Pourquoi et comment faut-il nourrir les oiseaux en hiver ?

En hiver, les oiseaux peinent à trouver de quoi se nourrir. La plupart des fruits ont disparu, les insectes se sont bien cachés. Pour les aider à passer ce moment difficile, il est important de les nourrir. Mais attention, pas n’importe comment.

Ce matin-là, l’hiver a lancé une première offensive. Un vent glacé s’est engouffré dans le verger de Tonquédec. Au réveil, les oiseaux inquiets ont gardé le silence.

"Par une nuit très froide, un oiseau peut perdre jusqu’à 10 % de son poids explique Jean-Claude Feru, vice-président de la Ligue de protection des oiseaux des Côtes d’Armor. Dès le lever du jour, il faut qu’il se nourrisse pour pallier tout ce qu’il a dépensé la nuit pour maintenir sa température. Un oiseau, la nuit, c’est une grosse boule de plumes, il se gonfle, il est complètement ébouriffé pour maintenir une couche d’air qui l’isole du froid et dès l’aube, il a besoin de refaire le plein d’énergie en mangeant."

Mais en hiver, les insectes qui servent d’ordinaire de petit-déjeuner aux oiseaux, cherchent eux aussi à échapper au froid et s’enfoncent plus profondément dans le sol ou les troncs d’arbre. Quand arrivent les premiers frimas, ils se carapatent.

"Les insectes disparaissent au fur et à mesure de l’avance du froid, résume Jean-Claude Feru. Ils se planquent. Les cloportes, par exemple, se glissent souvent dans les nichoirs des oiseaux. Si on ouvre une porte, il y en a parfois des centaines. Ils se cachent dedans en hiver parce qu’au printemps, ils n’ont pas intérêt à être là! "

Un petit coup de pouce

A Tonquédec, les oiseaux ont des anges gardiens. Dès les premiers froids, Sarah, Alice et Anne sortent des graines pour les aider à se nourrir.

Dans leur verger, elles ont installé une trentaine de nichoirs et une mangeoire. L’une après l’autre, les filles y déposent une belle poignée de graines de tournesol.

"C’est important de nourrir les oiseaux parce que quand il fait froid, ils n’arrivent pas à trouver leur nourriture, et s’ils ne trouvent pas de quoi manger, ils risquent de mourir", s’inquiètent Alice et Sarah.

"C’est chouette de nourrir les oiseaux en famille, se réjouit Anne, leur maman. Cela les aide de découvrir la faune sauvage et cela leur permet d’apprendre les bonnes pratiques."

Les règles d'or du nourrissage  

Car il ne faut pas faire n’importe quoi insiste Jean-Claude Feru. "On peut nourrir les oiseaux avec des graines de tournesol, de millet, des noix ou des cacahuètes non salées. Il ne faut jamais donner de pain ou de gâteaux aux oiseaux. Ça gonfle dans leurs estomacs et ça peut les rendre malades."

Il est important de bien choisir l’endroit où on installe sa mangeoire. Elle doit être éloignée de tout buisson où les chats pourraient se cacher et guetter le passage des oiseaux (les matous sont responsables de la mort de 75 millions d’oiseaux par an).

 

"Il faut aussi être strict sur l’hygiène des mangeoires, rappelle Jean-Claude Feru. Quand on concentre les oiseaux, on concentre les bactéries. Sur les mangeoires à plateau notamment, les oiseaux peuvent s’installer. Les fientes peuvent alors transmettre des maladies aux autres volatiles. Si d’un côté, on leur donne à manger pour les rendre malades parce qu’on a négligé l’hygiène de la mangeoire, ce n’est pas possible !"

Des populations en déclin   

Depuis les années 80, on a perdu 800 millions d’oiseaux en Europe. C’est entre 50 et 60 % des oiseaux qui ont disparu s’inquiète Jean-Claude Feru. Partout, les populations sont en déclin.

 

L’agriculture moderne est responsable d’une partie de ces disparitions. "L’utilisation des pesticides a fait disparaître les insectes et a privé les oiseaux de nourriture", décrit-il. L’arrachage des arbres, l’arasement des talus pour faciliter le travail des tracteurs et la rénovation des maisons ont détruit leurs abris.

"Dans les années 80, on a connu la fameuse époque où on refaisait des joints sur tous les murs en pierre. On a bouché tous les petits trous où les mésanges bleues et les mésanges charbonnières pouvaient venir nicher. Le martinet a souffert des réfections de toitures." 

 

On a rien fait pour conserver la biodiversité. Aujourd’hui, on s’y intéresse et on pallie ce gâchis en se donnant bonne conscience en mettant des graines aux oiseaux, mais cela ne fera pas revenir toutes les espèces.

Jean-Claude Feru, vice-président de la LPO des Côtes d'Armor

"Alors, que faire aujourd’hui ? S’interroge le vice-président de la LPO des Côtes d’Armor. Nourrir les oiseaux en hiver ? Ce n’est pas suffisant, il y a beaucoup plus d’actions à faire. Peut-être pour sauvegarder ce qui reste, au moins que les effectifs ne diminuent plus. C’est à ça qu’on doit s’évertuer. Au moins sauver ceux qui restent."

Compter sur l'aide de la nature

 Au lieu d'acheter graines et boules de graisse, Jean-Claude Feru aimerait que l'on regarde la nature différemment. Elle sait si bien se montrer généreuse. Ainsi, il suffirait de planter des arbustes qui donnent des baies ( sorbier des oiseleurs, sureau, fusain, églantiers) dans son jardin pour que les petits oiseaux puissent se débrouiller tout seul. 

On pourrait aussi laisser le lierre se faufiler entre nos arbres. À cette saison, ils donnent des fruits que les ornithologues ont surnommés Raisins de Noël, des "bombes d'énergie et de vitamines" pour les oiseaux ( mais toxiques pour les hommes ).

  

"C'est important d'aider les oiseaux, mais il faut le faire pour eux ( et pas pour les avoir à la mangeoire devant la fenêtre de notre cuisine ) "résume Jean-Claude Feru, " en faisant attention à ne pas les rendre trop dépendants."  

"Il faut les nourrir quand il fait vraiment froid et cesser de la faire quand les beaux jours reviennent, fin février, début mars, pour qu’ils puissent reprendre leur alimentation".

"Quand on les aime vraiment, on a envie de les voir se nourrir librement et s'envoler... vivre leurs vies d'oiseaux ! "