages, elle leur en confiait la lecture. "C’était un travail de confiance, je ne voulais pas les trahir. " 

 

L'ambiance des ronds-points

"Sur les ronds-points, analyse Sandrine Kérion, les gens ont pris conscience de beaucoup de choses. Ils ont eu l’impression de grandir, d’apprendre beaucoup de choses. C’étaient des espaces d’échanges, de parole. Chacun faisait part de ses difficultés mais réfléchissait aussi à trouver des solutions."

Sandrine Kérion a poursuivi ses entretiens pendant plusieurs mois. "Un an après, les gens étaient dans un état d’esprit différent, explique-t-elle. Il y avait beaucoup de désillusions, d’interrogations sur l’avenir. Ils avaient surtout l’impression que rien n’avait changé."

Le retour des gilets jaunes 

En cet automne 2021, les gilets jaunes recommencent à fleurir sur les pare brises des voitures. "C’est normal, commente Sandrine, rien n’a été résolu. Il y a eu quelques pansements posés, un peu d’argent saupoudré, mais aucune solution de fond et la crise sanitaire a encore aggravé les choses. Le prix de l’essence flambe à nouveau, comme celui des matières premières. Pour les gilets jaunes de 2018, la situation est encore pire maintenant."  

"Pourtant, ils avaient vu juste, souligne Sandrine. Les moyens pour l’hôpital, les services publics, c’étaient les revendications des ronds-points. On a vu avec le coronavirus combien c’est important."

Un travail de mémoire

Sur les pages de la bande dessinée, le jaune claque sur des pages teintées de gris. Un choc visuel, comme en 2018, quand les gilets fluo descendaient les Champs Elysées.

"On partageait alors tous le même constat que quelque chose n’allait pas et que la vie était de plus en plus difficile. Mais au fur et à mesure des rassemblements, les différences de points de vue ont commencé à prendre le pas sur ce qui rassemblait les manifestants."

"L’horizontalité était la force du mouvement des gilets jaunes, analyse Sandrine, ça a aussi été sa faiblesse. Les gilets jaunes ne voulaient pas de leader, pas de représentant. Il aurait peut-être fallu accepter que certaines têtes émergent. "

"Sur les gilets jaunes, il y a eu beaucoup de choses de dit et d’écrit. Il y a eu des films, des documentaires, des livres. Là, c’est mon regard sur le mouvement et c’est avec tous les regards que l’on pourra avoir une vision juste de ce qui s’est passé. " 

"On a essayé d’agir, achève-t-elle. Avec cette bande dessinée, j’aimerai que dans dix ou vingt ans, les gens se souviennent de ce qui s’est passé. Je voudrais transmettre ce que les gens avaient à dire, de tous les espoirs jaunes comme des soleils qui ont animé des milliers de personnes." 

   

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